Les Arcs Film Festival : Rencontre avec Xavier Beauvois

Après trois jours formidables aux Arcs film festival, nous avons pu rencontrer à l’hôtel des Cîmes le réalisateur Xavier Beauvois pour un échange riche, honnête et inspirant. Armé d’une bouteille de jus d’orange et d’un paquet de cigarettes, il a déroulé devant nous avec générosité ses motivations, ses projets et quelques anecdotes.

Xavier Beauvois est acteur, scénariste et réalisateur : « Le petit lieutenant » en 2005, le sublime « Des Hommes et des dieux » (primé à Cannes et aux Césars) en 2010, « La rançon de la gloire » avec Poelvoorde en 2014 et plus récemment, « Les Gardiennes ».

Il nous confie tout d’abord être en train de travailler sur un nouveau scénario avec sa femme qui est monteuse et coscénariste. Mais au lieu de bosser, il est venu aux Arcs pour skier gratuitement avec elle et sa fille ! Il faut dire que  Beauvois est un amoureux du tournage, mais que la partie écriture ou post production ne l’emballe pas tellement.

Ses tournages ont l’air instinctifs et organiques. Il dit s’y sentir libre et clairvoyant. Très proche de ses équipes (qu’il choisit) et de ses acteurs lors du tournage. Il a pour habitude de réécrire des scènes sur le qui-vive.

Durant notre échange, X. Beauvois est très ouvert et détendu. Il n’hésite pas à nous parler de ses mésaventures dans la production de courts métrages en solo (qu’il décrit comme ingrate et rébarbative administrativement), des tensions entre lui et ses anciens producteurs/distributeurs, ou encore de sa belle rencontre avec Sylvie Pialat (productrice entre autres de Timbuktu, L’inconnu du Lac…). Il a d’ailleurs fait une belle déclaration à la célèbre productrice qu’il décrit comme sensible artistiquement, à l’écoute et de confiance. Tellement de confiance qu’il lui ait arrivé de commettre l’acte le plus douloureux pour un réalisateur sous un conseil de cette dernière: couper une scène. Il décrit ainsi la relation producteur/réalisateur comme celle d’un couple.

Nous avons aussi eu le droit à de belles anecdotes sur son magnifique film « Des hommes et des dieux ».  X. Beauvois nous raconte ainsi avec passion comment les scènes de neige immaculées sont miraculeuses (le film a été tourné au Maroc, pays qu’il décrit comme très accueillant et cinéphile), comment il a découvert la grande place du chant dans la vie de ces moines en faisant une retraite dans une abbaye pour préparer le film, comment il a refusé de filmer lui même une scène où les têtes des moines sont coupées (scène n’ayant finalement même pas survécu au final cut).

Toujours dans une ambiance bienveillante et intimiste, X. Beauvois nous confie en fin d’entretien ne pas faire confiance aux futurs géants Netflix/ Amazon dont il craint les ambitions hégémoniques. « Et puis de toute façon, le cinéma se passe au cinéma », déclare t-il. « Bravo ! », s’exclame un camarade fougueux.

Nous avons  terminé notre entretien sur la crise sociale française cristallisée par les fameux gilets jaunes qu’il dit défendre : pas avec des pavés mais au coin du « bistrot » Twitter comme il l’appelle. Il s‘amuse ainsi amusé de la force et de l’absurdité des réseaux sociaux.

C’est sur cette note  que s’est terminé notre bel échange avec X. Beauvois et en même temps, notre aventure au Festival des Arcs.

Kotou D. – Guillaume L.