Archives de catégorie : FIPA

Laëtitia Eïdo : « la mixité sur les écrans français est possible »

Entre une séance de pitch et une projection de documentaire, nous avons rencontré Laëtitia Eïdo, comédienne de la célèbre série Fauda, qui a fait l’ouverture de la 31e édition de ce Festival international des programmes audiovisuels.

Voir le précédent article sur la série Fauda ICI

Journalistes : Tout d’abord pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle dans Fauda ?

Laëtitia : Je suis comédienne sur Paris et avant de me consacrer à ce métier, je faisais des études d’architecture.
Dans Fauda, je joue une médecin franco-palestinienne. C’est un rôle qui a été un peu calqué sur ma vie puisque que je suis franco-libanaise, et ça a donné cette dimension au personnage qui n’a pas un pied de chaque côté, mais qui refuse de prendre partie pour un camp ou pour l’autre, à moins d’y être forcé.

C’est une femme forte que j’admire pour son caractère, pour sa personnalité. Elle est arabe, chef de clinique et très moderne. Elle porte un rôle important car elle amène cette mixité culturelle du fait qu’elle ait un père français, elle a d’ailleurs passé plus de temps en France qu’à Ramallah (capitale de l’Autorité Palestinienne), ce qui justifie son accent français en arabe et m’a a été plus simple, puisque on ne m’a pas transmis la langue arabe.

J : Finalement vous vous identifiez totalement à votre personnage ?

L : En fait, ça s’est passé dans l’autre sens. A l’écriture du scénario, mon personnage n’était pas du tout française. C’est donc eux qui ont trouvé cela intéressant, et y ont été un peu obligés par manque de moyens : il n’y avait ni le temps, ni le budget pour un coach de langue, sur plusieurs semaines.
Ensuite l’idée était de représenter ce personnage comme un trait d’union entre les deux côtés mais que chacun tente de rallier à ses convictions. Elle se fait finalement avoir par les deux camps et ça va aller de pire en pire lors la saison 2, mais je ne vais pas vous la spoiler.

J : Lors de la cérémonie d’ouverture, nous avons pu voir que vous étiez très émue de présenter la série en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

L : Ça représente beaucoup puisque à chaque fois qu’on me demande « alors Laetitia, d’où vous vient votre français » je réponds « Eh bien d’Ardèche ! »
C’est super car ça fait deux ans que la série est partout sur Netflix, dans 190 pays, mais pas la France. Maintenant elle est sur ciné club et c’est génial, mais c’est vrai que pour moi ça a été un gros travail sur la frustration à attendre que mon personnage et ma carrière de comédienne puissent être un peu plus mis en valeur en France. J’espère que tout cela va prendre de l’ampleur grâce à Ciné club, la sortie DVD puis Netflix en Mars et enfin la saison 2 qui sortira cet été, dans la foulée de la première.
C’est important parce que la série parle beaucoup de mélange culturel, d’échange et on est dans un pays justement très mélangé. Beaucoup de représentations cinématographiques et télévisuelles oublient de montrer cette richesse et on reste sur des stéréotypes qui bloquent l’imaginaire des réalisateurs, alors que beaucoup en France ont des scénarios, des pitchs qui représentent cette réalité, puis certaines fois ils se retrouvent réduits à des schémas préconçus.  Ayant rencontré beaucoup de réalisateurs dernièrement, peut-être plus jeunes, je peux vous dire qu’ils ont vraiment à cœur de montrer cette France-là, donc j’ai beaucoup d’espoir pour les années à venir.

J : Vous connaissez également le modèle audiovisuel américain que vous appréciez particulièrement, quelle différence voyez-vous avec le système français.

