Les promesses du FIPA

En ce deuxième jour de festival s’ouvrait au FIPADOC une petite fenêtre sur notre monde où se percutent les joies, les espérances, les tragédies et les petites histoires de destins individuels qui résonnent avec les préoccupations des jeunes cinéastes qui ont vu leur film rencontrer le public Biarrot. La sélection Jeune Création, dédiée aux films documentaires de fin d’études réalisés par de jeunes cinéastes, réunit des courts-métrages d’écoles du monde entier dont la liberté, l’ambition formelle, la narration et la prise de risque se voient être valorisés à leur juste mesure.

Ainsi, la première salve de courts métrages (au nombre de trois) présentée au sein de cette sélection nous plongeait dans des univers visuels et narratifs tout aussi différents les uns des autres mais néanmoins riches d’un regard, d’une vision portée sur le monde qui nous entoure que cela soit par le biais d’une voix off qui vient transformer un retour aux sources dans une ville anglaise baignée de musique rock au bord de la Mersey en une ballade mentale et intime (Passing Tides) ou bien par le portrait d’une jeune activiste berlinoise qui interroge ses motivations et son engagement politique (Egal Gibt Es Nicht) et enfin par des images fixes de maisons qui viennent interférer le récit de ceux qui les habitent vraiment et qui nous racontent des histoires émouvantes et parfois même comiques (Last Year When The Train Passed By).

Egal Gibt Es Nicht commence par une confession de son personnage principal : Paulina, activiste politique, dévoile les raisons profondes de son engagement politique face à la montée du parti d’extrême droite, l’AFD, qui ne cesse de monter en puissance. Nous sommes en 2017 et l’aventure politique commence pour Pauline. Le réalisateur Florian Hoffmann, alors encore étudiant, va suivre pendant des mois sa vie intime et son parcours politique qui ne cessent de s’entrechoquer. En plus de dresser le portrait d’une jeune femme militante, qui ne cesse de se remettre en question malgré les nombreux obstacles qui émaillent son combat, Florian Hoffman nous offre un espace de visibilité sur l’Allemagne d’aujourd’hui, sur la place que doit occuper chaque personnalité politique dans les médias. Nous assistons à la création d’un visage politique, celui de Paulina et des répercussions que cela peut avoir dans sa vie intime. La force du film, son intelligence réside dans cet aller-retour permanent entre l’espace privé et public, comment l’un et l’autre peuvent s’impacter. Ce simple visage que nous voyions au tout début, nous voyons le même à la fin et pourtant, il nous apparaît multiple, comme s’il avait gagné en complexité tout au long de ce trajet.

Au film sans commentaire où le réalisateur laisse un personnage principal s’installer et occuper tout l’espace, Last Year When The Train Passed By, le documentaire réalisé par Pang Chang-Huang présente une forme radicalement différente. Comme si Marion Czarny, la directrice de cette sélection voulait nous dire : regardez, le documentaire, ça peut être ça, mais aussi cela. Cela témoigne de la richesse de cette sélection qui s’ouvre à toutes les cinématographies, tous les pays, tous les regards. Que se passe-t-il lorsque nous prenons le train ou la voiture derrière toutes ces maisons, tous ces paysages que nous voyons défiler sous nos yeux ? Le réalisateur va chercher dans des photos de maisons qu’il a prises au cours d’un des ses voyages les souvenirs et les personnes qui les habitent. « Que faisiez-vous au moment où j’ai pris cette photo ? ». Cela donne des histoires parfois drôles, parfois tragiques qui brassent des thèmes universels comme l’amour, la joie et la tristesse. A travers un traitement narratif et sonore original, le réalisateur arrive à nous amener vers une émotion des plus poignantes : à travers le récit des personnes qu’il interroge s’ouvre une nouvelle manière d’aborder les tragédies qui traversent nos mémoires.

Passing Tides est un film qui prend pour cadre une ville portuaire au bord de la Mersey en Angleterre, dans un de ses nombreux berceaux du rock. Comme un bateau mélancolique qui remonterait à la surface en morceaux, la réalisatrice Roisin Burns, cinéaste en exil à Paris, revient sur les lieux de sa jeunesse, à Birkenhead, ville de rock qu’elle décrira au travers d’un de ses emblèmes du rock, l’ancien guitariste du groupe The Coral, Billy Ryder-Jones. A travers le portrait de cet artiste, Roisin s’interroge sur les raisons de son départ, sur ce qu’on laisse derrière soi quand on quitte l’endroit qui nous a vu naître et grandir, c’est un torrent de souvenirs qui défilent sous nos yeux. A l’issue de la projection, la réalisatrice était présente pour répondre aux questions du public et de Marion Czamy qui animait le débat. Roisin a pu présenter comment elle avait fabriqué le film et qui est frappant, c’est que ce film très mature, très assuré plastiquement, est l’œuvre uniquement des étudiants du Master cinéma de Paris I en collaboration avec l’Adami.

Ces trois films documentaires, aux mises en scène très différentes les unes des autres, montre à quel point cette sélection Jeune Création réserve de nombreuses surprises et se présente comme un réservoir de cinéastes aux ambitions artistiques et narratives plein de promesses.