Anima : Le Rayon Vert

Le film s’ouvre sur les poings serrés d’un homme percutant un sac de toile rempli de terre. L’impact des uppercuts envoie le punching ball improvisé se balancer à l’arbre qui le suspend, introduisant par la même occasion le motif de l’oscillation qui parcourra et balisera les 18 minutes d’Anima, documentaire hypnotisant qui, à travers les sens exacerbés d’une petite fille nous plonge dans un kaléidoscope d’images captées sur le vif dans un village Ouest Africain.

Anima

Ce plan inaugural porte également en son sein la deuxième thématique qui hiérarchisera l’impressionnant déversement de moments de vie humaine, animale et végétale sur l’écran. D’un raccord, la caméra du réalisateur et chef-opérateur Simon Gillard délaisse son boxeur matinal à l’arrière plan et fait émerger du flou une fleur, elle aussi suspendue à une branche de l’arbre et malmenée par la force d’une légère brise. De la cohabitation dans un même cadre de mouvements humains et végétaux similaires, émerge l’idée majeure et trop marginalisée de la position de l’humain au sein de la Nature.

Le montage de Cécile Orfila parvient avec brio à incarner les postulats formels et thématiques de cet incipit en décloisonnant les frontières entre minéral, végétal, animal et humain pour mieux les unir en une symbiose passant à la fois par la beauté du vivre ensemble (la toupie naturelle d’un fruit comme jouet pour la petite fille) mais également par la fascinante violence destructrice d’un incendie, le travail acharné de l’homme sur le bois ou la décapitation cruelle mais naturelle du gibier.

Anima Blue

Dans le chaos organisé qu’est la vie en pleine nature, les images se répondent, les motifs se font échos. La lune se mue en lampe frontale, unique source lumineuse d’un mineur fatigué par sa tâche, la toupie pivote sur elle même, la fille aux couettes fait de même sur sa balançoire. Tous sont liés et entremêlés au sein de ces 18 minutes, chacune dotée d’une intensité plastique bluffante car couplée d’une puissance verte ne versant jamais dans un écologisme balourd de revendication.

Anima impressionne donc par sa sensualité brute et habitée qui évoque certaines œuvres du réalisateur mexicain Carlos Reygadas (lauréat du Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 2012 pour Post Tenebras Lux) également à l’écoute des pulsions primaires des êtres vivants.

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