L : Je vois une très grosse différence entre la France et les Etats unis, là-bas c’est très ouvert. On m’a par exemple proposé le rôle d’une Russe, je me suis demandé pourquoi, puis j’ai compris que dans certains coins de ce pays les gens me ressemblent, il n’y a pas de limitation. J’ai pu aussi passer des castings là-bas pour des espagnoles, des italiennes, des turques, etc…
C’est important de voir que les gens en France sont mélangés donc maintenant c’est aux décideurs, aux nouveaux et futurs producteurs et surtout aux diffuseurs de se mettre au diapason des spectateurs français derrière leur télévision, qui sont déjà habitués à ça.
Je suis persuadé que l’écran de cinéma ou télévision représente un énorme média d’éducation et de transmission.

J : Au Fipa on a pu assister au Focus Israël, on a vu de nombreux films qui traitaient du conflit Israélo Palestinien, est ce que vous avez vu un film en particulier que vous pouvez nous conseiller ?

L : Bien sûr, un film m’a particulièrement touché, il s’appelle Hasade (« The Fields ») et est réalisé par Mordechai Vardi. C’est l’histoire d’un palestinien, Ali Abu Awwad, d’ailleurs présent au festival, qui a décidé de mettre à disposition son champ pour créer une zone neutre entre Israël et la Palestine. Il a créé le premier mouvement Palestinien non-violent. Il a prouvé, en créant ce mouvement que les palestiniens voulaient la paix contrairement à ce qui peut être dit quelques fois.  Le mouvement grossit de plus en plus, ils ont organisé la fameuse marche des femmes. Donc ce film retrace leur histoire. J’ai vu des gens à la sortie du film qui avaient les larmes aux yeux parce que le propos du film est incroyable.

J : Une dernière question, nous vous avons vu porter une très belle robe lors de la cérémonie d’ouverture. Nous croyons savoir que cette dernière à une histoire particulière, est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

L : Oui tout à fait, je n’en ai pas parlé à la cérémonie probablement parce que j’étais intimidée, mais j’aurais beaucoup aimé en toucher un mot.
Cette robe, que je porte chaque fois que je présente la série, est une robe d’une marque que je soutiens, qui s’appelle « Two Neighbors » (Deux Voisins) et c’est une robe dont les broderies sont faites à la main en Palestine de l’autre côté du mur. La designer est israélienne et les femmes se rejoignent à Jérusalem régulièrement. C’est une initiative à laquelle j’avais à cœur de donner un peu de visibilité.

Noé L.
Morgane P.
Guillaume L.

Stronger than a bullet

Stronger than a bullet est un film réalisé par Maryam Ebrahimi en 2017 et coproduit par la France, la Suède et le Qatar.

 

Il retrace le parcours de Saied Sadeghi, photographe durant la guerre Iran-Irak qui a durée de 1980 à 1988.

 

Le photographe de guerre nous raconte les batailles auxquelles il a assisté : l’opération fav, kheiban et bien d’autres.

La réalisatrice fait revenir Saied sur les lieux des combats tandis qu’il se remémore les atrocités qu’il a vécues, la propagande de l’ayatollah Khomeiny (à laquelle il a participé, en photographiant ce que la République Islamique d’Iran appelait « la guerre sainte »), les soldats qu’il a rencontrés ou les victoires et les désillusions de l’armée iranienne.

 

A travers ce voyage, presque en forme de pèlerinage, Maryam Ebrahimi nous emmène à l’intérieur de la psyché de Saied, et rend compte de sa réflexion autour de cette guerre, et du rôle qu’il y a joué. En effet, Saied raconte la fierté qu’il avait d’avoir contribué à cette guerre, à travers son travail de photographe, mais aussi celle des soldats, de mourir en martyr pour leur pays. Car la propagande d’Etat, et son idéologie s’appuient sur les sourates et les versets du Coran, notamment ceux qui incitent aux meurtres des mécréants et des infidèles, donc les irakiens. Le régime iranien soutient auprès de ses soldats que combattre aux côtés de l’Iran, c’est mourir pour Dieu, mourir en martyr et donc accéder au paradis.

