Archives de catégorie : Il Cinema Ritrovato

DOTS (Digital Optical Technological System) : stocker éternellement des données deviendrait-il possible ?

Dimanche 24 juin, Auditorium DAMSLab de la Cineteca di Bologna. 
 
Pour l’une de ses multiples conférences au prestigieux festival de Bologne, la FIAF Restauration Summer School décide de s’intéresser au DOTS (Digital Optical Technological System). D’abord introduit par le grand Vittorio Storaro, chef opérateur pour de nombreux films de Francis Coppola, Woody Allen ou encore Dario Argento, c’est Robert Hummel, président du Group 47 qui présenta au public ce projet audacieux. 

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A la recherche de Douglas Sirk

De nombreux thèmes ont été programmés par la machine à voyager dans le temps installée à Bologne, parmi lesquels « A la recherche de la couleur : Kinemacolor et Technicolor », qui m’a permis de découvrir davantage du cinéma de Douglas Sirk avec la projection de trois de ses célèbres mélodrames : Magnificent obsession (Le Secret magnifique, 1954), Written on the wind (Ecrit sur du vent, 1956) et All that Heaven Allows (Tout ce que le ciel permet, 1955), chacun avec Rock Hudson parmi les acteurs principaux.

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Robert Mitchum mis à l’honneur d’Il Cinema Ritrovato 2017

Le centenaire de 1917 a occupé une majeure partie (cinquante films) du festival Il Cinema Ritrovato ; mais en dehors des films produits cette année-là, c’était aussi l’occasion de fêter les cent ans de la naissance de Robert Mitchum – ou de commémorer les vingt ans de sa mort. Figure énigmatique de l’affiche de l’édition de cette année, Mitchum a rempli une bonne part de la programmation.

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Le hasard fait bien les choses

Le festival Il Cinema Ritrovato nous emporte vers des pépites. La fête à Henriette de Julien Duvivier (1952) en fait partie.

Bologne et son festival, Il Cinema Ritrovato, au-delà de l’émerveillement face au patrimoine cinématographique mis en valeur, c’est tout une organisation… Pour la mise en place du festival lui-même, mais aussi pour le public. Derrière l’enthousiasme à l’idée des films projetés se trouve un agencement de l’emploi du temps qui se doit d’être réfléchi. Et lorsque les horaires ne correspondent plus, que les projections des films se chevauchent et qu’il faut faire des choix, nous nous retrouvons parfois dans des salles dont nous ne connaissons rien des films. C’est alors au hasard d’abattre ses cartes !

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Bologne : une arrivée en péniche.

Parce que nous ne nous doutions pas qu’en Italie, un film en noir et blanc des années vingt en version originale sous-titrée peut encore déplacer les foules, nous sommes arrivés un quart d’heure avant le début de la projection, face à plusieurs centaines de chaises occupées, contraints de voir, par 37° C, assis sur les pavés engorgés de soleil, le chef d’œuvre de Jean Vigo tourné en plein hiver. Notre premier contact avec Bologne a donc été une contradiction sensuelle, entre l’odeur du pavé chaud et le noir et blanc glacé de l’écran de toile.

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Ma rencontre avec Jean Douchet au festival de Bologne

Que de découvertes cette année, au festival Il Cinema Ritrovato! Des films classiques comme l’Atalante de Jean Vigo diffusé place Maggiore ; Med Hondo, un réalisateur engagé, et notamment son très beau film Sarraounia ; des films iraniens datant des années 1950, où les femmes sont cheveux au vent et vêtue à la mode occidentale à travers les films du cinéaste Samuel Khachikian, … Et une très belle soirée de clôture avec la présence d’Agnès Varda et JR qui présentaient leur film Visages, Villages. Mais au cœur de ce festival, j’ai croisé de nombreuses fois un visage, qui m’est devenu familier, celui de Jean Douchet.

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Le génie Emile Cohl, pour la première fois au festival de Bologne

Je souhaiterais consacrer cet article à un de mes coups de cœur du Festival Il Cinema Ritrovato, édition 2017 : La projection de certains courts-métrages du caricaturiste et créateur de dessins animés français Emile Cohl. Gaumont et Pathé ont uni leurs forces afin de restaurer numériquement ces films, pour la première fois présentées au festival. Deux séances de projection ont été prévues, le 25 et 27 juin, d’une quinzaine de films d’animation réalisés à Gaumont entre 1908 et 1910 et quatre productions Pathé à partir de 1911.

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Une matinée avec la commission technique de la FIAF

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Capture d’écran de l’événement sur le site Il Cinema Ritrovato

Le Festival Il Cinema Ritrovato est un lieu d’échanges pour les professionnels : lors de sa présentation Céline Ruivo de la Cinémathèque Française et directrice de la Commission Technique de la FIAF a présenté les problématiques liées à la communication de la documentation lors de projets de restauration de films. En parallèle, Camille Blot-Wellens (chercheuse et restauratrice indépendante) a détaillé son important travail de recherches axé sur la datation des éléments filmiques dans les archives.

