Stronger than a bullet

Stronger than a bullet est un film réalisé par Maryam Ebrahimi en 2017 et coproduit par la France, la Suède et le Qatar.

 

Il retrace le parcours de Saied Sadeghi, photographe durant la guerre Iran-Irak qui a durée de 1980 à 1988.

 

Le photographe de guerre nous raconte les batailles auxquelles il a assisté : l’opération fav, kheiban et bien d’autres.

La réalisatrice fait revenir Saied sur les lieux des combats tandis qu’il se remémore les atrocités qu’il a vécues, la propagande de l’ayatollah Khomeiny (à laquelle il a participé, en photographiant ce que la République Islamique d’Iran appelait « la guerre sainte »), les soldats qu’il a rencontrés ou les victoires et les désillusions de l’armée iranienne.

 

A travers ce voyage, presque en forme de pèlerinage, Maryam Ebrahimi nous emmène à l’intérieur de la psyché de Saied, et rend compte de sa réflexion autour de cette guerre, et du rôle qu’il y a joué. En effet, Saied raconte la fierté qu’il avait d’avoir contribué à cette guerre, à travers son travail de photographe, mais aussi celle des soldats, de mourir en martyr pour leur pays. Car la propagande d’Etat, et son idéologie s’appuient sur les sourates et les versets du Coran, notamment ceux qui incitent aux meurtres des mécréants et des infidèles, donc les irakiens. Le régime iranien soutient auprès de ses soldats que combattre aux côtés de l’Iran, c’est mourir pour Dieu, mourir en martyr et donc accéder au paradis.

 

Plus qu’un simple film d’histoire, Stronger than a bullet raconte au travers d’archives et d’images d’illustration, le récit d’un fanatique repenti, qui 30 ans plus tard fait le constat amer d’avoir été manipulé par un régime usant de la religion à des fins de propagande. Par ailleurs les photos de Saied sont aujourd’hui encore détenues par l’état iranien qui continue à utiliser ses photos contre son gré.

 

A travers le personnage de Saied, on assiste à la déconstruction de ce processus d’endoctrinement à la fois religieux et politique dans le cas la guerre Iran-Irak.

 

En tant que spectateur, nous sommes à la fois intéressés par la (re)découverte de ce conflit à travers l’histoire de Saied, mais la réalisatrice nous appelle à réfléchir sur l’endoctrinement des populations par les régimes politiques, au profit du renforcement des régimes politiques, ce qui donne au film une dimension plus universelle.

 

Korotoumou Dabo, Romain Peter, Morgane Praud 

VR: La Camera Insabbiata (Laurie Anderson, Hsin-Chien Huang, 2017)

Depuis le début de sa carrière, l’avant-gardiste multimédia Laurie Anderson mise principalement sur la recherche et l’expérimentation de nouvelles formes d’expression audiovisuelle. À l’âge de 70 ans, avec l’aide de son collaborateur Hsin-Chien Huang, elle se lance dans la réalité virtuelle et propose une des expériences les plus réussies du domaine.

« La Camera Insabbiata » est une expérience interactive, constituée de huit pièces, qui permet aux utilisateurs de flotter et de contrôler l’espace à leur propre guise, sans aucune règle particulière, tels des flâneurs dans leurs propres rêves – le rêve et la mémoire étant les principales intentions et inspirations des auteurs lors de la création de cette œuvre. Les participants ont la possibilité de voler librement dans l’espace (lentement ou rapidement, selon leur choix et leur confort physique), de créer des sculptures sonores, ou encore de se baigner dans un bassin virtuel: une liberté qui n’est absolument pas guidée et qui peut s’avérer aussi exaltante que frustrante. C’est d’ailleurs un des enjeux principaux que la VR ne parvient pas toujours à aborder assurément – l’aboutissement et l’impact émotionnel du non-récit.