 

Plus qu’un simple film d’histoire, Stronger than a bullet raconte au travers d’archives et d’images d’illustration, le récit d’un fanatique repenti, qui 30 ans plus tard fait le constat amer d’avoir été manipulé par un régime usant de la religion à des fins de propagande. Par ailleurs les photos de Saied sont aujourd’hui encore détenues par l’état iranien qui continue à utiliser ses photos contre son gré.

 

A travers le personnage de Saied, on assiste à la déconstruction de ce processus d’endoctrinement à la fois religieux et politique dans le cas la guerre Iran-Irak.

 

En tant que spectateur, nous sommes à la fois intéressés par la (re)découverte de ce conflit à travers l’histoire de Saied, mais la réalisatrice nous appelle à réfléchir sur l’endoctrinement des populations par les régimes politiques, au profit du renforcement des régimes politiques, ce qui donne au film une dimension plus universelle.

 

Korotoumou Dabo, Romain Peter, Morgane Praud 

VR: La Camera Insabbiata (Laurie Anderson, Hsin-Chien Huang, 2017)

Depuis le début de sa carrière, l’avant-gardiste multimédia Laurie Anderson mise principalement sur la recherche et l’expérimentation de nouvelles formes d’expression audiovisuelle. À l’âge de 70 ans, avec l’aide de son collaborateur Hsin-Chien Huang, elle se lance dans la réalité virtuelle et propose une des expériences les plus réussies du domaine.

« La Camera Insabbiata » est une expérience interactive, constituée de huit pièces, qui permet aux utilisateurs de flotter et de contrôler l’espace à leur propre guise, sans aucune règle particulière, tels des flâneurs dans leurs propres rêves – le rêve et la mémoire étant les principales intentions et inspirations des auteurs lors de la création de cette œuvre. Les participants ont la possibilité de voler librement dans l’espace (lentement ou rapidement, selon leur choix et leur confort physique), de créer des sculptures sonores, ou encore de se baigner dans un bassin virtuel: une liberté qui n’est absolument pas guidée et qui peut s’avérer aussi exaltante que frustrante. C’est d’ailleurs un des enjeux principaux que la VR ne parvient pas toujours à aborder assurément – l’aboutissement et l’impact émotionnel du non-récit.

Pourtant, « La Camera Insabbiata » assume tout à fait cet aspect-là et se concentre exclusivement sur le fonctionnement de l’expérience physiologique et la précision technologique, ce qui fait tout l’intérêt et le mérite du projet. L’expérience physiologique est même tellement portée à l’extrême que l’introduction comprend plusieurs avertissements aux spectateurs: la dissociation des mouvements physiques réels et des mouvements virtuels dans le casque peuvent être à l’origine de malaises et de confusions importantes. C’est dans ce sens-là que ces ‘expériences’ virtuelles peuvent également être entendues comme des essais scientifiques qui, d’un côté, font que l’on s’habitue de plus en plus aux effets physiques de ce medium, mais assurent aussi le perfectionnement d’une technologie qui aura inévitablement un rôle primordial dans les nouvelles techniques narratives audiovisuelles.

La réussite de ce projet, initialement présenté et primé à la Biennale de Venise en 2017, ainsi que la passion de Anderson et de son collaborateur pour la nouveauté et l’expérimentation, laissent croire que « La Camera Insabbiata » n’est que le début des aventures virtuelles du tandem – tandem qui mène la VR dans une direction prioritairement technique tout en préservant une approche d’auteur.

P. Morozov

V. Audras

Piripkura, l’héritage amazonien

Le film se termine, de tonitruants applaudissements retentissent, Piripkura semble avoir fait l’unanimité. C’est un pari audacieux qu’ont mis en image les trois réalisateurs, Mariana Oliva, Renata Terra, et Bruno Jorge : retrouver Pakuy et Tamadua, deux des trois derniers survivants de la tribu des Piripkura dans la forêt amazonienne au Brésil.

