Tous les articles par Morgane Praudlebely

Stronger than a bullet

Stronger than a bullet est un film réalisé par Maryam Ebrahimi en 2017 et coproduit par la France, la Suède et le Qatar.

 

Il retrace le parcours de Saied Sadeghi, photographe durant la guerre Iran-Irak qui a durée de 1980 à 1988.

 

Le photographe de guerre nous raconte les batailles auxquelles il a assisté : l’opération fav, kheiban et bien d’autres.

La réalisatrice fait revenir Saied sur les lieux des combats tandis qu’il se remémore les atrocités qu’il a vécues, la propagande de l’ayatollah Khomeiny (à laquelle il a participé, en photographiant ce que la République Islamique d’Iran appelait « la guerre sainte »), les soldats qu’il a rencontrés ou les victoires et les désillusions de l’armée iranienne.

 

A travers ce voyage, presque en forme de pèlerinage, Maryam Ebrahimi nous emmène à l’intérieur de la psyché de Saied, et rend compte de sa réflexion autour de cette guerre, et du rôle qu’il y a joué. En effet, Saied raconte la fierté qu’il avait d’avoir contribué à cette guerre, à travers son travail de photographe, mais aussi celle des soldats, de mourir en martyr pour leur pays. Car la propagande d’Etat, et son idéologie s’appuient sur les sourates et les versets du Coran, notamment ceux qui incitent aux meurtres des mécréants et des infidèles, donc les irakiens. Le régime iranien soutient auprès de ses soldats que combattre aux côtés de l’Iran, c’est mourir pour Dieu, mourir en martyr et donc accéder au paradis.

 

Plus qu’un simple film d’histoire, Stronger than a bullet raconte au travers d’archives et d’images d’illustration, le récit d’un fanatique repenti, qui 30 ans plus tard fait le constat amer d’avoir été manipulé par un régime usant de la religion à des fins de propagande. Par ailleurs les photos de Saied sont aujourd’hui encore détenues par l’état iranien qui continue à utiliser ses photos contre son gré.

 

A travers le personnage de Saied, on assiste à la déconstruction de ce processus d’endoctrinement à la fois religieux et politique dans le cas la guerre Iran-Irak.

 

En tant que spectateur, nous sommes à la fois intéressés par la (re)découverte de ce conflit à travers l’histoire de Saied, mais la réalisatrice nous appelle à réfléchir sur l’endoctrinement des populations par les régimes politiques, au profit du renforcement des régimes politiques, ce qui donne au film une dimension plus universelle.

 

Korotoumou Dabo, Romain Peter, Morgane Praud 

39-45 : la guerre des enfants

Roger, Francine, Massin, Simone, Jean Louis, Tomi, Jean, Robert, Raymonde, Pierre et Loïc : 11 enfants de la guerre, 11 destins, 11 tragédies.

Dans ce documentaire, Julien Johan et Michel Durren abordent la seconde guerre mondiale d’une manière inédite, humaine et personnelle. A travers leurs journaux intimes et leurs témoignages, les 11 rescapés nous racontent ce qu’ils ont vécu. C’est émouvant, tragique, et dans la salle nous entendons les pleurs étouffés des spectateurs replongés dans l’horreur de 39-45.

Les images d’archives colorisées et illustrations animées mettent en images les témoignages de ces, désormais, vieux enfants de la guerre. Les réalisateurs mettent des images sur des maux : tout dans ce film permet de donner sens à l’expérience traumatisante par laquelle ils sont passés. Le réalisme rendu possible par la colorisation des archives, associé à l’imaginaire enfantin des dessins ne peuvent provoquer l’empathie du spectateur.

Évidemment nous pourrions reprocher au film de tomber dans le sentimentalisme. Mais les récits sont à la fois pudiques et dignes. La simplicité parfois naïve du texte et du ton de la voix off, induite par ces journaux intimes et ces correspondances d’enfants, permettent au spectateur de découvrir cette époque sous un angle direct, lucide et sincère.

Aujourd’hui, chacun à leur manière contribue au travail de mémoire. Francine et Robert vont dans les écoles témoigner de leur histoire, Loïc s’est engagé en politique et a participé à la construction de l’Union Européenne, Tomi est devenu dessinateur satiriste et continue, comme durant son enfance, à moquer le fascisme ambiant.

Nous sentons que la vie de ces personnes a été ravagée par ce qu’ils ont vécu dans leur enfance et c’est avec une certaine amertume que les obstacles qu’ont dû traverser ces enfants résonnent encore aujourd’hui.

 

Korotoumou Dabo, Romain Peter, Morgane Praud