Pourtant, « La Camera Insabbiata » assume tout à fait cet aspect-là et se concentre exclusivement sur le fonctionnement de l’expérience physiologique et la précision technologique, ce qui fait tout l’intérêt et le mérite du projet. L’expérience physiologique est même tellement portée à l’extrême que l’introduction comprend plusieurs avertissements aux spectateurs: la dissociation des mouvements physiques réels et des mouvements virtuels dans le casque peuvent être à l’origine de malaises et de confusions importantes. C’est dans ce sens-là que ces ‘expériences’ virtuelles peuvent également être entendues comme des essais scientifiques qui, d’un côté, font que l’on s’habitue de plus en plus aux effets physiques de ce medium, mais assurent aussi le perfectionnement d’une technologie qui aura inévitablement un rôle primordial dans les nouvelles techniques narratives audiovisuelles.

La réussite de ce projet, initialement présenté et primé à la Biennale de Venise en 2017, ainsi que la passion de Anderson et de son collaborateur pour la nouveauté et l’expérimentation, laissent croire que « La Camera Insabbiata » n’est que le début des aventures virtuelles du tandem – tandem qui mène la VR dans une direction prioritairement technique tout en préservant une approche d’auteur.

P. Morozov

V. Audras

Piripkura, l’héritage amazonien

Le film se termine, de tonitruants applaudissements retentissent, Piripkura semble avoir fait l’unanimité. C’est un pari audacieux qu’ont mis en image les trois réalisateurs, Mariana Oliva, Renata Terra, et Bruno Jorge : retrouver Pakuy et Tamadua, deux des trois derniers survivants de la tribu des Piripkura dans la forêt amazonienne au Brésil.

Piripkura, film à l’histoire incroyable questionne la place des hommes dans la société et le droit à chacun de vivre comme il l’entend. L’acculturation, le partage, et l’humanité sont les maîtres mots de cette aventure. Les réalisateurs filment avec justesse et beauté ce long trajet vers « l’autre ». Entre respect et fascination, le film illustre le choc des civilisations qui parviennent à se rencontrer malgré les âges et l’Histoire.

C’est de plus le bon prétexte pour nous proposer des images toutes plus belles les uns que les autres, mettant en valeur la biodiversité amazonienne, sa beauté, sa densité, mais aussi ses dangers. C’est peut-être la disparition qui est le thème principal de cette oeuvre. La disparition d’un peuple, d’un environnement, et celle d’un monde.

Ecologique, humanitaire, politique, Piripkura offre de nombreuses lectures. C’est donc un pari gagné, et un film réussi. Un grand bravo à cette expérience immersive au coeur d’une Amazonie plus impressionnante que jamais.

Sarah KERE, Anne AVRIN, Philippe MOROZOV

Hackathon : 48h non stop

48 heures. C’est la durée qui a été donnée aux participants du Hackaton pour créer, réaliser et produire un programme original cours (3 à 5 minutes) en réalité virtuelle (VR).

A l’initiative de l’évènement Smart FIPA, Story code, une association dont le but est de promouvoir les nouvelles écritures. Dominique Remy, présidente de l’association rappelle les missions de Storycode : observer les changements et innovations dans le milieu audiovisuel et accompagner ces changements par le biais de rencontres telles que des conférences ou des hackathons par exemple.

Les participants, sélectionnés aux quatre coins de la France mais aussi au Canada, grâce à un partenariat avec l’école ISIS, viennent de différents univers. Des web designers, des réalisateurs, des informaticiens mais aussi des spécialistes du jeu vidéo, composent les 3 équipes qui ont étés constituées par tirage au sort. Les profils sont différents mais se complètent, chacun apporte ses connaissances, sa créativité et sa sensibilité au projet. C’est d’ailleurs le but du Hackaton, rassembler des personnalités d’horizons différents pour fair émerger un concept innovant. Tous ont toutefois un point commun, la maitrise des techniques de réalité virtuelle.