Piripkura, film à l’histoire incroyable questionne la place des hommes dans la société et le droit à chacun de vivre comme il l’entend. L’acculturation, le partage, et l’humanité sont les maîtres mots de cette aventure. Les réalisateurs filment avec justesse et beauté ce long trajet vers « l’autre ». Entre respect et fascination, le film illustre le choc des civilisations qui parviennent à se rencontrer malgré les âges et l’Histoire.

C’est de plus le bon prétexte pour nous proposer des images toutes plus belles les uns que les autres, mettant en valeur la biodiversité amazonienne, sa beauté, sa densité, mais aussi ses dangers. C’est peut-être la disparition qui est le thème principal de cette oeuvre. La disparition d’un peuple, d’un environnement, et celle d’un monde.

Ecologique, humanitaire, politique, Piripkura offre de nombreuses lectures. C’est donc un pari gagné, et un film réussi. Un grand bravo à cette expérience immersive au coeur d’une Amazonie plus impressionnante que jamais.

Sarah KERE, Anne AVRIN, Philippe MOROZOV

Hackathon : 48h non stop

48 heures. C’est la durée qui a été donnée aux participants du Hackaton pour créer, réaliser et produire un programme original cours (3 à 5 minutes) en réalité virtuelle (VR).

A l’initiative de l’évènement Smart FIPA, Story code, une association dont le but est de promouvoir les nouvelles écritures. Dominique Remy, présidente de l’association rappelle les missions de Storycode : observer les changements et innovations dans le milieu audiovisuel et accompagner ces changements par le biais de rencontres telles que des conférences ou des hackathons par exemple.

Les participants, sélectionnés aux quatre coins de la France mais aussi au Canada, grâce à un partenariat avec l’école ISIS, viennent de différents univers. Des web designers, des réalisateurs, des informaticiens mais aussi des spécialistes du jeu vidéo, composent les 3 équipes qui ont étés constituées par tirage au sort. Les profils sont différents mais se complètent, chacun apporte ses connaissances, sa créativité et sa sensibilité au projet. C’est d’ailleurs le but du Hackaton, rassembler des personnalités d’horizons différents pour fair émerger un concept innovant. Tous ont toutefois un point commun, la maitrise des techniques de réalité virtuelle.

Mercredi 24 Janvier, chaque groupe (A,B et C) avait tiré au sort un thème : le surf à Biarritz (C), les inventions rétrofuturistes (B) et les transports rétrofuturistes pour le groupe A. Les équipes ont également reçu un corpus d’archives INA d’une vingtaine de minutes en rapport avec leur thème. Le but étant de se servir de ces archives pour imaginer leur histoire et de les incorporer dans leur création. Pour l’Institut National de l’Audiovisuel qui parraine l’évènement, c’est un moyen de mettre en valeur ses archives et de leur offrir une nouvelle visibilité.

Après deux jours de remue-méninges et de travail acharné sans répit ni sommeil, les groupes ont présenté leur projet au jury présidé par Laurent Vallet, PDG de l’INA. C’est finalement le groupe B et son programme « dessine moi un futur » qui remporte cette édition 2018. Le projet retrace sur une feuille de papier en 360°, les inventions farfelues d’une petite fille qui, au fil des dessins, prennent vie sous forme d’archives. Le groupe remporte un chèque de 5 000€ et les applaudissements de la foule. La victoire, bien que savoureuse, n’est pas le véritable but des participants, ils sont avant tout venus vivre une expérience enrichissante, faire des rencontres et échanger sur les techniques audiovisuelles. Sur ce point, tous sont gagnants.

Le public a quant à lui pu découvrir les projets ce samedi 27 Janvier sur le stand de l’INA, au Casino de Biarritz.

 

Les enfants du 209 rue Saint-Maur : mémoires de l’Autrefois

Les Enfants du 209, rue Saint-Maur, Paris Xe
Film documentaire en compétition dans la catégorie Documentaire National.


