La recette miracle pour une sélection de bonnes fictions

Pierre Sullice, sélectionneur dans la catégorie « fiction » pour la deuxième année consécutive, a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour nous répondre au sujet du processus de sélection qui prévaut aujourd’hui au FIPA. Tour à tour réalisateur, lecteur pour les plus grandes chaînes ou encore intervenant dans les lycées, et se destinant à présent au marché florissant du transmedia, Pierre Sullice, par son accès exclusif aux coulisses du FIPA, nous révèle la recette, s’il y en a une, d’une sélection de choix et de caractère.

Vous faites partie du comité de sélection pour la « fiction ». Tout d’abord, peut-on considérer que c’est un métier ?

Non, ce n’est pas un métier. Il est clair que je ne pourrais pas en vivre car c’est ponctuel. C’est d’abord deux à trois mois de visionnage puis, il y a la semaine du FIPA. On ne se retrouve que pour faire un bilan et ensuite, il se passe des mois sans que l’on se voie.

En quoi consiste exactement votre rôle en tant que sélectionneur ?

Le travail de sélectionneur consiste à voir tous les films inscrits d’où qu’ils viennent et quel que soit la langue. C’est un engagement du FIPA. Il faut aussi savoir que le FIPA ne montre que des premières exclusivités, en France en tout cas. Pour ma part, j’écris des avis de lecture qui tiennent en 2-3 lignes. En plus de donner un avis favorable, défavorable ou réservé, je donne une note sur 10. Mon travail est ensuite de faire un choix parmi les films les mieux notés. A l’issue de nombreuses discussions et réunions avec les trois sélectionneurs des autres catégories, la décision finale revient, en revanche, au délégué général du festival, François Sauvagnargues, avec qui j’ai une relation de confiance depuis plusieurs années maintenant. En définitive, mon rôle est surtout consultatif mais il n’en est pas moins passionnant.

Quels sont vos critères de choix ? Sur quoi vous basez-vous pour la sélection ? Cette dernière suit-elle une ligne éditoriale ?

Je m’attendais à cette question. En fait, il n’y a pas de critères préétablis. On fait des réunions avec François Sauvagnargues mais jamais il ne nous a dit : « Voilà, pour aller au FIPA, il faut ça, ça et ça. » On arrive devant un film un peu…vierge et soit on est séduit soit on ne l’est pas. On est spectateur avant d’être lecteur ou visionneur et moi, par exemple, je suis très bon spectateur. Je me laisse volontiers émouvoir. Après, il peut y avoir un débat sur le sens du film et sur ce qu’il véhicule, mais à la base, on vit le film comme une expérience. Quand on ne rentre pas dans un film, on a immédiatement une distance plus critique alors que lorsqu’on est immergé, et cela souvent par le biais de l’identification, on se laisse emporter. Pour répondre à votre question, il faut que le film ait du corps. Il n’y a pas de critères objectifs et j’en remercie François Sauvagnargues. S’il fallait définir une ligne éditoriale, ce serait la diversité. La seule chose, c’est qu’un certain équilibre très subtil doit être préservé dans la sélection, surtout au niveau des nationalités des films. D’autre part, des raisons diplomatiques ne peuvent entraîner le refus d’un film. Le maître mot de la sélection est l’adhésion !

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La sélection est-elle influencée chaque année par l’actualité ou des grands thèmes ? Si oui, qu’en est-il pour cette 28ème édition ?

L’actualité ne rentre pas en ligne de compte. Ce que vous avez pu voir sur Charlie Hebdo en ouverture était un hommage nécessaire qui s’imposait de par les circonstances. En revanche, chaque année, le festival met à l’honneur la production audiovisuelle d’un pays ou un thème fort comme la Grande Guerre en 2014. Cette année, par exemple, un regard est porté sur l’Australie.

Vous l’aurez compris, ce festival vous réserve une expérience humaine à l’état pur, porté par des films venus des quatre coins du monde, et cela grâce à des sélectionneurs passionnés et avides de faire partager leur amour de l’audiovisuel.

Entretien réalisé par Marie-Charlotte Cianfarani et Pauline Di Vita.

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