Expo Smart FIPA : To live and die (and also smell) in Biarritz

En marge des films et conférences du festival se tient le Smart Fipa. Une exposition « intelligente » permet d’y expérimenter des procédés immersifs, ajoutant une dimension interactive à la narration.

Les visiteurs peuvent ainsi tester deux prototypes et une installation artistique : « O Notes », un accessoire connecté distillant jusqu’à 2000 odeurs différentes ; « Google Cardboard », la version carton de l’Occulus Rift ; « Famous Deaths », une expérience olfactive et sonore nous faisant revivre la mort de personnes célèbres. Pour vous, nous les avons testés !

Le « O Notes » est donc un prototype d’appareil connecté sur smartphone ou sur tablette qui, à partir d’une ligne de code, est supposée recomposer une odeur spécifique. Le système fonctionne actuellement au travers de deux applications pour deux utilisations très différentes. La première, conçue comme un réseau social olfactif, permet d’envoyer à ses petits camarades non pas des photos ou des vidéos mais de véritables odeurs qui, ainsi, se dégagent de l’appareil. La seconde, destinée aux enfants, est le conte Boucle d’or en réalité augmentée : à chaque étape du récit, une odeur nous est proposée, comme un moyen supplémentaire d’entrer dans le monde fictionnel. Hélas, bien que l’idée soit intéressante, nous déplorons le fait que les odeurs soient très éloignées de la réalité. Nous rappelant plutôt des parfums de synthèse n’ayant pas l’âme de vraies odeurs, elle suscitent difficilement les sentiments qu’elles devraient faire passer.

Quant au « Google Cardboard », il s’agit d’un simple étui en carton contenant deux verres convergents dans lequel on insère son smartphone. Le film présenté est The Displaced, un reportage réalisé par Imraan Ismail et Ben C. Salomon pour le New York Times, relatant l’exil de trois enfants en Ukraine, Syrie et Soudan du Sud face à la guerre. Outil de réalité augmentée, le casque veut nous immerger dans leur quotidien. On tourne-vire, agrippé à une chaise, on lève et baisse la tête, on cherche du regard les sous-titres dans un exercice inhabituel et quelque peu déstabilisant. Rapidement lassée de l’exercice et les yeux rougis par la sur-pixellisation du petit écran, la majorité des spectateurs ôtent le casque mal pratique, bien loin d’égaler le fameux Occulus.

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Finalement, il s’impose dans la petite salle une structure métallique formée de deux caissons mortuaires, d’un chariot et d’une multitude de boîtes reliées par des fils à un ordinateur. On nous annonce que ce système permet de revivre la mort de personnages célèbres. Ici, le choix nous est laissé entre John Fitzgerald Kennedy le Beau et Colonel Kadhafi le Brave. Deux autres caissons non présents à l’exposition permettent de faire revivre les morts de Lady Diana et de Whitney Houston (spoiler alert : forte odeur de bourbon dans le caisson mortuaire de Madame). Le spectateur devient acteur de sa propre mort, s’allongeant sur le chariot glacial et pénétrant la tête la première dans le caisson. La porte est claquée et l’on se retrouve dans la nuit noire, allongés sur le métal froid, avec comme seuls échappatoires une télécommande à bouton-poussoir, à n’utiliser qu’en cas de crise d’angoisse, et le temps.

À la place de Kadhafi, une odeur âcre règne déjà et l’on se questionne : que va-t-il nous arriver ? C’est alors que l’on commence à entendre, à 360° autour de notre tête, des bruits de balles, de pas dans le sable, et des voix, en arabe, auxquels viennent s’ajouter diverses odeurs aussi évocatrices que nauséabondes, jusqu’à l’ultime instant, là où tout s’arrête, après que les sons se sont progressivement approchés de nous, jusqu’à arriver juste derrière notre nuque.

À la place de Kennedy, c’est l’odeur du bitume et d’essence qui domine, entre les cris de joie d’une foule en délire et les multiples fanfares. Nous attendons l’instant, celui dont on ne revient pas. La voiture ralentit, un coup de feu se fait entendre. Il vous tiraille les oreilles, vous avez l’impression qu’il a traversé votre crâne. Un autre coup, Jackie crie puis plus rien. Kennedy style. Quelques secondes s’écoulent ensuite avant que l’on vienne nous délivrer, nous extirpant de ce tombeau.

« Famous deaths » est une expérience narrative olfactive et sonore, créée par Frederil Duerinck et Marcel Van Brakel dans le cadre d’un plus vaste projet, « Sense of Smell », développée par l’Université des sciences appliquées d’Avans. Ces deux réalisateurs déjà reconnus aux Pays-Bas se sont intéressés à l’odorat et à la manière dont il était possible de l’appliquer à une structure artistique. L’idée de la mort leur est venue, comme un point commun à tous les êtres vivants mais dont personne ne peut témoigner. Quand on demande l’origine de l’idée, Marcel Van Brackel nous répond : « on pense image, son, mais pas forcément odeur. Je voulais partir de là ». Il continue : la structure se suffit à elle-même. Ici, il n’y a pas besoin d’image. L’imaginaire collectif autour de ces personnalités, ainsi que les odeurs et les sons, suffisent à ce que chacun se crée son propre film, visualisant mentalement la situation qu’il est en train de subir.

L’étage qui sépare l’exposition Smart FIPA du chic et ancien casino Bellevue de Biarritz nous aura suffi pour constater que si l’on ne vit qu’une fois, on peut mourir quatre fois. Poil aux bras.

Clémence Pun & Clément Joubert.