Réalisé par Ruth Zylberman
Une coproduction Zadig Productions et Arte France.

Dans son dernier long-métrage documentaire, Ruth Zylberman retrace l’histoire d’un personnage quelque peu atypique : l’immeuble du 209 rue Saint-Maur.

C’est en filmant ce lieu que la réalisatrice a mis en lumière l’histoire des enfants ainsi que de leur famille y ayant habité avant la rafle du 16 juillet 1942.

Ces enfants, ce sont Thérèse Dinanceau, une femme de plus de 80 ans ayant vécu avec ses parents et son frère au 3ème étage.
C’est également Albert Baum, la seule personne dans sa famille à avoir échappé à Auswitch.
Il dira n’être jamais revenu des camps. Le trauma d’une vie.

Il y a aussi Miquette, la nièce de la concierge Mme Massacré.
Odette Diamant est, elle, partie vivre en Israël après cette tragique période, elle avait 6 ans lors de la rafle et se souvient de tout.
Odette n’est d’ailleurs pas la seule à être partie pour oublier, Berthe Rolinder aussi s’est exilée, non pas en Israël, mais à Melbourne en Australie.

Henri lui n’avait que quelques mois lorsque ses parents ont été déportés, ayant juste eu le temps de le cacher chez la concierge avant d’être séparés. Il a maintenant la nationalité américaine et vit près de New York.



Tant d’histoires que la réalisatrice a pu capter et su nous raconter.

Cela n’aurait jamais pu arriver sans un travail considérable de recherches et d’enquête afin de retrouver toutes ces personnes. C’est d’ailleurs avant tout grâce à elles que l’enquête sur ce lieu qu’est le 209 rue Saint-Maur a pu continuer, offrant à notre enquêtrice les informations introuvables dans les registres d’Etat Civil, des souvenirs, anecdotes et autres vestiges du passé.

La tâche n’est pas facile ; en faisant tout cela Ruth Zylberman réveille ce passé parfois trop douloureux et toutes les vieilles blessures allant avec. Comme le mentionne la réalisatrice, la question du don et de l’échange entre les filmés et la filmeuse est ici très problématique, puisque l’on vient déranger des habitudes, un quotidien, en somme un équilibre qui fonctionne bien.



Néanmoins tous les protagonistes présents dans l’histoire ont accepté de venir témoigner. Bien sûr le souvenir de ce 16 juillet 1942 est encore traumatisant pour beaucoup d’entre eux, mais c’est également des moments de joie et de bonheur qui réapparaissent.
Tous
se rappellent de leurs voisins de l’époque, de cet esprit, de cette proximité qui régnait entre les appartements et leurs occupants.

Les familles, souvent composées d’exilés juifs polonais ou allemands, s’entassaient à 5, 6, 7 ou 8 dans des appartements chambres.

Le gaz était à peine installé et les toilettes étaient sur le pallier.
Des conditions de vie parfois très primaires, mais dans les yeux de ces enfants la vie était encore belle.

C’est ce lien entre voisins, cette proximité qui existait par le passé et s’est aujourd’hui érodé, que Ruth Zylberman a voulu retrouver. 





C’est donc un travail de mémoire qui nous est ici offert. La mémoire de la Shoah. 
Le sujet a déjà été traité plusieurs fois, mais l’auteure explore ici le quotidien de ces personnes, humanisant encore plus le sujet. Plus que d’être touchants, les témoignages sont captivants.

Plus que des témoignages, ce documentaire constitue un bouleversement dans la vie de certains des protagonistes, leur permettant de lever le voile sur des éléments de leur passé, de leur famille, de leurs origines.

Un projet que la réalisatrice a porté pendant plus de 4 ans, et qui offre une douce perspective de ce que peut être notre rapport à l’Autrefois. 