Mercredi 24 Janvier, chaque groupe (A,B et C) avait tiré au sort un thème : le surf à Biarritz (C), les inventions rétrofuturistes (B) et les transports rétrofuturistes pour le groupe A. Les équipes ont également reçu un corpus d’archives INA d’une vingtaine de minutes en rapport avec leur thème. Le but étant de se servir de ces archives pour imaginer leur histoire et de les incorporer dans leur création. Pour l’Institut National de l’Audiovisuel qui parraine l’évènement, c’est un moyen de mettre en valeur ses archives et de leur offrir une nouvelle visibilité.

Après deux jours de remue-méninges et de travail acharné sans répit ni sommeil, les groupes ont présenté leur projet au jury présidé par Laurent Vallet, PDG de l’INA. C’est finalement le groupe B et son programme « dessine moi un futur » qui remporte cette édition 2018. Le projet retrace sur une feuille de papier en 360°, les inventions farfelues d’une petite fille qui, au fil des dessins, prennent vie sous forme d’archives. Le groupe remporte un chèque de 5 000€ et les applaudissements de la foule. La victoire, bien que savoureuse, n’est pas le véritable but des participants, ils sont avant tout venus vivre une expérience enrichissante, faire des rencontres et échanger sur les techniques audiovisuelles. Sur ce point, tous sont gagnants.

Le public a quant à lui pu découvrir les projets ce samedi 27 Janvier sur le stand de l’INA, au Casino de Biarritz.

 

Les enfants du 209 rue Saint-Maur : mémoires de l’Autrefois

Les Enfants du 209, rue Saint-Maur, Paris Xe
Film documentaire en compétition dans la catégorie Documentaire National.


Réalisé par Ruth Zylberman
Une coproduction Zadig Productions et Arte France.

Dans son dernier long-métrage documentaire, Ruth Zylberman retrace l’histoire d’un personnage quelque peu atypique : l’immeuble du 209 rue Saint-Maur.

C’est en filmant ce lieu que la réalisatrice a mis en lumière l’histoire des enfants ainsi que de leur famille y ayant habité avant la rafle du 16 juillet 1942.

Ces enfants, ce sont Thérèse Dinanceau, une femme de plus de 80 ans ayant vécu avec ses parents et son frère au 3ème étage.
C’est également Albert Baum, la seule personne dans sa famille à avoir échappé à Auswitch.
Il dira n’être jamais revenu des camps. Le trauma d’une vie.

Il y a aussi Miquette, la nièce de la concierge Mme Massacré.
Odette Diamant est, elle, partie vivre en Israël après cette tragique période, elle avait 6 ans lors de la rafle et se souvient de tout.
Odette n’est d’ailleurs pas la seule à être partie pour oublier, Berthe Rolinder aussi s’est exilée, non pas en Israël, mais à Melbourne en Australie.

Henri lui n’avait que quelques mois lorsque ses parents ont été déportés, ayant juste eu le temps de le cacher chez la concierge avant d’être séparés. Il a maintenant la nationalité américaine et vit près de New York.



Tant d’histoires que la réalisatrice a pu capter et su nous raconter.

Cela n’aurait jamais pu arriver sans un travail considérable de recherches et d’enquête afin de retrouver toutes ces personnes. C’est d’ailleurs avant tout grâce à elles que l’enquête sur ce lieu qu’est le 209 rue Saint-Maur a pu continuer, offrant à notre enquêtrice les informations introuvables dans les registres d’Etat Civil, des souvenirs, anecdotes et autres vestiges du passé.

La tâche n’est pas facile ; en faisant tout cela Ruth Zylberman réveille ce passé parfois trop douloureux et toutes les vieilles blessures allant avec. Comme le mentionne la réalisatrice, la question du don et de l’échange entre les filmés et la filmeuse est ici très problématique, puisque l’on vient déranger des habitudes, un quotidien, en somme un équilibre qui fonctionne bien.



Néanmoins tous les protagonistes présents dans l’histoire ont accepté de venir témoigner. Bien sûr le souvenir de ce 16 juillet 1942 est encore traumatisant pour beaucoup d’entre eux, mais c’est également des moments de joie et de bonheur qui réapparaissent.
Tous
se rappellent de leurs voisins de l’époque, de cet esprit, de cette proximité qui régnait entre les appartements et leurs occupants.

