HONEYLAND, chronique d’un film à oscar au Fipadoc

Parmi les films dont tout le monde parle au FIPADOC 2020, Honeyland a piqué notre intérêt et c’est dans la grande salle de la gare du midi que nous l’avons découvert. C’est une véritable leçon de cinéma direct, voici pourquoi :

L’immersion des réalisateur.ice.s Ljubo Stefanov et Tamara Kotevska, permise par les trois années de tournage permet de mettre en relief des personnages forts. Tout d’abord le personnage principal, Hatidze, apicultrice dans la campagne désertique de la Macédoine du nord. Il est impossible de ne pas être touché par son authenticité et sa manière de vivre, en harmonie avec la nature. Sa cohabitation avec sa mère malade nous dévoile sa douceur et son rapport à l’autre. Les deux femmes vivent seules en autarcie à l’écart de la civilisation. Leur quotidien est soudain perturbé par l’arrivée bruyante d’une famille nombreuse. On découvre chaque personnage de la famille des voisins dans toute leur complexité. Tandis que les parents se montrent autoritaires et peu soucieux des autres, seul un de leur garçon semble se préoccuper du partage des abeilles avec Hatidze. Curieux, il montre aussi son intérêt pour le savoir-faire ancestral de cette dernière.

Les réalisateur.ice.s exploitent superbement les paysages de cette région. Le film s’ouvre sur un plan large d’Hatidze au milieu du désert, comme si elle se fondait dans son environnement. Dans les moments plus intimes, ils n’hésitent pas à cadrer l’intimité des personnages de manière plus resserrée, à tel point que l’on a l’impression de partager leur vie. L’absence de lumière artificielle au tournage nous plonge dans la vérité de son quotidien, rythmé par le soleil, et contribue à la dimension immersive du film. On distingue deux styles de réalisation. L’un, frénétique et peu flatteur, qui montre la brutalité de la famille des voisins. L’autre, plus harmonieux, qui met en avant la délicatesse d’Hatidze.

La grande maîtrise des réalisateurs donne au message du film toute sa puissance. Le film se concentre sur le partage de la production de miel entre Hatidze et ses nouveaux voisins. Ces derniers n’hésitent pas à sacrifier l’écosystème entretenue par l’apicultrice dans le but de faire plus de profit. Ainsi, l’une a choisi la sobriété et gère ses ressources de manière intelligente, à l’inverse de ses voisins qui tentent de surexploiter les ressources disponibles. L’une gère les choses sur le long-terme tandis que ses voisins raisonnent uniquement sur le court-terme. Le film fait ainsi résonance aux problématiques mondiales actuelles. Même s’il montre que la surproduction est forcément négative, il se termine avec une note d’espoir grâce à ce dernier plan où Hatidze est de nouveau en train de récolter son miel maintenant que ses voisins sont partis et qu’elle a pu rétablir l’équilibre de son environnement. Cependant, le constat est inquiétant en tant que spectateur car on se doute que la solution n’est pas aussi simple à l’échelle globale. Est-il trop tard pour rétablir notre écosystème ?

Pour toutes ces raisons, Honeyland est un film majestueux et intelligent qui doit être vu en salles pour que son nectar révèle toute sa saveur.

Florent Le Meur & Vincent Dammann