 

Clémence Decrop
Lucas Depraeter &
Salomé Fleischmann

En équilibre

Victor et Kati enchainent les représentations de cirque en Europe avec leur compagnie Aïtal. Victor est porteur, Kati voltigeuse, ils forment un couple dans leur spectacle comme dans la vie. L’arrivée d’un bébé et les conséquences qui en découleront va bouleverser leur quotidien et leur travail artistique.

Les 52 minutes d’ « En équilibre » dévoilent des intentions poétiques et esthétiques évidentes. Antarès Bassis et Pascal Auffray mettent en lumière ce couple qui brille à l’écran, de par leur extravagance ou de leur talent face au public. La découverte de la grossesse de Kati sera le moteur des péripéties du film, comme l’éventuel arrêt de la tournée ou le remplacement de Kati par une autre voltigeuse.

Toute cette dramaturgie fait d’ « En Equilibre » un film particulier, humble, et qui nous plonge avec brio dans les coulisses d’un cirque itinérant. Le huis-clos favorise l’intimité de ce portrait, qui nous touche dès les premières minutes avec une danse dans la forêt finlandaise au rythme du Vent nous portera de Noir Désir. L’empathie pour Victor et Kati provient d’une proximité que les deux cinéastes ont su montrer par des moments très personnels que la caméra a pu saisir pendant trois ans.

Produit par TS Productions, le film en compétition nationale sera diffusé sur France 3 Occitanie dans le courant de l’année 2018, et nous lui souhaitons une très belle carrière en festivals.

Gaëtan L.
Charly. L

« Rançon », le prix des hommes

 

« … et le prix de l’homme fut déterminé par le prix des choses… » Saint-Just

 

Rançon, film documentaire dans la catégorie Prix du Public –  2017 – 94 minutes

Une coproduction ARTE et Little Big Story
Réalisateur : Rémi Lainé
Co-auteur : Dorothée Moisan
Productrice : Valérie Montmartin

Avec son film « Rançon » Rémi Lainé nous invite au coeur du système ultra secret et très juteux des compagnies d’assurance internationales, des négociateurs et des gangs en racontant les enlèvements d’anciens otages.

Avec les 30 000 enlèvements dans le monde chaque année, le business du kidnapping est un secteur économique très rentable pour ceux qui ont su en faire leur spécialité. Permis ce chiffre renversant, moins d’1% sont des enlèvements politiques ou terroristes. Seulement, quel qu’il soit, derrière chaque kidnapping existe une demande de rançon. Le documentaire « Rançon » nous mène de Londres à Paris, en passant par Abidjan, New-York, Copenhague, Kaunas ou encore dans tout le Venezuela, pays le plus dangereux au monde pour les enlèvements.

« Rançon » illustre son propos à travers deux affaires, celles de deux hommes : Kenny Cisneros et Jeppe Nybroe. Kenny Cisneros vit au Venezuela, là où se passe le plus d’enlèvements au monde. Sa famille, visée plusieurs fois par des kidnapping, décide de faire appel à l’avocat et ancien chef de la police judiciaire locale Miguel Dao pour libérer Kenny. Rémi Lainé nous fait alors suivre les principales étapes de l’enquête jusqu’à la libération, 39 jours plus tard. Jeppe Nybroe est un journaliste danois enlevé entre Aarsal et Yabroud, à la frontière libano-syrienne, en février 2014. Il restera captif pendant 1 mois et sera libéré grâce aux services d’un négociateur privé, mandaté par une compagnie d’assurance.

Comme nous l’explique très bien les différents négociateurs qui interviennent dans ce film, leur but est simple et clair : que l’otage soit libéré sans violence, le plus rapidement possible. Pour cela, une somme sera engagée – plus ou moins importante selon le client – qui doit rester absolument secrète, ces professionnels sont tenus à la confidentialité. Les Etats du monde interdisent aux citoyens de se prémunir du type d’assurance « kidnap & ransom », pour lutter contre la multiplication de ces crimes. Les assurés doivent donc souscrire leur contrat dans d’autres pays et rester les plus secrets possibles. Par leur produit d’assurance haut de gamme, les compagnies s’engagent dans le remboursement du montant des rançons, entre autres prestations possibles.