Les familles, souvent composées d’exilés juifs polonais ou allemands, s’entassaient à 5, 6, 7 ou 8 dans des appartements chambres.

Le gaz était à peine installé et les toilettes étaient sur le pallier.
Des conditions de vie parfois très primaires, mais dans les yeux de ces enfants la vie était encore belle.

C’est ce lien entre voisins, cette proximité qui existait par le passé et s’est aujourd’hui érodé, que Ruth Zylberman a voulu retrouver. 





C’est donc un travail de mémoire qui nous est ici offert. La mémoire de la Shoah. 
Le sujet a déjà été traité plusieurs fois, mais l’auteure explore ici le quotidien de ces personnes, humanisant encore plus le sujet. Plus que d’être touchants, les témoignages sont captivants.

Plus que des témoignages, ce documentaire constitue un bouleversement dans la vie de certains des protagonistes, leur permettant de lever le voile sur des éléments de leur passé, de leur famille, de leurs origines.

Un projet que la réalisatrice a porté pendant plus de 4 ans, et qui offre une douce perspective de ce que peut être notre rapport à l’Autrefois. 



 

Clémence Decrop
Lucas Depraeter &
Salomé Fleischmann

« Rançon », le prix des hommes

 

« … et le prix de l’homme fut déterminé par le prix des choses… » Saint-Just

 

Rançon, film documentaire dans la catégorie Prix du Public –  2017 – 94 minutes

Une coproduction ARTE et Little Big Story
Réalisateur : Rémi Lainé
Co-auteur : Dorothée Moisan
Productrice : Valérie Montmartin

Avec son film « Rançon » Rémi Lainé nous invite au coeur du système ultra secret et très juteux des compagnies d’assurance internationales, des négociateurs et des gangs en racontant les enlèvements d’anciens otages.

Avec les 30 000 enlèvements dans le monde chaque année, le business du kidnapping est un secteur économique très rentable pour ceux qui ont su en faire leur spécialité. Permis ce chiffre renversant, moins d’1% sont des enlèvements politiques ou terroristes. Seulement, quel qu’il soit, derrière chaque kidnapping existe une demande de rançon. Le documentaire « Rançon » nous mène de Londres à Paris, en passant par Abidjan, New-York, Copenhague, Kaunas ou encore dans tout le Venezuela, pays le plus dangereux au monde pour les enlèvements.

« Rançon » illustre son propos à travers deux affaires, celles de deux hommes : Kenny Cisneros et Jeppe Nybroe. Kenny Cisneros vit au Venezuela, là où se passe le plus d’enlèvements au monde. Sa famille, visée plusieurs fois par des kidnapping, décide de faire appel à l’avocat et ancien chef de la police judiciaire locale Miguel Dao pour libérer Kenny. Rémi Lainé nous fait alors suivre les principales étapes de l’enquête jusqu’à la libération, 39 jours plus tard. Jeppe Nybroe est un journaliste danois enlevé entre Aarsal et Yabroud, à la frontière libano-syrienne, en février 2014. Il restera captif pendant 1 mois et sera libéré grâce aux services d’un négociateur privé, mandaté par une compagnie d’assurance.

Comme nous l’explique très bien les différents négociateurs qui interviennent dans ce film, leur but est simple et clair : que l’otage soit libéré sans violence, le plus rapidement possible. Pour cela, une somme sera engagée – plus ou moins importante selon le client – qui doit rester absolument secrète, ces professionnels sont tenus à la confidentialité. Les Etats du monde interdisent aux citoyens de se prémunir du type d’assurance « kidnap & ransom », pour lutter contre la multiplication de ces crimes. Les assurés doivent donc souscrire leur contrat dans d’autres pays et rester les plus secrets possibles. Par leur produit d’assurance haut de gamme, les compagnies s’engagent dans le remboursement du montant des rançons, entre autres prestations possibles.

