Archives de catégorie : Il Cinema Ritrovato 2016

Voir Amarcord en Italie

À notre arrivée à Bologne, nous découvrons les murs ocres bordés d’arcades qui s’étirent à perte de vue. La gay pride gronde encore, rivalisant avec le murmure des cigales ; le soleil s’éteint peu à peu, teintant les façades d’une lumière rougie. Une odeur douce de citron, de sueur et de thym flotte dans l’air.

Nous nous dirigeons vers le cinema Arlecchino pour assister à notre première séance, Amarcord, monstre du cinéma italien présenté en version restaurée pour la deuxième fois à Bologne. L’acteur principal du film, Bruno Zanin aujourd’hui sexagénaire, présente la séance. Malgré ses cheveux blancs, ses grands yeux bleus le trahissent aussitôt. La blague racoleuse et le sourire enjoué, il raconte ses débuts au cinéma et sa rencontre avec Fellini, alors qu’il n’est qu’un adolescent rebelle et fauché dont la gouaille séduira instantanément Il Maestro. Son histoire est fascinante mais ses airs de Delon repenti le rendent vite agaçant.
Le film commence et l’Italie, mère de tous les fantasmes, se déploie sous la pellicule. On se laisse doucement emporter par l’onirisme fellinien, oscillant sans cesse entre rire franc et mélancolie douce.
En sortant de l’Arlecchino, le monde devient fellinien à nos yeux. À la moindre brise, on s’attend à voir arriver il polline volage, annonciateur du printemps. On est surpris de ne pas trouver une tabaccaia aux courbes majesteuses en allant acheter ses cigarettes. Et le lendemain à la première séance, nulle trace de la Gradisca seule au troisième rang, passant du rire au larmes dans un nuage de Camel.
Pourtant, quelques jours plus tard, à l’orée de la campagne toscane, je me retrouve dans un bus où une femme aux proportions étonnantes, le regard ourlé de bleu canard, la bouche vermillon et la langue vive me parle en italien pendant plusieurs minutes, sous le regard étonné des autres passagers. Je finis par lui exprimer comme je peux mon incapacité à comprendre la langue mais la femme continue de me questionner, et moi de répondre comme je peux. Elle semble tout droit sortie d’un film de Fellini, et la scène s’achève sur une note comique proche de l’incongru, qui aurait sans doute plue au Maestro : un passager moustachu se met à traduire les questions de la donna jusqu’à ce que l’ensemble du bus finisse par s’intéresser à notre curieux échange autour des peaux blanches et de l’usage des éventails.

Le festival Il Cinema Ritrovato porte décidément bien son nom ; il permet de revoir des films fabuleux mais aussi de les revivre, à la manière de trésors retrouvés dans un grenier.

Mathilde R.