Autrefois réservées aux patrons des grandes entreprises mondiales, ces assurances ultra confidentielles connaissent depuis quelques années un essor incroyable, et s’ouvrent de plus en plus aux particuliers, aux journalistes, aux sportifs, aux personnalités connues, aux ONG, etc. Engagé dans un marché plus que lucratif, le commerce des otages profite donc autant aux gangs qu’aux assureurs.

Grâce à son film, Rémi Lainé montre bien que le business des enlèvements au Vénézuela est devenu systématique et ce, sans aucune distinction de classe sociale. « Vite fait, mal fait » disait le sociologue Roberto Briceno Leon, comme dans la plupart des régions du monde, l’enlèvement a évolué. Les gens les plus riches se sont barricadés et ont augmenté leur niveau de protection, aujourd’hui les ravisseurs ne cherchent plus une affaire qui leur rapportent beaucoup d’argent mais une multitude de petites affaires moins ambitieuses mais sur lesquelles ils sont sûrs de gagner quelque chose sans mal.

Les enlèvements ont donc un effet pervers sur la société vénézuélienne, ils creusent les inégalités sociales. Alors que l’homme riche pourra toujours régler sa rançon, l’homme pauvre doit donner tout ce qu’il possède pour payer sa libération et il ne peut plus vivre ensuite. La police, corrompue et impayée par l’Etat, ne protège plus la population et va parfois jusqu’à enlever des civils pour gagner un peu d’argent. Ce problème dépasse donc la simple criminalité, il est devenu un véritable business démocratisé.

L’idée de ce film fut pitché ici, au FIPA, il y a trois ans. Ceci montre bien les opportunités qu’offre le festival d’année en année. Intéressés par cette incroyable histoire, les diffuseurs étaient néanmoins sceptiques quant à la faisabilité du film. Par ailleurs, la BBC avait déjà essayé de traiter ce sujet sans jamais y parvenir. Valérie Montmartin et Rémi Lainé décident alors de se lancer dans l’aventure, malgré la perplexité des financiers.

Rémi a donc longuement travaillé avec sa co-auteur Dorothée Moisan, elle-même auteur du livre « Rançons, enquête sur le business des otages » publié en 2013. Ensemble, ils ont cherché un moyen de faire parler tous ces protagonistes, pourtant tenus au secret professionnel, et ainsi raconter le commerce très lucratif qui existe aujourd’hui dans certaines régions du monde.

Après avoir rencontré 3 négociateurs différents, Rémi trouva Miguel, l’avocat de Caracas qui accepta de le laisser suivre son enquête sur Kenny Cisneros, et le film était lancé.

Bien plus conséquent qu’un budget de film documentaire habituel, « Rançon » naitra de la volonté d’Arte, de la société Little Big Story et de tous les financiers, d’accompagner une histoire intense et différente. Ce film nous propose une plongée dans un monde secret où le cynisme butte sur la morale, où, au prétexte de la sauver, on évalue froidement le prix de la vie d’un homme.

 

Salomé Fleischmann

Ik Alleen In De Klas

La réalisatrice, Karin Junger, ne voulait pas faire ce film. Elle a toujours élevé ses enfants métis sans considérer que leur couleur de peau pouvait représenter une différence, un problème. Ses enfants ont grandi et la famille s’est alors retrouvée confrontée au racisme ordinaire qui imbibe la société néerlandaise. Elle s’est décidée à faire un film après avoir reçu une photo de sa fille ayant pour légende « moi seule dans la classe » (Le titre du film). Sur cette photo sa fille Crystal est la seule noire dans l’amphithéâtre de son université. Elle a ensuite échangé avec les amis de ses enfants et s’est rendue compte qu’ils partageaient des expériences similaires mais qu’ils n’en avaient jamais discuté entre eux.