Autrefois réservées aux patrons des grandes entreprises mondiales, ces assurances ultra confidentielles connaissent depuis quelques années un essor incroyable, et s’ouvrent de plus en plus aux particuliers, aux journalistes, aux sportifs, aux personnalités connues, aux ONG, etc. Engagé dans un marché plus que lucratif, le commerce des otages profite donc autant aux gangs qu’aux assureurs.

Grâce à son film, Rémi Lainé montre bien que le business des enlèvements au Vénézuela est devenu systématique et ce, sans aucune distinction de classe sociale. « Vite fait, mal fait » disait le sociologue Roberto Briceno Leon, comme dans la plupart des régions du monde, l’enlèvement a évolué. Les gens les plus riches se sont barricadés et ont augmenté leur niveau de protection, aujourd’hui les ravisseurs ne cherchent plus une affaire qui leur rapportent beaucoup d’argent mais une multitude de petites affaires moins ambitieuses mais sur lesquelles ils sont sûrs de gagner quelque chose sans mal.

Les enlèvements ont donc un effet pervers sur la société vénézuélienne, ils creusent les inégalités sociales. Alors que l’homme riche pourra toujours régler sa rançon, l’homme pauvre doit donner tout ce qu’il possède pour payer sa libération et il ne peut plus vivre ensuite. La police, corrompue et impayée par l’Etat, ne protège plus la population et va parfois jusqu’à enlever des civils pour gagner un peu d’argent. Ce problème dépasse donc la simple criminalité, il est devenu un véritable business démocratisé.

L’idée de ce film fut pitché ici, au FIPA, il y a trois ans. Ceci montre bien les opportunités qu’offre le festival d’année en année. Intéressés par cette incroyable histoire, les diffuseurs étaient néanmoins sceptiques quant à la faisabilité du film. Par ailleurs, la BBC avait déjà essayé de traiter ce sujet sans jamais y parvenir. Valérie Montmartin et Rémi Lainé décident alors de se lancer dans l’aventure, malgré la perplexité des financiers.

Rémi a donc longuement travaillé avec sa co-auteur Dorothée Moisan, elle-même auteur du livre « Rançons, enquête sur le business des otages » publié en 2013. Ensemble, ils ont cherché un moyen de faire parler tous ces protagonistes, pourtant tenus au secret professionnel, et ainsi raconter le commerce très lucratif qui existe aujourd’hui dans certaines régions du monde.

Après avoir rencontré 3 négociateurs différents, Rémi trouva Miguel, l’avocat de Caracas qui accepta de le laisser suivre son enquête sur Kenny Cisneros, et le film était lancé.

Bien plus conséquent qu’un budget de film documentaire habituel, « Rançon » naitra de la volonté d’Arte, de la société Little Big Story et de tous les financiers, d’accompagner une histoire intense et différente. Ce film nous propose une plongée dans un monde secret où le cynisme butte sur la morale, où, au prétexte de la sauver, on évalue froidement le prix de la vie d’un homme.

 

Salomé Fleischmann

Ik Alleen In De Klas

La réalisatrice, Karin Junger, ne voulait pas faire ce film. Elle a toujours élevé ses enfants métis sans considérer que leur couleur de peau pouvait représenter une différence, un problème. Ses enfants ont grandi et la famille s’est alors retrouvée confrontée au racisme ordinaire qui imbibe la société néerlandaise. Elle s’est décidée à faire un film après avoir reçu une photo de sa fille ayant pour légende « moi seule dans la classe » (Le titre du film). Sur cette photo sa fille Crystal est la seule noire dans l’amphithéâtre de son université. Elle a ensuite échangé avec les amis de ses enfants et s’est rendue compte qu’ils partageaient des expériences similaires mais qu’ils n’en avaient jamais discuté entre eux.

Elle a décidé de les réunir dans une villa afin qu’ils puissent partager leurs expériences à travers des séances collectives de théâtre thérapie, qui font partie intégrante du film. Les protagonistes rejouent les expériences discriminantes qu’ils ont traversées. Ils se peignent le visage pour symboliser les personnages blancs. Le film adopte des airs d’émissions de télé-réalité, le reste du film étant constitué de scènes de vie quotidienne entre les jeunes.

