Tous les articles par Nicolas Guyot

Over The Limits ou l’exigence du haut-niveau.

                 Dans le cadre du Festival International des Programmes Audiovisuels, le FIPA, il était présenté le deuxième film de la sélection documentaire internationale Over The Limit. Ce film retrace la préparation de la gymnaste rythmique Russe Margarita Mamun pour les Jeux Olympiques 2016 de Rio.

              C’est une plongée dans un monde de strass et paillettes que nous propose la réalisatrice Marta Prus. Dans le monde de la gymnastique rythmique, derrière la compétition et la beauté des routines se cachent une réalité terrible. Le sport de haut-niveau ne pardonne aucune erreur, surtout dans l’équipe olympique Russe.

           C’est en suivant la préparation pour les Jeux Olympiques de Margarita Mamun dit « Rita » que l’on découvre l’exigence du haut-niveau. Aucun écart, aucune erreur n’est pardonné même si l’on se trouve au sommet des classements mondiaux. Deux coachs avec des caractères et des méthodes d’entraînements différentes tournent autour du personnage principal. Amina Zaripova, que l’on devine exigeante mais compréhensible cherchant la complicité avec l’athlète et Irina Viner, froide et implacable, à la recherche de la moindre perfection et sans-merci. Deux antagonistes, une méchante et une gentille conseillant Rita vers le même objectif : une médaille Olympique. Le Graal de tous les athlètes. Mais à quel prix ?

         Car même si la méthode d’entraînement basée sur la pression mentale, le travail acharné, la répétition jusqu’à tomber de fatigue mène au succès, le film met en avant la dureté de l’entraînement « A la russe » pesant sur cette jeune fille de 20 ans. Rita vivant ses émois amoureux à distance avec un gymnaste russe, confronté au cancer de son père et essayant de garder le contact avec sa mère, est happé par la compétition, les déplacements pour les championnats internationaux et l’entraînement sans relâche vers la perfection. Au point de n’être qu’une poupée qui « n’est plus humaine [mais] une athlète » victime des blessures car « une sportive en bonne santé n’existe pas » et des souffrances acceptées comme un aléa de son destin olympique. Un prix fort pour monter sur un podium dépassant le simple plaisir du sport.

          “ Parce que je suis un être humain…” tenta de défendre Margharita Mamoun faisant face verbalement à son entraîneuse. Cette phrase arrive au moment précis où le spectateur commence à croire qu’il ne s’agit que d’un pantin que l’on manipule pour ramener une énième médaille d’or à la nation russe.

         Cette jeune fille de 20 ans vit passionnellement son sport. Mais à un moment, elle perd la flamme qui l’anime pour continuer à danser avec ses cerceaux, son ruban, son ballon et sa massue. Ce jeux enfantin perd de son charme par l’exigence trop forte des entraîneuses soumis à la pression du résultat. C’est à travers Rita que Amina Zaripova et Irina Viner poursuivent leurs soifs de succès et de gloire sportive au détriment de la joie de l’athlète.

           Dès le début du film, les personnages du film sont posés. A l’entraînement Irina Viner, cheveux noir, ton ferme, vocabulaire vulgaire apparaît comme une méchante sorcière. Elle maltraite, insulte ses athlètes pour les pousser à dépasser leurs limites. Quelque chose de commun dans le sport Russe n’acceptant que les médailles d’or, avec des méthodes d’entraînements poussés à l’extrême mais que le regard extérieur induit par la caméra peint une pression mentale de chaque instant. A tel point que l’on se pose la question, est-ce qu’Irina ne se réaliserait-elle pas soi-même à travers ses athlètes ou est-ce que la perfection est à ce prix là ?

            Mais le travail sur le son raconte une histoire contraire. Rita est aimée, attendue par le public. On entend les cris de joies des jeunes filles venus en nombres admirées cette athlète. Le seul moment du film où l’on voit Rita à l’aise, reposée est lorsqu’elle signe des autographes à ses admiratrices. L’image montre des plans larges où Rita n’est pas enfermé dans l’étau des ses coachs.
Paradoxalement la musique monte c
rescendo. Elle transcrit le niveau de stress que le personnage ressent lorsqu’elle se présente devant les juges. La réalisatrice arrive à nous surprendre au milieu du film par un silence total mettant le doute au spectateur sur la capacité de sa nouvelle héroïne à ne serait-ce que participer aux Jeux Olympiques.