Elle a décidé de les réunir dans une villa afin qu’ils puissent partager leurs expériences à travers des séances collectives de théâtre thérapie, qui font partie intégrante du film. Les protagonistes rejouent les expériences discriminantes qu’ils ont traversées. Ils se peignent le visage pour symboliser les personnages blancs. Le film adopte des airs d’émissions de télé-réalité, le reste du film étant constitué de scènes de vie quotidienne entre les jeunes.

Pour conduire son propos, la réalisatrice passe essentiellement par une fibre émotionnelle, avec des séquences de témoignages qui finissent en larmes, plus que par une analyse et un réel regard sur leur société. Malgré la forme choisie, de prime abord assez originale, le film ne parvient pas à éviter les écueils. Il s’encombre avec des scènes de pathos inutiles au sujet.

Njoki Nyoli, Justine Arsene et Elodie Jové-Nel

Billet d’humeur : Aperti Al Publico de Silvia Bellotti

Ancienne architecte romaine en urbanisme, Silvia Bellotti se reconvertit d’abord au photojournalisme. Elle signe au FIPA cette année Aperti Al Publico dans la catégorie des documentaires internationaux.

Un peech cumulant « art du compromis bureaucratique » et « office des HLM napolitains » aurait pu souffrir de la réputation léthargique qui colle aux institutions administratives. Que nenni. Sur les premières minutes du film, la caméra de Silvia erre dans le silence des étagères bondées de dossiers de demandes de logement, des piles dérisoires que déplace un employé du bureau dans une lenteur presque chorégraphiée. Le silence n’est rompu que par le « Un instant s’il vous plaît. » savamment désabusé et si emblématique des hôtesses d’accueil des administrations publiques. Le décor est planté.

Débute alors un défilé de locataires napolitains dans les bureaux de chaque responsable de l’office des HLM, dont le charme tient en partie à leurs petits chiens en manteaux, sabots en plastiques et autres fioritures caractéristiques du vêtement d’apparat du cliché du chômeur napolitain ; mais également au récit personnel que chacun livre à son interlocuteur bureaucratique. On comprend alors que ces employés sont le réceptacle d’innombrables histoires humaines, plus ou moins réceptif d’ailleurs, et qu’il leur incombe la tâche ardue d’assurer un logement décent à chacun de ces locataires. Bien évidemment c’est à ceux qui ne rentrent dans aucune des cases -prévues par ces brillants esprits que sont les bureaucrates- que s’intéresse l’œil de la caméra de Silvia. Qu’ils soient magouilleurs, illettrés, dépressifs ou dans une réelle détresse, ils sont tous soumis à cette inébranlable machine qu’est l’administration.

C’est justement en combattant les aberrations de ce système que certains employés sauvent les locataires poussés cruellement hors du cadre social. Cette lutte permanente entre le personnel de l’office et leurs supérieurs rend justice à leur maîtrise de l’art subtil de la négociation administrative. Silvia résumait d’ailleurs très habilement cette problématique dans la séance de dialogue avec le public suivant la projection : « Si la bureaucratie en venait à fonctionner exclusivement via des machines appliquant à la lettre la loi, elle serait alors efficace certes, mais plus humaine. Or cette loi précisément présente des lacunes car elle marginalise tous ceux qui sont en dehors des fameuses cases, et qui heureusement trouvent dans cet office des interlocuteurs humains ».

Si la hiérarchie supérieure de ces employés napolitains s’est dite fière de l’image que renvoie le film, les politiciens napolitains quant à eux se sont bien gardés d’y réagir, en dépit du vœu de la réalisatrice de les rencontrer. Au vu de la qualité d’écriture de ce long métrage, nous conseillons pour notre part de ne pas manquer la moindre occasion de croiser à nouveau Silvia et son travail.