À mon âge, je me cache encore pour fumer : avant première mondiale aux JCC

Aux JCC 2016 a eu lieu la première du film À mon âge, je me cache encore pour fumer, réalisé par Rayhana et adapté d’une pièce de théâtre dont elle est également l’auteure. Présenté dans la compétition Première Œuvre, le film nous parle de l’Algérie, celle que Rayhana connaît bien, et surtout, des femmes.

À mon âge…, c’est la vie d’un hammam algérien, refuge pour des femmes de toutes conditions et de toutes classes où l’on rit, se dispute et s’embrasse. Puisque ce microcosme protège du jugement des hommes, puisqu’il permet de réunir les inconciliables, il est le théâtre idéal pour mettre en scène les fractures de la société algérienne et toutes les contradictions qui jalonnent la vie d’une femme.

J’ai été voir le film en toile blanche, n’ayant jamais entendu parler de la pièce, pourtant fameuse, pourtant représentée mainte fois en France. Mais la neutralité avec laquelle je suis entrée dans la salle ce jour là m’a permis de faire une belle rencontre de cinéma : une de mes plus belles des JCC.

À Mon âge… est essentiellement un huis-clos, forme assez attendu après la lecture du synopsis. La mise en scène est cependant assez habile pour ne pas qu’on s’y sente trop enfermé, la caméra épaule se faufilant au milieu des clientes et suivant les déplacements frénétiques de Fatima, la gérante. Les dialogues, également, insufflent son rythme au film et l’on ressent bien là l’héritage du théâtre. Pourtant  -et c’est ce qui à mon sens, fait que ce film n’est pas simplement « bavard »- l’horreur sait se passer de dialogue. La violence est omniprésente : elle ouvre et ferme le film et plane avec lourdeur sur les personnages. Cette violence est parfois hurlée, crachée dans les larmes et parfois, simplement tue.

Finalement, c’est dans cet équilibre entre silence et dialogue, entre tragique et comique, que j’ai trouvé la force du film. Je l’ai aimé, car j’ai pu vivre une belle expérience de cinéma : j’ai ressenti, j’ai ri, j’ai compati. Et ce dernier point est le plus important. Car si j’ai pu ressentir autant d’empathie pour les clientes de ce hammam algérien, moi qui n’ai jamais mis un pied ni dans un hammam, ni en Algérie, c’est que Rayhana parle des femmes. Elle parle des violences physiques et sexuelles, des attentes contradictoires qui pèsent sur la féminité et tout simplement, du corps et de l’intimité des femmes : oui, les menstruations, la masturbation féminine et les viols conjugaux sont encore des sujets tabous, même en France, et j’étais heureuse de voir ces sujets abordés sans lourdeur.

J’en arrive au terme de ce qui ressemble à une déclaration d’amour, je me permets donc un peu de nuancer mon propos : le film contient à mon avis quelques maladresses de mise en scène, certains personnages tenaient également peut être un peu trop de l’écriture du théâtre, dans leur dose de caricature (je pense à  « l’émigrée ») et finalement, je n’étais pas vraiment cliente de l’ouverture et  de la fermeture du film (qui, contredisant ce que j’ai dit plus haut, contenait des dialogues trop lourds à mon goût). Mais sans grande surprise, je vous direz : allez voir À mon âge, je me cache encore pour fumer, c’est un film plein de qualités.

Je terminerais par une anecdote que Rayhana a évoquée lors de la séance de question/réponse, que j’ai trouvé très drôle et bizarrement touchante : À mon Âge…, la pièce de théâtre, était représentée dans un quartier chic de Paris. Une fois le rideau tombé, quelqu’un  s’approche de Rayhana. C’est une petite dame bien mise, habitante du 16e arrondissement. Elle lui dit ces mots : «  J’étais venu voir des arabes et je me suis vu ».

NP