Archives de catégorie : FIPA 2020

Immortal

« Après la mort de Staline, les portes se sont ouvertes mais les gens sont restés… »

Dans le décor sinistre d’un ancien goulag, les nouveaux habitants répètent une vie dominée par le militarisme et le nationalisme russe d’aujourd’hui. Immortal est le deuxième film réalisé par Ksenia Okhapkina et produit en Estonie par Vesilind. Pendant près d’une heure, l’œuvre nous plonge au cœur d’un univers froid et autoritaire, où l’apprentissage des valeurs patriotiques aux jeunes russes passe par un entraînement acharné pour rejoindre « L’Armée de la Jeunesse ». Dans un monde où chacun a sa place, les petits garçons apprennent le maniement des armes tandis que les petites filles, elles, doivent maîtriser les chorégraphies des danses traditionnelles. Le film suit leurs efforts jusqu’à la cérémonie des Héros de la Patrie, accomplissement ultime pour des personnes destinées à vivre pour leur pays.

Le film immerge le spectateur dans une ambiance glaciale, particulièrement réussie grâce à un montage rythmé entre les scènes d’entraînement et les plans de cette ville fantôme construite dans le paysage du grand nord Russe. Le travail du son, par l’utilisation de raccords, lie l’apprentissage des pas aux bruits monotones de la machinerie de la ville. L’ancien goulag a certes été réhabilité mais il reste semblable à une prison, où les habitants vivent d’ailleurs comme des détenus, dans des logements délabrés qui renforcent l’austérité de leur conditionnement. Le cadrage marque par sa symétrie et sa rigueur, accentuant ainsi l’impression d’enfermement.

La répétition de scènes d’entraînement participe à l’atmosphère oppressante du film. Le caractère totalement ordonné de la vie quotidienne est rendu évident par cet apprentissage constant des valeurs militaires. Quand les garçons répètent leur parade, mais aussi quand les filles dansent en claquant leurs talons contre le sol presque comme des soldats. Une oppression renforcée par la marche régulière des trains remplis de charbon et le fonctionnement des machines qui semblent dater de l’époque soviétique.

Tout au long du film, il semble impossible pour le spectateur de pénétrer le regard des enfants, et l’on ne rentre jamais dans l’intimité des personnages. Même quand leur instructeur se moque d’eux, leur visage reste impassible et dur. En restant à une telle distance des adolescents, dont aucun ne se démarque, l’œuvre ne nous permet de capter qu’une seule des émotions qui les traversent : la ferveur nationaliste. Cette ferveur se veut héritière d’une histoire russe incluant à la fois le Tsarisme, l’époque soviétique et la Russie contemporaine.

Au milieu des parties de airsoft et des bâtiments démolis, un tag rappelle aux enfants les idéaux prônés par ce système : « Il vaut mieux une bonne guerre qu’une mauvaise paix ». Ces mots sont représentatifs d’un monde où personne ne conteste l’ordre établi.

Les partis pris esthétiques donnent vie à une œuvre mystérieuse, pouvant frustrer le spectateur qui aimerait mieux comprendre les ressorts psychologiques et intimes mouvant les personnages du film, qu’il s’agisse des enfants ou des instructeurs. Cependant, l’œuvre laisse toutefois une impression très forte, par le travail esthétique de la réalisatrice et par sa manière de nous confronter à une réalité aussi lointaine qu’effrayante.  

Léopoldine Fournier et Geoffrey Noirtault

Réforme de l’audiovisuel : des points de vue divergents.

La conférence proposée par le FIPADOC ce vendredi matin réunissait des invités de marque : Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions ; Laurent Vallet, président de l’INA ; Emmanuel Priou, producteur (Bonne Pioche) et président du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants) ; David Assouline, sénateur PS ; et le documentariste Rémi Lainé, administrateur à la SCAM. 

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Les promesses de la Jeune Création

Courts-métrages jeune création – vendredi 24 à 9H30

Les films projetés lors de la séance font partie de la compétition Jeune Création, qui réunit des documentaires courts réalisés par des élèves d’écoles de cinéma.

A travers la voix d’un présentateur radio de nuit, 25th Hour de Juho Reinikainein suit le temps d’une nuit différents travailleurs à travers leur routine et leur solitude. Mother’s de Hippolyte Leibovici nous emmène dans les coulisses d’un cabaret observer la préparation de quatre drag queens avant leur spectacle. Dans Intérieur-Extérieur de Alice Boccara Lefèvre et Charlotte Ballet-Baz, Catherine nous dévoile quelques-unes de ses correspondances avec des détenus de longue durée. Enfin, For Eunice de Jaan Stevens nous présente le quotidien d’une enfant ghanéenne dans une banlieue de Belgique.