La documentation du processus de restauration

Lors d’un projet de restauration de film, les professionnels des archives audiovisuelles (archivistes, conservateurs et laboratoires) sont confrontés à une problématique similaire : l’échange et la mise en commun d’une documentation technique liée au processus de la restauration. Lors de son intervention du 27 juin 2017, Céline Ruivo a mis en exergue le manque d’homogénéité entre les institutions elles-mêmes et les laboratoires concernant cette documentation, aussi importante qu’inhérente à la conservation des films. Selon elle, la constitution d’un dossier de restauration – au même titre que les métadonnées –  vise à  informer à la fois sur l’état des supports et les techniques de restauration à appliquer aux films anciens.
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Un festival d’ombres et de lumières

La 31ème édition du festival Il Cinema Ritrovato est le reflet d’une ville atypique qui, sous certains aspects, existe toute entière à travers l’impression photographique.

cineteca di bologna festival cinema
Piazzetta Pasolini : lieu emblématique du festival, la place Pasolini regroupe les principales salles de conférences. On y trouve le marché du film organisé dans la bibliothèque ainsi qu’un petit café du cinéma.

En marge du Festival : un important patrimoine photographique

Si les trois pôles de la cinémathèque de Bologne sont des acteurs majeurs de la préservation et de la restauration du patrimoine cinématographique mondial, Bologne est aussi, et avant tout, une ville de photographie. De nombreuses boutiques et ateliers de photographie argentique et numérique perdurent dans le centre-ville, parfois depuis plus d’un siècle. En parallèle du festival, une exposition photographique est installée jusqu’au 30 septembre dans les sous-sols de la place principale. Celle-ci retrace l’histoire de la ville à travers un parcours mêlant histoire des techniques et témoignages artistiques et historiques. La scénographie de Bologna fotografata : tre secoli di sguardi (Bologne photographiée : trois siècles de regards) n’a rien à envier aux haut-lieux parisiens de la photographie que sont le Jeu de Paume et la MEP.
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Voir Amarcord en Italie

À notre arrivée à Bologne, nous découvrons les murs ocres bordés d’arcades qui s’étirent à perte de vue. La gay pride gronde encore, rivalisant avec le murmure des cigales ; le soleil s’éteint peu à peu, teintant les façades d’une lumière rougie. Une odeur douce de citron, de sueur et de thym flotte dans l’air.

Nous nous dirigeons vers le cinema Arlecchino pour assister à notre première séance, Amarcord, monstre du cinéma italien présenté en version restaurée pour la deuxième fois à Bologne. L’acteur principal du film, Bruno Zanin aujourd’hui sexagénaire, présente la séance. Malgré ses cheveux blancs, ses grands yeux bleus le trahissent aussitôt. La blague racoleuse et le sourire enjoué, il raconte ses débuts au cinéma et sa rencontre avec Fellini, alors qu’il n’est qu’un adolescent rebelle et fauché dont la gouaille séduira instantanément Il Maestro. Son histoire est fascinante mais ses airs de Delon repenti le rendent vite agaçant.
Le film commence et l’Italie, mère de tous les fantasmes, se déploie sous la pellicule. On se laisse doucement emporter par l’onirisme fellinien, oscillant sans cesse entre rire franc et mélancolie douce.
En sortant de l’Arlecchino, le monde devient fellinien à nos yeux. À la moindre brise, on s’attend à voir arriver il polline volage, annonciateur du printemps. On est surpris de ne pas trouver une tabaccaia aux courbes majesteuses en allant acheter ses cigarettes. Et le lendemain à la première séance, nulle trace de la Gradisca seule au troisième rang, passant du rire au larmes dans un nuage de Camel.
Pourtant, quelques jours plus tard, à l’orée de la campagne toscane, je me retrouve dans un bus où une femme aux proportions étonnantes, le regard ourlé de bleu canard, la bouche vermillon et la langue vive me parle en italien pendant plusieurs minutes, sous le regard étonné des autres passagers. Je finis par lui exprimer comme je peux mon incapacité à comprendre la langue mais la femme continue de me questionner, et moi de répondre comme je peux. Elle semble tout droit sortie d’un film de Fellini, et la scène s’achève sur une note comique proche de l’incongru, qui aurait sans doute plue au Maestro : un passager moustachu se met à traduire les questions de la donna jusqu’à ce que l’ensemble du bus finisse par s’intéresser à notre curieux échange autour des peaux blanches et de l’usage des éventails.

Le festival Il Cinema Ritrovato porte décidément bien son nom ; il permet de revoir des films fabuleux mais aussi de les revivre, à la manière de trésors retrouvés dans un grenier.

Mathilde R.