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Laëtitia Eïdo : « la mixité sur les écrans français est possible »

Entre une séance de pitch et une projection de documentaire, nous avons rencontré Laëtitia Eïdo, comédienne de la célèbre série Fauda, qui a fait l’ouverture de la 31e édition de ce Festival international des programmes audiovisuels.

Voir le précédent article sur la série Fauda ICI

Journalistes : Tout d’abord pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle dans Fauda ?

Laëtitia : Je suis comédienne sur Paris et avant de me consacrer à ce métier, je faisais des études d’architecture.
Dans Fauda, je joue une médecin franco-palestinienne. C’est un rôle qui a été un peu calqué sur ma vie puisque que je suis franco-libanaise, et ça a donné cette dimension au personnage qui n’a pas un pied de chaque côté, mais qui refuse de prendre partie pour un camp ou pour l’autre, à moins d’y être forcé.

C’est une femme forte que j’admire pour son caractère, pour sa personnalité. Elle est arabe, chef de clinique et très moderne. Elle porte un rôle important car elle amène cette mixité culturelle du fait qu’elle ait un père français, elle a d’ailleurs passé plus de temps en France qu’à Ramallah (capitale de l’Autorité Palestinienne), ce qui justifie son accent français en arabe et m’a a été plus simple, puisque on ne m’a pas transmis la langue arabe.

J : Finalement vous vous identifiez totalement à votre personnage ?

L : En fait, ça s’est passé dans l’autre sens. A l’écriture du scénario, mon personnage n’était pas du tout française. C’est donc eux qui ont trouvé cela intéressant, et y ont été un peu obligés par manque de moyens : il n’y avait ni le temps, ni le budget pour un coach de langue, sur plusieurs semaines.
Ensuite l’idée était de représenter ce personnage comme un trait d’union entre les deux côtés mais que chacun tente de rallier à ses convictions. Elle se fait finalement avoir par les deux camps et ça va aller de pire en pire lors la saison 2, mais je ne vais pas vous la spoiler.

J : Lors de la cérémonie d’ouverture, nous avons pu voir que vous étiez très émue de présenter la série en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

L : Ça représente beaucoup puisque à chaque fois qu’on me demande « alors Laetitia, d’où vous vient votre français » je réponds « Eh bien d’Ardèche ! »
C’est super car ça fait deux ans que la série est partout sur Netflix, dans 190 pays, mais pas la France. Maintenant elle est sur ciné club et c’est génial, mais c’est vrai que pour moi ça a été un gros travail sur la frustration à attendre que mon personnage et ma carrière de comédienne puissent être un peu plus mis en valeur en France. J’espère que tout cela va prendre de l’ampleur grâce à Ciné club, la sortie DVD puis Netflix en Mars et enfin la saison 2 qui sortira cet été, dans la foulée de la première.
C’est important parce que la série parle beaucoup de mélange culturel, d’échange et on est dans un pays justement très mélangé. Beaucoup de représentations cinématographiques et télévisuelles oublient de montrer cette richesse et on reste sur des stéréotypes qui bloquent l’imaginaire des réalisateurs, alors que beaucoup en France ont des scénarios, des pitchs qui représentent cette réalité, puis certaines fois ils se retrouvent réduits à des schémas préconçus.  Ayant rencontré beaucoup de réalisateurs dernièrement, peut-être plus jeunes, je peux vous dire qu’ils ont vraiment à cœur de montrer cette France-là, donc j’ai beaucoup d’espoir pour les années à venir.

J : Vous connaissez également le modèle audiovisuel américain que vous appréciez particulièrement, quelle différence voyez-vous avec le système français.

L : Je vois une très grosse différence entre la France et les Etats unis, là-bas c’est très ouvert. On m’a par exemple proposé le rôle d’une Russe, je me suis demandé pourquoi, puis j’ai compris que dans certains coins de ce pays les gens me ressemblent, il n’y a pas de limitation. J’ai pu aussi passer des castings là-bas pour des espagnoles, des italiennes, des turques, etc…
C’est important de voir que les gens en France sont mélangés donc maintenant c’est aux décideurs, aux nouveaux et futurs producteurs et surtout aux diffuseurs de se mettre au diapason des spectateurs français derrière leur télévision, qui sont déjà habitués à ça.
Je suis persuadé que l’écran de cinéma ou télévision représente un énorme média d’éducation et de transmission.

J : Au Fipa on a pu assister au Focus Israël, on a vu de nombreux films qui traitaient du conflit Israélo Palestinien, est ce que vous avez vu un film en particulier que vous pouvez nous conseiller ?

L : Bien sûr, un film m’a particulièrement touché, il s’appelle Hasade (« The Fields ») et est réalisé par Mordechai Vardi. C’est l’histoire d’un palestinien, Ali Abu Awwad, d’ailleurs présent au festival, qui a décidé de mettre à disposition son champ pour créer une zone neutre entre Israël et la Palestine. Il a créé le premier mouvement Palestinien non-violent. Il a prouvé, en créant ce mouvement que les palestiniens voulaient la paix contrairement à ce qui peut être dit quelques fois.  Le mouvement grossit de plus en plus, ils ont organisé la fameuse marche des femmes. Donc ce film retrace leur histoire. J’ai vu des gens à la sortie du film qui avaient les larmes aux yeux parce que le propos du film est incroyable.