Pour conduire son propos, la réalisatrice passe essentiellement par une fibre émotionnelle, avec des séquences de témoignages qui finissent en larmes, plus que par une analyse et un réel regard sur leur société. Malgré la forme choisie, de prime abord assez originale, le film ne parvient pas à éviter les écueils. Il s’encombre avec des scènes de pathos inutiles au sujet.

Njoki Nyoli, Justine Arsene et Elodie Jové-Nel

Billet d’humeur : Aperti Al Publico de Silvia Bellotti

Ancienne architecte romaine en urbanisme, Silvia Bellotti se reconvertit d’abord au photojournalisme. Elle signe au FIPA cette année Aperti Al Publico dans la catégorie des documentaires internationaux.

Un peech cumulant « art du compromis bureaucratique » et « office des HLM napolitains » aurait pu souffrir de la réputation léthargique qui colle aux institutions administratives. Que nenni. Sur les premières minutes du film, la caméra de Silvia erre dans le silence des étagères bondées de dossiers de demandes de logement, des piles dérisoires que déplace un employé du bureau dans une lenteur presque chorégraphiée. Le silence n’est rompu que par le « Un instant s’il vous plaît. » savamment désabusé et si emblématique des hôtesses d’accueil des administrations publiques. Le décor est planté.

Débute alors un défilé de locataires napolitains dans les bureaux de chaque responsable de l’office des HLM, dont le charme tient en partie à leurs petits chiens en manteaux, sabots en plastiques et autres fioritures caractéristiques du vêtement d’apparat du cliché du chômeur napolitain ; mais également au récit personnel que chacun livre à son interlocuteur bureaucratique. On comprend alors que ces employés sont le réceptacle d’innombrables histoires humaines, plus ou moins réceptif d’ailleurs, et qu’il leur incombe la tâche ardue d’assurer un logement décent à chacun de ces locataires. Bien évidemment c’est à ceux qui ne rentrent dans aucune des cases -prévues par ces brillants esprits que sont les bureaucrates- que s’intéresse l’œil de la caméra de Silvia. Qu’ils soient magouilleurs, illettrés, dépressifs ou dans une réelle détresse, ils sont tous soumis à cette inébranlable machine qu’est l’administration.

C’est justement en combattant les aberrations de ce système que certains employés sauvent les locataires poussés cruellement hors du cadre social. Cette lutte permanente entre le personnel de l’office et leurs supérieurs rend justice à leur maîtrise de l’art subtil de la négociation administrative. Silvia résumait d’ailleurs très habilement cette problématique dans la séance de dialogue avec le public suivant la projection : « Si la bureaucratie en venait à fonctionner exclusivement via des machines appliquant à la lettre la loi, elle serait alors efficace certes, mais plus humaine. Or cette loi précisément présente des lacunes car elle marginalise tous ceux qui sont en dehors des fameuses cases, et qui heureusement trouvent dans cet office des interlocuteurs humains ».

Si la hiérarchie supérieure de ces employés napolitains s’est dite fière de l’image que renvoie le film, les politiciens napolitains quant à eux se sont bien gardés d’y réagir, en dépit du vœu de la réalisatrice de les rencontrer. Au vu de la qualité d’écriture de ce long métrage, nous conseillons pour notre part de ne pas manquer la moindre occasion de croiser à nouveau Silvia et son travail.

Lady you shot me, Vie et mort de Sam Cooke

En ce début de matinée, le réalisateur allemand David Czarnetzki nous propose un documentaire sur le roi de la Soul : Sam Cooke. You Send me, A Change is Gonna Come, Summertime… Autant de classiques qui ont influencé d’autres géants tels que Marvin Gaye, Otis Redding ou Smokey Robinson, et ayant participé à la construction du genre.