         Accompagnant la musique, la réalisatrice fait des choix de cadrage qui sont oppressant, où le personnage n’arrive plus a bouger y compris dans ses danses. A chaque fois qu’elle quitte la scène on la voit de dos. Jamais nous ne voyons sur son visage son ressenti mais on sent sa fatigue et que le moment où elle pourra craquer va arriver.

         Ce sentiment dure jusqu’à la fin du film. Sa victoire aux jeux Olympiques nous est décrit, mais nullement montrée C’est un simple texte qui nous l’annonce. Comme s’il était arrivé une chose banal au vu de tous ses efforts consentis. Pas de sentiment de triomphe, juste celui du travail accompli. Était-elle vraiment humaine à ce moment là ?

Deux jours après, son père meurt et Rita arrête la gymnastique. La réalisatrice met l’accent, par le biais d’un texte, sur le prix à payer pour devenir une championne olympique. Être « Over the limits » dans tous les domaines.

XANTHOPOULOS Anita et GUYOT Nicolas

En route vers le FIPA 2018

Le Festival international des Programmes Audiovisuels de Biarritz, le FIPA débute le mardi 23 janvier. Comme chaque année, professionnels et simples spectateurs partageront sur grands écrans la découverte des programmes qui feront la télévision de demain.

 

Après la cérémonie d’ouverture présentée par la journaliste Estelle Martin, Biarritz vivra au rythme des programmes sélectionnés par le jury du FIPA. Du matin jusqu’au soir, de mardi jusqu’à dimanche les sept salles de projections de la ville rempliront les écrans noirs de différentes productions venus du monde entier.

 

Comme chaque année, un pays sera mis en lumière. En 2018, Israël aura les honneurs du festival. La série Fauda , où l’on suit les aventures de forces spéciales israéliennes traquant un terroriste, ouvrira le bal après la cérémonie d’ouverture. S’ensuivra dans les prochains jours des fictions, documentaires et des masters classes afin d’évoquer et de montrer aux professionnels la vitalité du secteur audiovisuel israélien.

 

Comme dans tout festival, un prix viendra couronner les perles de ces prochains jours. Cinq catégories seront proposées afin de faire un tour d’horizons complet de la création audiovisuelle. Documentaire, fiction, série, création, musique et spectacle. C’est parmi une centaine d’œuvres que le jury décernera les précieux « FIPA d’or » afin de succéder à la fiction britannique SW et la série chilienne Ramona.

 

Mais le FIPA est aussi un lieu où l’on explore les innovations en pensant à la télévision de demain. Parmi celles qui pensent révolutionner la consommation de notre petit écran : la réalité virtuelle. Un secteur en plein boom accompagnant le succès connu par le jeu vidéo. Afin de nous projeter de pleins pieds dans un autre univers, plusieurs projets seront proposés. Parmi les expériences accessibles Nomads: Sea Gypsies de Felix & Paul Studios venue du Canada. Munis d’un casque, les téléspectateurs pourront participer à une rencontre intime avec les Bajau Laut, un peuple vivant depuis des siècles sur la mer, au large des côtes de Bornéo. D’autres œuvres du genre seront proposés dans le cadre du « SmartFestival » où un « hackaton » verra s’affronter des jeunes innovateurs autour d’un projet construit en 48 heures.

 

Parmi les films à voir, l’attention sera porté sur le film de Marie Drucker et Thierry Michel « Le courage de grandir » qui clôturera le festival. Ce film met en évidence les difficultés des enfants précoces à s’intégrer. Le reste du programme montrera dans des formats longs ou courts, avec des jeunes auteurs ou des plus confirmés, en fiction et en documentaire la diversité de la production audiovisuelle.

 

Quand aux professionnels, ils pourront réfléchir au futur du métier dans des espaces qui leurs seront dédiés. Tables rondes et débats sont au programme avec en point d’orgue les pitchs où producteurs et auteurs tenteront de trouver des financements à leurs projets afin de s’exposer sur les grands écrans des prochains FIPA.

 

Xanthopoulos Anita et Guyot Nicolas