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Compte rendu « Producteur-rice impact »

Conférence tenue le 24 janvier 2018 au Bellevue Rotonde

Nicole Van Schaik (directrice du développement chez Doc Society) a ouvert une conférence dont le thème pourrait se résumer ainsi : dans le contexte des défis posés par la mondialisation, la production de documentaire demeure pleine de possibilités pour sensibiliser le public à notre lien avec la nature et à la nécessité de la protéger, ainsi qu’aux inégalités dans le monde.

Elle a expliqué qu’elle élaborait des stratégies avec les cinéastes et les producteurs pour qu’ils utilisent leurs films comme des outils stratégiques de changement social ou environnemental. Avoir un « impact » signifie que le producteur tente de provoquer des réactions d’appuis chez des partenaires, estimant eux aussi, qu’il faut révéler des situations scandaleuses (misère, violence, gaspillage, etc.).

Pour ce faire le « producteur impact » doit négocier avec de nouveaux partenaires, que ce soit des organisations de la société civile, des fondations, des philanthropes, des ONG, des marques, des décideurs, des activistes ou même des innovateurs technologiques, susceptibles d’appuyer le film sur le marché international (essentiellement grâce à des événements).

Valérie MONTMARTIN (productrice à Little Big Story) puis Emmy OOST (productrice à Cassette For Timescapes) expliquent que faire un documentaire peut être un processus long et épuisant surtout lorsqu’on veut combiner une vision novatrice et un engagement social ou politique. C’est pourquoi il est nécessaire de rechercher des fonds et constituer une équipe qui accompagnera la vision singulière de votre projet.

Elles ont abordé plusieurs points : le contexte de la mondialisation ; la nécessité de mettre en avant l’intérêt que ce projet peut avoir pour un partenaire, l’indispensabilité de trouver un point de rencontre avec son public ou son pays, la possibilité de créer un changement positif et de donner une nouvelle énergie aux questions épuisées ainsi que les atouts du producteur pour y faire face.

Petra Seliškar (productrice, écrivaine et chercheuse en archives qui consacre entièrement son travail au documentaire) a parlé du festival MakeDox à Skopje (capitale de la Macédoine), crée en 2010 par un groupe d’amateurs et de militants du documentaire.

Réa Apostolides, productrice à Anemon Production (organisme à but non lucratif qui se consacre à la production de documentaires haut de gamme) a décrit l’ambition du réseau européen de documentaire « Moving Docs ». Ce réseau, d’ailleurs soutenu par le programme Europe Créative de l’Union européenne, propose une sélection de documentaires européens de franchir les frontières et d’atteindre de nouveaux publics dans tout le continent grâce à des partenaires locaux et nationaux.

En conclusion, on peut dire que la demande de documentaire est devenue suffisamment importante pour que le secteur produise une autre option : le producteur impact. Mais ce rôle est encore largement méconnu en raison de sa relative nouveauté.

On Nous Appelait Beurettes

Pendant les années 70 à Bobigny, les enfants d’origine maghrébine ne sont pas encore empoisonnées par le racisme et les innombrables clivages sociaux qui les séparent des autres français.

Bouchera Azzouz se rappelle d’une période de forte mixité sociale entre immigrés et français, avant que ces populations ouvrières, issues de l’exode rural, quittent les cités pour les zones pavillonnaires, laissant ainsi les immigrés entre eux.

Le plus grand mérite du film est d’avoir intégré à son propos un ensemble de témoignages qui n’évoque pas seulement le racisme, mais l’inégalité des sexes et l’évolution des mentalités au sein de leurs familles. On est stupéfait d’apprendre que certaines n’ont jamais eu d’adolescence, car elles ont subi la convention matrimoniale du mariage dès la préadolescence.

Le film dresse le portrait de femmes, à la fois solides et velléitaires, lucides et complexées, maladroites et terriblement obstinées, vivant en marge de la vie sociale.

Les deux films « Nos Mères Nos Daronnes » (2014) et « On Nous Appelait Beurettes » (2018) doivent être vu selon l’auteur comme un complément logique d’information, une rationalisation inévitable de toute une génération de femmes en quête d’identité, comme un message d’espoir.