Ce film se focalise essentiellement sur les circonstances sordides de la mort de cet artiste alors au sommet de sa gloire, tout en évoquant l’influence qu’auront sa musique et sa volonté d’indépendance sur les futurs stars noires de la musique. Au travers d’une bande son naturellement envoûtante car exclusivement composée des nombreux hits du chanteur, Czarnetzki tente de résumer en une heure et demie l’enfance, les premiers succès ou encore les tentatives de Sam Cooke pour s’affranchir de l’exploitation des labels, en insistant particulièrement sur l’enquête menée à la suite des circonstances troublantes qui entourent la mort de l’artiste, retrouvé sans vie dans un hôtel miteux de Los Angeles: et c’est raté.

La narration, confuse, et répétitive, au style barriolé, organise un chapitrage peu sensible à la vie de cet artiste au talent immense. Le film consacre la majeure partie de son propos à refaire le fil de l’enquête bâclée sur sa mort, mettant en lumière les théories complotistes, ou le rôle suspect du comptable-arnaqueur Allan Klein, au détriment d’un développement sur sur sa vie d’homme, de musicien d’influence ou d’activiste dans le mouvement des droits civiques. Seuls quelques rares minutes s’attachent à décrire le système d’exploitation injuste des labels, et sur la manière dont Cooke a cherché à s’émanciper, en devenant lui-même un producteur talentueux, dénichant des jeunes talents tel que Bobby Womack.

Les icônes de légendes comme Sam Cooke sont par définition des mystères. Mais l’ambition de ce documentaire était de comprendre qui était Sam Cooke et on sort confus de cette séance : nous avons le droit à des témoignages de fans, d’anciens camarades de musique, de proches l’ayant vaguement connu comme son neveu et son ancienne assistante. Mais à aucun moment le film nous permet de rentrer dans l’intimité de l’artiste, donnant l’impression que Sam Cooke reste un mythe indéchiffrable au sourire bright et figé .

Njoki Nyoli et Korotoumou Dabo

39-45 : la guerre des enfants

Roger, Francine, Massin, Simone, Jean Louis, Tomi, Jean, Robert, Raymonde, Pierre et Loïc : 11 enfants de la guerre, 11 destins, 11 tragédies.

Dans ce documentaire, Julien Johan et Michel Durren abordent la seconde guerre mondiale d’une manière inédite, humaine et personnelle. A travers leurs journaux intimes et leurs témoignages, les 11 rescapés nous racontent ce qu’ils ont vécu. C’est émouvant, tragique, et dans la salle nous entendons les pleurs étouffés des spectateurs replongés dans l’horreur de 39-45.

Les images d’archives colorisées et illustrations animées mettent en images les témoignages de ces, désormais, vieux enfants de la guerre. Les réalisateurs mettent des images sur des maux : tout dans ce film permet de donner sens à l’expérience traumatisante par laquelle ils sont passés. Le réalisme rendu possible par la colorisation des archives, associé à l’imaginaire enfantin des dessins ne peuvent provoquer l’empathie du spectateur.

Évidemment nous pourrions reprocher au film de tomber dans le sentimentalisme. Mais les récits sont à la fois pudiques et dignes. La simplicité parfois naïve du texte et du ton de la voix off, induite par ces journaux intimes et ces correspondances d’enfants, permettent au spectateur de découvrir cette époque sous un angle direct, lucide et sincère.

Aujourd’hui, chacun à leur manière contribue au travail de mémoire. Francine et Robert vont dans les écoles témoigner de leur histoire, Loïc s’est engagé en politique et a participé à la construction de l’Union Européenne, Tomi est devenu dessinateur satiriste et continue, comme durant son enfance, à moquer le fascisme ambiant.

Nous sentons que la vie de ces personnes a été ravagée par ce qu’ils ont vécu dans leur enfance et c’est avec une certaine amertume que les obstacles qu’ont dû traverser ces enfants résonnent encore aujourd’hui.

 

Korotoumou Dabo, Romain Peter, Morgane Praud

 

 

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