L’Affaire Caravage

Sélection Officielle FIPADOC 2020 – En compétition – Documentaire national

Une coproduction Arte France avec la participation de France 3 Ile de France
Avec le soutien du programme Europe Creative – MEDIA de l’Union européenne, du CNC, de la PROCIREP-ANGOA, de la Région Ile-de-France
Arte distribution

En avril 2014, une œuvre magistrale est découverte dans le grenier d’une maison toulousaine. Elle serait de la main du Caravage et perdue depuis 400 ans. Cette nouvelle va conduire Frédéric Biamonti, le réalisateur, entre Paris, Toulouse, Londres, Rome, Naples, Malte et New York. Nous pénétrons dans les coulisses du monde énigmatique de la peinture ancienne, au milieu des experts, marchands et restaurateurs, et rien ne se passe comme prévu. Attribution, estimation, destination finale, les péripéties de cette « Judith et Holopherne » ressemblent à la vie tumultueuse de son créateur, Michelangelo Merisi dit le Caravage.

Le sujet peut sembler un peu austère au premier abord mais il est traité comme une enquête, dont on suit l’évolution, étape par étape, avec son lot de suspense, de découvertes et de retournements. Cette écriture ingénieuse nous tient en haleine jusqu’à la fin du film.

C’est le fruit d’un très long travail (5 ans) de la part du réalisateur qui a pu rencontrer des experts au quatre coins du monde. Le sujet est donc très bien documenté. Il nous permet de comprendre ce qui fait la singularité de l’oeuvre de cet immense peintre qu’est le Caravage et aussi d’appréhender le fonctionnement du marché international de l’art.

Cette peinture exceptionnelle suscite d’emblée la curiosité d’un comissaire priseur à Toulouse qui avertit alors ses contacts à Paris, parmi lesquels Eric Turquin, un des plus grands experts en peinture ancienne. Celui ci acquiert très vite la conviction que c’est un tableau du maître italien. La peinture coche en effet un certain nombre de cases. C’est une scène biblique : Judith décapitant le général assyrien Holopherne devant la servante Abra. La violence qui se dégage de la toile est caractéristique des tableaux du Caravage. Le naturalisme radical aussi, en passant par une utilisation innovante du clair-obscur, interpelle le spectateur.

Le tableau est estimé dans un premier temps à 120 millions d’euros. Une somme astronomique, peu courante pour le marché de la peinture ancienne. Cepandant la parenté de l’oeuvre est contestée par d’autres experts qui attribuent la toile à un artiste qui réalisait des copies du Caravage. Commence alors un combat pour Eric Turquin qui joue à la fois le rôle d’expert et de vendeur dans cette histoire. Une position ambigüe qui soulève des questions sur la crédibilité des professionnels du marché de l’art. Turquin doit réussir à convaincre qu’il s’agit bien d’un tableau authentique pour qu’il se vende au prix escompté. Les enchères sont risquées dans ce contexte…

Le réalisateur met donc en évidence les stratégies commerciales qui sont déployées pour suciter la convoitise. Il part à la rencontre de ceux qui font autorité dans ce petit monde et nous dévoile les rouages du marché de l’art. On découvre notamment une entreprise qui rassemble une grande quantité de données afin d’informer les acheteurs dans le monde entier. Dans cette affaire, il est aussi question de souveraineté nationale puisque le gouvernement français a d’abord voulu la conserver sur le territoire, au Louvre éventuellement, mais cette position s’est ensuite révélée intenable. Les estimations se fondent sur les indices d’un marché global qui ne connaît pas de frontières. Lorsque les prix atteignent un tel niveau (120 millions cela représente 15 ans du budget d’acquisition du Louvre) les musées ne peuvent plus suivre.

Un documentaire très dense donc, écrit comme une aventure avec de multiples rebondissements, qui nous révèle l’importance et la complexité des enjeux dont il faut tenir compte lorsqu’on aborde ce sujet.