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Pitchs internationaux

Jeudi 23 Janvier, 9h30-13h – Les Journées Professionnelles

Ce matin, quinze projets sélectionnés ont été présentés lors de la session de pitchs internationaux durant les journées professionnelles.

Animée par Gitte Hansen (FIRST HAND FILMS) et Margje De Koning (MOVIES THAT MATTER), la session de pitchs internationaux du FIPADOC réunissait 5 projets français et 10 internationaux, dont 3 projets suédois dans le cadre du Focus 2020. Dans une ambiance plutôt décontractée, chaque producteur se prête à l’exercice exigeant de présenter un projet de film en sept minutes, devant un public composé de chargés de programmes, de diffuseurs et de distributeurs. A l’issue de cette séance, des sessions de rencontres permettront aux professionnels d’échanger autour des projets.

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Vie et destin du livre noir : Une autre histoire de la seconde guerre mondiale

C’est l’histoire d’un livre maudit, de son destin et de celui de ses auteurs. Des mois de recherche, des milliers de corps exhumés et autant de témoignages d’atrocités commises par les nazis dans les territoires occupés d’URSS. Autant de preuves qu’il fallait réunir pour faire condamner les criminels de guerre. Tel était l’objectif du Livre noir dont la rédaction fut confiée à un groupe d’auteurs mené par Ilya Ehrenbourg, écrivain, journaliste et reporter de guerre et Vassili Grossman, ingénieur chimiste qui deviendra à son tour reporter de guerre puis écrivain.

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L’impact producing selon WG FILM

Qui dit nouvelle édition du FIPADOC dit nouvelles journées professionnelles. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir « l’impact producing » lors d’une conférence animé par Frederick Gertten et Margarete jangard de WG FILM (société de production suédoise) et qui a rencontré un grand succès auprès des festivaliers.
Mais alors, qu’est ce que « l’impact producing » ? Selon Frederick Gertten, « L’impact producing » c’est concevoir un film comme outil du changement, « a tool for change ». Aussi, la manière de produire est au moins aussi importante que le film en lui même. Pour comprendre cela, faisons un focus sur « Big boys gone bananas ! » produit par WG FILM qui mène une investigation sur les travers du commerce de la banane en ciblant particulièrement l’entreprise DOLE, une grande firme d’agro-alimentaire.

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Les documentaires animés, tendance moderne et convaincante

Les plus curieux ont pu trouver, en parcourant les films sélectionnés au FIPADOC cette année, quelques documentaires en partie ou totalement animés. Ces films, à la croisée des genres, ouvrent des possibilités inédites en termes de narration, de construction du récit ou de procédés de réalisation. Ils sont pourtant difficiles à financer, et peinent parfois à trouver leur public ; ceci explique notamment pourquoi ils s’avèrent être rares, mais précieux.

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Conférence « Le regard des femmes dans le documentaire »

Jeudi 23 janvier 2020 après-midi au Port des Pêcheurs a eu lieu une conférence autour du regard des femmes dans le documentaire. Cette conférence a été pensée par la délégation suédoise à l’honneur cette année pour cette deuxième édition du FIPADOC. Klara Grunning du Swedish Film Institute présidait la conférence accompagnée de la réalisatrice Lina Mannheimer, de la présidente de la SCAM Laetitia Moreau et de la productrice suédoise Stina Gardell.

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1973, une ambassade face à la tourmente

Le 11 Septembre 1973, Salvator Allende meurt dans son palais présidentiel de la Moneda à Santiago. Le général Pinochet prend autoritairement le pouvoir et incarcère les opposants jusque dans les stades qui deviennent de véritables camps de torture à ciel ouvert. Dès les jours suivants, des réfugiés affluent à l’ambassade française, espérant y bénéficier d’une protection politique. Face au manque de réactivité du Ministère des Affaires étrangères, les diplomates prennent l’initiative de leur ouvrir la porte, tandis que Pierre de Menthon, l’ambassadeur français de l’époque,  en accueille également dans sa demeure. Ces engagements permettront de sauver plus de six cents militants recherchés par la nouvelle junte militaire.

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