A la recherche de Douglas Sirk

De nombreux thèmes ont été programmés par la machine à voyager dans le temps installée à Bologne, parmi lesquels « A la recherche de la couleur : Kinemacolor et Technicolor », qui m’a permis de découvrir davantage du cinéma de Douglas Sirk avec la projection de trois de ses célèbres mélodrames : Magnificent obsession (Le Secret magnifique, 1954), Written on the wind (Ecrit sur du vent, 1956) et All that Heaven Allows (Tout ce que le ciel permet, 1955), chacun avec Rock Hudson parmi les acteurs principaux.

Comme Alfred Hitchcock, Douglas Sirk (de son vrai nom Detlef Sierck) était européen et avait déjà réalisé une dizaine de films en Allemagne dans les années 1930, avant de tourner à Hollywood jusqu’en 1959. Né en Allemagne en 1897, il a entre autres étudié l’histoire de l’art et a été metteur en scène de théâtre à succès avant de se tourner vers la mise en scène au cinéma. On peut d’ailleurs supposer que cette formation artistique très étendue a par la suite eu un rôle majeur dans sa conception du mélodrame et pour la composition esthétique de ses œuvres cinématographiques. C’est en 1934, à l’aube du IIIe Reich, que sa carrière cinématographique a commencé, avant de se poursuivre aux Etats-Unis dès 1937, après avoir échappé à l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui, Douglas Sirk est principalement connu pour ses mélodrames flamboyants réalisés à Hollywood dans les années 1950, grâce au procédé du Technicolor trichrome. Auparavant réservé aux productions à gros budget (films historiques, western, comédies musicales), le Technicolor s’est ensuite répandu dans les années 1940 et notamment au genre du mélodrame, devenu essentiel à Hollywood. Souvent méprisés à leur sortie par la critique, les films de Douglas Sirk sont désormais considérés comme des « classiques hollywoodiens », des drames dôtés d’une puissance visuelle et émotionnelle inscrits dans la bourgeoisie américaine de cette époque.

Lauren Bacall dans Written on the wind

Les œuvres mélodramatiques de Douglas Sirk sont loin d’être superficielles et destinées aux femmes hypersensibles (on parlait à l’époque de women films), mais sont bel et bien porteuses de thématiques universelles et intemporelles. Preuve en est qu’elles sont parvenues à toucher et à inspirer des cinéastes comme l’Allemand Rainer Werner Fassbinder et l’Américain Todd Haynes, et ce à des époques totalement différentes. Le film Angst essen Seele auf (Tous les autres s’appellent Ali, 1974) transpose l’histoire d’amour du film All that Heaven Allows dans l’Allemagne des années 1970 entre une veuve allemande et un immigré marocain, tandis que Far from Heaven (Loin du paradis, 2002) va plus loin en empruntant au film de Douglas Sirk des éléments narratifs mais aussi esthétiques, comme en hommage à son oeuvre.

Dennis Haysbert et Julianne Moore dans Far from Heaven

Si le festival Il Cinema Ritrovato offre l’occasion de découvrir ou redécouvrir des films en version restaurée, les spectateurs peuvent également apprécier des projections avec des copies d’origine, comme ce fut le cas avec les films de Douglas Sirk qui provenaient de la collection de l’Academy Film Archive. Malgré les défauts perceptibles, causés par les traces laissées par le temps sur les pellicules, le plaisir de se laisser porter par ces drames colorés reste intact.