Concevoir la 3D, le grand écart ancien/moderne

C’est en 1953 que s’est tourné Kiss Me Kate. Ce dimanche soir, la cinémathèque de Bologne présentait la première comédie musicale tournée en 3D. C’est dans une sala Scorsese comble qu’on a pu mesurer le potentiel sensationnel qui a su à l’époque trouver un accueil chaleureux auprès du public conquis par la pièce de Broadway, écrite par Bella Spewack.
Est-il cependant nécessaire de souligner l’intérêt qu’apporte une 3D léchée à un film de danse, où les mouvements amples sont propices à la surprise qu’apporte le relief ?
On s’étonne d’abord de cette fantastique ingéniosité des arrières plans discrets mais qui donnent aux scènes de profondeurs de champs qui n’ont rien à envier à certaines productions moderne. De l’intelligence de séquences pensées pour le relief, pour une 3D qui a du sens, et non pour convenir à une mode.

On se désolera, cependant, de cet effet décidément implacable de la réduction dommageable de la luminosité et des couleurs qui perdent en vivacité.
Un film amusant, et qui a su inspirer d’autres membres de notre groupe, qui restera un bon souvenir de 3D, certes limitée dans notre vision actuelle, mais qui aura su poser des bases pour ses successeurs, qui confirment encore aujourd’hui le potentiel véritable de la 3D pour les films de danse.
C’est en 1939 que le Magicien d’Oz s’imposait déjà comme un élément fondateur du cinéma américain de la conscience collective d’un cinéma d’après-guerre. 75 ans après, est sorti une version 3D.
C’est cette dernière qui était projetée lundi soir sala Mastroiani.
Salle différente, film différent, mais technologie similaire. L’expérience change du tout au tout.
Si Kiss Me Kate brillait par sa mise en scène pensée pour la technologie de la 3D, on voit dès les premières minutes que le choix pour Oz n’est qu’esthétique et on pourra se désoler de ne pas avoir face à soi un film auquel la 3D apporte beaucoup.
Et comment contredire le Guardian qui annonçait, catastrophé, que le film n’avait pas besoin de 3D, le film étant déjà une œuvre avec un relief important.
Si la 3D souligne ces profondeurs de champs déjà mises en valeur il y a 70 ans, elle soulève des questions concernant son impact sur l’intégrité de l’œuvre en lui imposant des couleurs beaucoup moins intenses qu’à l’origine.

 

Bologne présente donc en deux exemples la 3D comme mise en scène et la 3D comme esthétique.
Deux formes qui aujourd’hui encore ont tendance à se faire face.