Jeune Création : 3 courts-métrages serbes

Mercredi 25 janvier à la médiathèque, la création serbe est venue apporter un vent d’optimisme après les films quelque peu désenchantés de la London Film School dans la section «Jeune Création», avec trois courts-métrages de la Faculté des Arts Dramatiques (FDU).

De gauche à droite : Jelena Gavrilović, Dora Filipović et Nikola Zdravković

Dans le cadre de la section Jeune Création, le FIPA a invité trois étudiants, Jelena Gavrilović, Dora Filipović et Nikola Zdravković, à présenter leurs courts-métrages respectifs : Sve je više stvari kote dolaze (With Many Things To Come), Pogledi Zatvorenih Očiju (Glances of Closed Eyes) et Svetski rekorderi (Backwards).

Les trois films ont été réalisés dans le cadre de la Faculté des Arts Dramatiques (FDU), l’une des grandes formations universitaires serbes pour l’enseignement du théâtre, du cinéma, de la radio et de la télévision. Produits par l’école, les courts-métagres de Jelena Gavrilović et Nikola Zdravković ont bénéficié de budgets assez restreints, s’élevant à environ 1000 €. Le film de Dora Filipović a été auto-financé, étant donné que la réalisatrice a terminé ses études à la FDU.

Au travers d’un échange très convivial à l’issu de la séance, les trois étudiants ont évoqué leurs influences, qui vont de Éric Rohmer à Mike Leigh en passant par Terrence Malick. Émotions, sens et nature constituaient les grands thèmes de ce « triptyque » serbe au ton optimiste, qui donne à voir une production qui se fait rare dans les salles françaises et souvent considérée comme froide et pessimiste.

Ces trois courts-métrages, d’une grande qualité et d’une grande intelligence, nous plongent dans une étude légère et émotionnelle de l’être humain et de sa construction dans la société.

Sve je više stvari kote dolaze (With Many Things To Come) – de Jelena Gavrilović

 

Sve je više stvari kote dolaze est un film très touchant qui raconte l’histoire de Jovana, partie de chez ses parents pour vivre seule, et qui décide de leur faire une visite surprise un après-midi d’été. Elle retrouve une mère abattue et déprimée, avec qui elle va aller discuter de leur quotidien autour d’une bière.

En 22 minutes, Jelena Gavrilović parvient parfaitement à cerner la relation mère-fille, qu’elle considère comme « trop peu exploitée au cinéma ». La réalisatrice a voulu capter le moment de transition dans cette relation où la mère et la fille deviennent des amies.

En effet, Jovana et sa mère se donnent des nouvelles de leurs vies respectives et parlent de leur vie sentimentale.

La réalisatrice a choisi son amie Ana Mandić, fidèle aux films de Gavrilović, pour interpréter le rôle de la jeune femme, et c’est une véritable révélation. Plein d’énergie et de tendresse, toujours le sourire aux lèvres, son personnage incarne une jeunesse qui veut profiter de la vie mais aussi sujette aux doutes et aux questionnements liés à l’âge adulte. L’actrice est fascinante, et on s’identifie totalement à la douce et insouciante Jovana.

La réussite du film tient aussi beaucoup à la qualité des dialogues. Son écriture a duré deux mois et le tournage s’est déroulé pendant cinq jours.

Pogledi Zatvorenih Očiju (Glances of Closed Eyes) – de Dora Filipović

 

Ce deuxième film a été fait hors du cadre de la FDU par Dora Filipović, une diplômée de l’école qui l’a écrit et réalisé. C’est un documentaire de 16 minutes qui raconte, par le biais d’une voix off, les sensations sonores ressenties par les aveugles.

Pendant quatre à cinq mois, la réalisatrice a interviewé des aveugles pour qu’ils racontent ce qu’ils ressentent et entendent quand ils sont dans la rue ou dans la nature. Avant ça, il lui a fallu six mois de recherches sur le sujet.

A l’école, Filipović était étudiante dans la section sound design, et c’est donc elle qui a réalisé tout le travail de son du film. Elle a voulu donner une vision positive des aveugles plutôt que de s’attarder sur leurs difficultés, et rendre compte au public de l’importance des sons dans le quotidien des non-voyants mais aussi des voyants.

Le documentaire a été monté en fonction de la voix off et et de la bande son. Il en résulte un documentaire singulier qui prend plus l’allure d’une expérience sensorielle, dans laquelle les fragments d’images ne se comprennent que grâce au son. Influencée par The Tree of Life de Malick, la réalisatrice a aussi capturé en image et en son la nature.

Pogledi Zatvorenih Očiju est une oeuvre soignée qui rend compte de l’importance du son dans la vie et dans les films, et constitue par-là un bel hommage au sound design.

Svetski rekorderi (Backwards) – de Nikola Zdravković

 

Le court-métrage de Nikola Zdravković, savant mélange entre comédie et drame social, clôturait la projection. Llija s’ennuie dans son petit village, et occupe son temps en s’entraînant pour battre le record du Guinness du plus long pédalage à l’envers en vélo, qui est de plus de 3km. Pendant ce temps, son père se bat pour le maintien du nom de leur rue auprès de son voisinage. Tout ceci va mener à une crise familiale.

Alors que Jelena Gravilović s’est intéressé dans son film à la relation entre une fille et sa mère, ici Nikola Zdravković dépeint la relation conflictuelle entre un fils et son père par le biais d’un portrait de famille dans laquelle chacun cherche à s’accomplir d’une manière ou d’une autre. Selon le réalisateur, Llija essaye d’exister aux yeux de son père.

A travers leurs échecs, les deux personnages vont finalement peu à peu trouver une forme de réussite dans leur confrontation. Svetski rekorderi est un film ingénieux qui parvient à trouver un juste équilibre entre un humour à la frontière du burlesque et une peinture sociale d’une famille vivant dans une petite bourgade de la Serbie. Par là, le court-métrage rappelle le cinéma social anglais.

L’écriture du film a duré deux semaines, le tournage six jours, mais il a fallu six mois de préparation entre les deux. En tout, il a fallu environ deux ans pour la création de ce film.

Ces trois courts-métrages nous font découvrir des auteurs prometteurs, que l’on espère retrouver pour de nouvelles productions, et laissent présager un souffle jeune, novateur et créatif au sein de la production européenne.

Merci à Jelena Gavrilović, Dora Filipović et Nikola Zdravković pour les images.