Photo du collectif Under Kontrol.

Feux bimédia sur le beatbox

Beatbox, boom bap autour du monde, réalisé par Pascal Tessaud – Production : Temps Noir – Diffuseur : France Ô – Durée : 52min.

Beatbox Maker, application pour iOS et Android, conçue par Florent Maurin – Production : Temps Noir et France Télévision Nouvelles Ecritures.

Dans une programmation marquée à juste titre par l’actualité la plus sombre, dont de nombreux films se sont fait l’écho, le choix de Beatbox, boom bap autour du monde comme film d’ouverture du FIPA 2016 formait un contrepoint détonant et bienvenu.

Le human beatbox, qui signifie littéralement « boîte à rythme humaine », consiste à reproduire les sons d’instruments de musique par des bruits de bouche mais surtout à s’affranchir de cette simple reproduction pour former des créations sonores inédites, impressionnantes par leur virtuosité technique et l’énergie qu’elles communiquent.

C’est en tout cas le commentaire récurrent du public au sortir des deux projections du film de Pascal Tessaud au FIPA. Lors de la seconde projection, ce jeudi 21 janvier à l’auditorium de Bellevue, on devine que c’est grâce à cet enthousiasme et au bouche à oreille qu’il a suscité que ce film a pu réunir une nouvelle fois un public nombreux. D’autant que la séance d’ouverture s’était conclue par la surprise de l’entrée en scène du champion du monde de beatbox Alem, pour une performance live qui n’a pu manquer de faire parler d’elle.

Porté par la société de production Temps Noir et par France Ô, le documentaire propose un éclairage inédit sur cet art jusqu’ici méconnu des médias traditionnels. Il articule, d’une part, un retour sur l’histoire du beatbox et, d’autre part, un focus sur la fine fleur de la scène contemporaine et sur les compétitions internationales qui la réunissent et la soudent comme une véritable communauté. En effet, né dans les ghettos noirs américains et imprégné de résurgences de la culture africaine des anciens esclaves, le beatbox est aujourd’hui pratiqué par des amateurs du monde entier grâce à la diffusion de leurs performances sur Internet.

Sont alors retracées les filiations qui existent entre les maîtres new-yorkais Rahzel et Kenny Muhammad, les pionniers français du collectif Under Kontrol et les divers représentants de la jeune génération globalisée. L’accent est mis sur la scène française, menée par Alem, BMG ou encore Flashbox. Ces new schoolers français s’avèrent particulièrement brillants, au point que les amateurs de beatbox du monde entier parlent de « French power ». On suit alors ces personnages très attachants dans différentes compétitions et notamment les championnats du monde de 2015 à Berlin.

Ces compétitions sont d’autant plus prenantes qu’elles consistent en une série de battles aux airs de matches d’improvisation où tout est mis en œuvre pour déstabiliser l’adversaire avec un grand sens de la théâtralité et de la pique bon enfant. Mais le beatbox n’a pour autant rien à voir avec un passe-temps de dilettante : les sets sont composés avec minutie des mois à l’avance, exigeant une préparation assidue et de nombreuses répétitions. Pour le réalisateur Pascal Tessaud, les beatboxers sont en cela des artistes virtuoses de notre temps, ayant une connaissance fine des techniques de rythmique.

Pour rendre palpable cette subtilité technique du beatbox, mais aussi prolonger l’enthousiasme que peut susciter le documentaire, celui-ci s’accompagne de l’application gratuite Beatbox Maker permettant à chacun de s’essayer au beatbox sur son smartphone. Conçue par Florent Maurin pour Temps Noir et France Ô, en partenariat avec le département des Nouvelles Ecritures de France Télévision, l’application peut se targuer d’avoir été développée avec la collaboration de Faya Braz, membre du collectif Under Kontrol.

Elle comprend un mode tutoriel, présenté par Faya Braz, ainsi qu’un mode de composition permettant d’entrer dans le processus de création des sets de beatbox à partir des différents éléments sonores. Un « Hall of Fame » offre également une galerie de portraits de grandes figures du beatbox, mais Florent Maurin insiste sur le parti pris d’une application comportant peu de contenu documentaire au sens classique du terme et se donnant plutôt comme un véritable « jouet documentaire ».

Le dispositif s’inscrit alors pleinement dans une perspective transmédia. « Si vous voulez apprendre l’histoire du beatbox, les acteurs de la fondation jusqu’à aujourd’hui, vous regardez le film. Si vous voulez comprendre ce que c’est que le beatbox, vraiment, dans votre ventre et dans votre bouche, vous téléchargez l’appli et vous essayez », résume le game designer.

Le documentaire sera diffusé sur France Ô le 4 mars prochain et l’application sera disponible dès le 15 février. On peut saluer cette fructueuse agrégation de talents créatifs, rencontre réussie entre l’art underground qu’est le beatbox et l’institution qu’est France Télévision, autour d’un esprit commun de partage et de transmission. Vive le French power !