J : Une dernière question, nous vous avons vu porter une très belle robe lors de la cérémonie d’ouverture. Nous croyons savoir que cette dernière à une histoire particulière, est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

L : Oui tout à fait, je n’en ai pas parlé à la cérémonie probablement parce que j’étais intimidée, mais j’aurais beaucoup aimé en toucher un mot.
Cette robe, que je porte chaque fois que je présente la série, est une robe d’une marque que je soutiens, qui s’appelle « Two Neighbors » (Deux Voisins) et c’est une robe dont les broderies sont faites à la main en Palestine de l’autre côté du mur. La designer est israélienne et les femmes se rejoignent à Jérusalem régulièrement. C’est une initiative à laquelle j’avais à cœur de donner un peu de visibilité.

Noé L.
Morgane P.
Guillaume L.

En équilibre

Victor et Kati enchainent les représentations de cirque en Europe avec leur compagnie Aïtal. Victor est porteur, Kati voltigeuse, ils forment un couple dans leur spectacle comme dans la vie. L’arrivée d’un bébé et les conséquences qui en découleront va bouleverser leur quotidien et leur travail artistique.

Les 52 minutes d’ « En équilibre » dévoilent des intentions poétiques et esthétiques évidentes. Antarès Bassis et Pascal Auffray mettent en lumière ce couple qui brille à l’écran, de par leur extravagance ou de leur talent face au public. La découverte de la grossesse de Kati sera le moteur des péripéties du film, comme l’éventuel arrêt de la tournée ou le remplacement de Kati par une autre voltigeuse.

Toute cette dramaturgie fait d’ « En Equilibre » un film particulier, humble, et qui nous plonge avec brio dans les coulisses d’un cirque itinérant. Le huis-clos favorise l’intimité de ce portrait, qui nous touche dès les premières minutes avec une danse dans la forêt finlandaise au rythme du Vent nous portera de Noir Désir. L’empathie pour Victor et Kati provient d’une proximité que les deux cinéastes ont su montrer par des moments très personnels que la caméra a pu saisir pendant trois ans.

Produit par TS Productions, le film en compétition nationale sera diffusé sur France 3 Occitanie dans le courant de l’année 2018, et nous lui souhaitons une très belle carrière en festivals.

Gaëtan L.
Charly. L

Fauda, la série explosive

Suite à une cérémonie d’ouverture ponctuée par de nombreux applaudissements, le public du FIPA 2018 a eu l’occasion de découvrir le premier épisode de la seconde saison de Fauda, une série qui prend place au cœur du conflit Israelo-Palestinien.

Dans le cadre du Focus Israël du festival, les organisateurs ont décidé de lancer la semaine par cette série dont la première saison fut très encourageante.

La série fut présentée par son créateur et acteur Lior Raz, la productrice L.Benasuly et deux des acteurs récurrents, Tomer Kapon et la franco libanaise Laetitia Eïdo.
En premier lieu, M. Raz prit la parole pour remercier l’organisation d’avoir porté la série aux yeux du public français, il y a deux ans lors de la 29e édition du Festival International des Programmes Audiovisuels. Il ne pensait pas que la première saison connaîtrait un succès tel qu’il se retrouverait deux ans plus tard à présenter la seconde saison lors de l’ouverture de la 31e édition.
La série a permis d’ouvrir à nouveau le débat sur le processus de paix en Cisjordanie, chose que nous relativiserons par la suite, après avoir visionné le premier épisode de la saison 2. Cela ne restait pas moins l’objectif de son créateur.

Le réalisateur, Rotem Shamir, intervint ensuite. Nouveau venu dans la série, il fut heureux de son intégration réussie dans cette équipe. Il aime cette série parce qu’elle retranscrit la réalité au point de lui faire ressentir la violence des combats et l’odeur de la poussière.

Enfin, la comédienne Laetitia Eïdo était émue de présenter la série dans son pays d’origine, d’autant plus qu’aucun diffuseur français n’avait acheté la première saison. Aujourd’hui le public national pourra regarder la seconde saison sur Ciné+ Club et même Netflix à partir de fin février.

En bref la série retrace les destins croisés de Doron Kavillio interprété par Lior Raz, un militaire israélien qui traque Taufiq Hamed, chef du Hamas qui combat l’Etat d’Israël.

Fauda est un mot pour désigner le chaos de la situation pour les palestiniens, mais aussi un terme utilisé par les unités spéciales israéliennes, pour demander du renfort en cas de problème.

Le premier épisode de la deuxième saison nous raconte l’histoire d’un fils qui veut se venger du meurtre de son père, commis par Doron. Ce dernier se voit contraint de mettre fin à sa retraite militaire pour régler ce conflit.
Cet épisode frappe par la violence des explosions et fusillades.

A la sortie les réactions sont partagées. Une série manichéenne pour certains, fidèle à la réalité pour d’autres.
Timon, 22 ans, nous livre son ressenti à chaud : « l’épisode nous dévoile un aspect dur de la réalité du conflit israelo-palestinien et la violence des scènes est nécessaire pour décrire un tel conflit. » A la sortie Patricia nous a aussi donné son avis : « Cet épisode est trop  américanisé, les gentils (israéliens ndlr) sont portés en triomphe tandis que les méchants (le Hamas ndlr) sont diabolisés ».

Des avis qui divisent également au sein de notre rédaction qui trouve sur cet épisode le propos maladroitement formulé, mais qui apprécie l’effort de réalisme que l’auteur nous a souligné à la sortie :

I want to tell the truth. A director shouldn’t be afraid of anything when talking about human pain and peace.
Je veux retranscrire la réalité. Un auteur ne doit pas être effrayé de parler à propos de la peine humaine et de la paix.

La bande annonce de la saison 2 :

Noé L.
Gaetan L.
Guillaume L.