Les enfants du 209 rue Saint-Maur : mémoires de l’Autrefois

Les Enfants du 209, rue Saint-Maur, Paris Xe
Film documentaire en compétition dans la catégorie Documentaire National.


Réalisé par Ruth Zylberman
Une coproduction Zadig Productions et Arte France.

Dans son dernier long-métrage documentaire, Ruth Zylberman retrace l’histoire d’un personnage quelque peu atypique : l’immeuble du 209 rue Saint-Maur.

C’est en filmant ce lieu que la réalisatrice a mis en lumière l’histoire des enfants ainsi que de leur famille y ayant habité avant la rafle du 16 juillet 1942.

Ces enfants, ce sont Thérèse Dinanceau, une femme de plus de 80 ans ayant vécu avec ses parents et son frère au 3ème étage.
C’est également Albert Baum, la seule personne dans sa famille à avoir échappé à Auswitch.
Il dira n’être jamais revenu des camps. Le trauma d’une vie.

Il y a aussi Miquette, la nièce de la concierge Mme Massacré.
Odette Diamant est, elle, partie vivre en Israël après cette tragique période, elle avait 6 ans lors de la rafle et se souvient de tout.
Odette n’est d’ailleurs pas la seule à être partie pour oublier, Berthe Rolinder aussi s’est exilée, non pas en Israël, mais à Melbourne en Australie.

Henri lui n’avait que quelques mois lorsque ses parents ont été déportés, ayant juste eu le temps de le cacher chez la concierge avant d’être séparés. Il a maintenant la nationalité américaine et vit près de New York.



Tant d’histoires que la réalisatrice a pu capter et su nous raconter.

Cela n’aurait jamais pu arriver sans un travail considérable de recherches et d’enquête afin de retrouver toutes ces personnes. C’est d’ailleurs avant tout grâce à elles que l’enquête sur ce lieu qu’est le 209 rue Saint-Maur a pu continuer, offrant à notre enquêtrice les informations introuvables dans les registres d’Etat Civil, des souvenirs, anecdotes et autres vestiges du passé.

La tâche n’est pas facile ; en faisant tout cela Ruth Zylberman réveille ce passé parfois trop douloureux et toutes les vieilles blessures allant avec. Comme le mentionne la réalisatrice, la question du don et de l’échange entre les filmés et la filmeuse est ici très problématique, puisque l’on vient déranger des habitudes, un quotidien, en somme un équilibre qui fonctionne bien.



Néanmoins tous les protagonistes présents dans l’histoire ont accepté de venir témoigner. Bien sûr le souvenir de ce 16 juillet 1942 est encore traumatisant pour beaucoup d’entre eux, mais c’est également des moments de joie et de bonheur qui réapparaissent.
Tous
se rappellent de leurs voisins de l’époque, de cet esprit, de cette proximité qui régnait entre les appartements et leurs occupants.

Les familles, souvent composées d’exilés juifs polonais ou allemands, s’entassaient à 5, 6, 7 ou 8 dans des appartements chambres.

Le gaz était à peine installé et les toilettes étaient sur le pallier.
Des conditions de vie parfois très primaires, mais dans les yeux de ces enfants la vie était encore belle.

C’est ce lien entre voisins, cette proximité qui existait par le passé et s’est aujourd’hui érodé, que Ruth Zylberman a voulu retrouver. 





C’est donc un travail de mémoire qui nous est ici offert. La mémoire de la Shoah. 
Le sujet a déjà été traité plusieurs fois, mais l’auteure explore ici le quotidien de ces personnes, humanisant encore plus le sujet. Plus que d’être touchants, les témoignages sont captivants.

Plus que des témoignages, ce documentaire constitue un bouleversement dans la vie de certains des protagonistes, leur permettant de lever le voile sur des éléments de leur passé, de leur famille, de leurs origines.

Un projet que la réalisatrice a porté pendant plus de 4 ans, et qui offre une douce perspective de ce que peut être notre rapport à l’Autrefois. 



 

Clémence Decrop
Lucas Depraeter &
Salomé Fleischmann