Tous les articles par Sarah Kere

Piripkura, l’héritage amazonien

Le film se termine, de tonitruants applaudissements retentissent, Piripkura semble avoir fait l’unanimité. C’est un pari audacieux qu’ont mis en image les trois réalisateurs, Mariana Oliva, Renata Terra, et Bruno Jorge : retrouver Pakuy et Tamadua, deux des trois derniers survivants de la tribu des Piripkura dans la forêt amazonienne au Brésil.

Piripkura, film à l’histoire incroyable questionne la place des hommes dans la société et le droit à chacun de vivre comme il l’entend. L’acculturation, le partage, et l’humanité sont les maîtres mots de cette aventure. Les réalisateurs filment avec justesse et beauté ce long trajet vers « l’autre ». Entre respect et fascination, le film illustre le choc des civilisations qui parviennent à se rencontrer malgré les âges et l’Histoire.

C’est de plus le bon prétexte pour nous proposer des images toutes plus belles les uns que les autres, mettant en valeur la biodiversité amazonienne, sa beauté, sa densité, mais aussi ses dangers. C’est peut-être la disparition qui est le thème principal de cette oeuvre. La disparition d’un peuple, d’un environnement, et celle d’un monde.

Ecologique, humanitaire, politique, Piripkura offre de nombreuses lectures. C’est donc un pari gagné, et un film réussi. Un grand bravo à cette expérience immersive au coeur d’une Amazonie plus impressionnante que jamais.

Sarah KERE, Anne AVRIN, Philippe MOROZOV

Focus Israël, le défi de l’international

24 janvier 2018, ouverture des conférences FIPA industry au Bellevue. Cette année le festival a choisi de faire un focus sur la création audiovisuelle israélienne. Bertrand Le Delezir, représentant du pôle audiovisuel de l’ambassade de France à Tel-Aviv, gère le débat entre les différents invités Anat Nattel (Copro), Hadar Porubanova ( Ruth film), Tamar Marom (Reshet), et Paul Rozenberg (Zadig production).

Israël, pays aussi grand que Les Landes et la Gironde réunies, tient aujourd’hui une place cruciale dans la production audiovisuelle au Moyen-Orient, à rayonnement international.

« The bolderis the better » c’est le mot d’ordre des scénaristes israéliens. Grâce à l’audace de la nouvelle génération, ces programmes, qui, il y a quelques années, rencontraient des difficultés à émerger, remportent aujourd’hui un grand succès. Autant à échelle locale, les séries israéliennes ont complètement occultés les programmes américains à la télévision ; qu’à l’international, où de nombreuses séries reprennent des productions israéliennes. On peut notamment citer Hostage, In  Treatment, ou Homeland, qui ont été adaptés de séries israéliennes.

Les créations originales s’exportent d’ailleurs aussi bien aux Etats-Unis que dans le reste du monde. Ces formats télévisés fonctionnent grâce aux nombreuses prises de risques. En effet, la culture israélienne accepte l’échec et le voit comme une manière de progresser. Les producteurs font confiance aux jeunes scénaristes malgré leur manque d’expérience, et misent sur un cocktail suspense/émotion qui apporte une « production value ». Parce que le pays rencontre des difficultés à financer l’industrie audiovisuelle, les films ne jouissent pas de budgets élevés. L’accent est donc mis sur un storytelling de qualité, et des personnages complexes et travaillés ; ce qui dénote des programmes habituels où les effets stylistiques sont avantagés au détriment de la narration. En revanche ces contraintes budgétaires permettent des tournages courts et une  grande efficacité. Un épisode de Hostage de 40 minutes par exemple, est produit avec environ 100 000$ et est tourné en 5 jours. Bertrand Le Delezir justifie de plus cela par le contexte politique et historique du pays, sous pression, qui incite les équipes à être réactives et pragmatiques.

Le conflit, Israël-Palestine, est d’ailleurs le fond de commerce principal du marché audiovisuel israélien. Selon Paul Rozenberg les diffuseurs étrangers sont friands des récits de guerres, et particulièrement ceux concernant le Moyen-Orient. C’est ce genre de programme qu’Israel exporte donc le mieux. La saison 1 de Fauda de Lior Raz et Avi Issacharoff a notamment rencontré un grand succès à l’étranger. C’est d’ailleurs l’épisode 1 de la saison 2 qui a ouvert le festival ce mardi.

Hadar Porubanova distributrice a ainsi exprimé regrette que la guerre soit la seule vitrine d’Israël à l’étranger et souhaiterait que l’audiovisuel israélien puisse s’émanciper de ce sujet conflictuel, afin d’ouvrir la discussion à d’autres thématiques. D’autant plus que, comme Bertrand Le Delezir rappelle, il n’y a, dans les moeurs israéliens, aucun tabous et tous les sujets sont traités à la télévision nationale. La France qui est le partenaire majoritaire d’Israël en coproduction, permet au pays de produire des films à budget plus conséquent que d’ordinaire. Ce partenariat privilégié est une opportunité d’ouverture vers le marché international. C’est de même, comme l’espèrent de nombreux artistes israéliens, l’opportunité de développer de nouveaux genres et de nouvelles trames, se détachant des classiques problématiques liées au conflit.

« Les gens veulent voir plus de documentaires avec des histoires personnelles qui fédèrent, et une esthétique plus sophistiquée » conclu Tamar Marom.

 

Lucas DEPRAETER & Sarah KERE