Les enjeux de l’international par Mathieu Béjot

A l’heure où les chaines et les supports se démultiplient, le marché international se transforme à grande vitesse. Cette mutation entraine de nouvelles façons de vendre le produit audiovisuel mais fait également émerger de nouveaux acteurs.

Présent au FIPA 2014, le délégué général de TV France International explique les nouveaux enjeux liés au marché international de l’audiovisuel.

Quelles sont les modifications que vous avez vu se mettre en œuvre dans la vente de produits audiovisuels ?

La démultiplication des supports et des acteurs nous a obligé à opérer de profondes modifications dans la façon que nous avions de vendre notre produit. Avant c’était plutôt simple, les acteurs étaient clairement identifiés, on vendait aux grosses chaines nationales qui achetaient pour un prix conséquent. La relation vendeur/acheteur s’est complexifiée, on ne trouve plus l’acheteur si facilement l’acheteur qui a tendance à choisir ses programmes en amont. Par exemple, Netflix qui doit arriver prochainement en France n’a que 3 acheteurs pour couvrir le monde entier. On comprend donc pourquoi il est devenu important de rendre notre offre la plus attractive possible, l’acheteur doit être séduit par l’emballage. Je pense que c’est la fin de l’unitaire. Sans produire des séries exclusivement, il faut vendre des package. On est aujourd’hui dans une économie de volume.

Quels sont les nouveaux acteurs qui émergent de ce marché international ?

Je parle de marché international, ça a l’air bien défini comme ça, mais en vérité il serait préférable de parler de « jungle internationale ». La technologie permet un perpétuel renouvellement des acteurs ce qui complique considérablement notre travail de distributeurs et d’exportateurs de programmes télé.  Néanmoins on peut quand même discerner trois zones géographiques qui sont vraiment intéressantes aujourd’hui. A savoir, la Russie, l’Asie et plus particulièrement la Chine et l’Amérique du Nord qui est de plus en plus friande de nos fictions. Cependant la Russie est un marché instable car même si le pays est en plein boom économique, son économie reste très liée au marché des hydrocarbures, marché qui fluctue énormément.

En quoi la Chine est intéressante pour l’exportation de programmes audiovisuels ?

Tout simplement parce qu’une loi est passée dernièrement obligeant l’ensemble des chaines à diffuser au moins 30 minutes de documentaire par jour. C’est une aubaine pour nous car l’industrie du documentaire en Chine est quasiment inexistante. Je reste toutefois réaliste, une fois que l’industrie du documentaire chinoise se sera remise à niveau sur le plan international, le marché sera à nouveau verrouillé. C’est une aubaine qui va durer deux ans maximum.

D’un point de vue économique, quelles sont vos prévisions pour l’année qui vient ?

Je crois que la tendance est à la baisse générale des prix. Avant on signait des contrats à 5 chiffres, aujourd’hui c’est des contrats à 4 chiffres quand on ne vend pas un programme pour 50 euros à une petite chaine d’un pays africain. Malgré tout nous avons enregistré une hausse de notre chiffre d’affaires de 12% l’an passé parce que si les contrats sont moins importants ils sont aussi beaucoup plus nombreux qu’avant. Par exemple on peut vendre nos programmes aux compagnies aériennes qui proposent un catalogue de films, de documentaires ou de séries in-flight. Je pense également que les programmes jeunesses vont disparaître des écrans de télé. C’est déjà le cas en Suisse et en Allemagne. Ces programmes vont tout simplement être déplacés vers d’autres supports comme les tablettes numériques ou les Smartphones. L’important c’est de ne pas rater le coche, de se tenir informé des mutations et surtout d’être extrêmement réactif. Enfin un des enjeux pour les années à venir est de créer un marché européen du programme télé car même si on observe un engouement pour les séries scandinaves, il est pour l’instant inexistant.

Pour finir, quel est l’intérêt pour vous et pour TV France International de venir au FIPA ?

 Il n’y a pas d’intérêt direct pour nous à venir au FIPA. Tout simplement parce que nous sommes avant tout un exportateur de films et que le FIPA est tourné vers le marché français. Cependant le festival est le lieu propice pour prendre la couleur de ce qui se fait et pour entretenir les relations. Je peux rencontrer ici des personnes que je n’irai pas forcement voir dans leur bureau.

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