L’hôpital où l’on soigne les corps et les cœurs des femmes

Sorti en 2014 et en compétition au FIPA DOC 2019, Congo, un médecin pour sauver les femmes, naît d’une réflexion personnelle : comment espérer que les européens s’intéressent aux problèmes de guerres en Afrique, lorsque les africains expatriés peinent à s’y intéresser eux-mêmes ? C’est la réflexion que se fait la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang à la lecture d’un article dépeignant le travail de Denis Mukwege.

Denis Mukwege est un médecin gynécologue congolais, directeur et fondateur de l’hôpital Panzi à Bukavu. Aussi connu sous le surnom de « l’homme qui répare les femmes », Prix Nobel de la Paix en 2018, il suscite l’intérêt de la presse française en 2012 grâce à son discours à l’ONU. Il y fait un appel à l’aide et à l’action contre l’utilisation du viol comme arme de guerre au Congo. Depuis la fin des années 90, les violences sexuelles sur les femmes sont en effet employées par les groupes armés dans leur tentative de s’emparer des ressources en minerais dont regorge la terre congolaise. Et pour cela, ils détruisent les populations qui vivent sur ces terres, par tous les moyens possibles.

Lorsqu’il fait ce discours, Denis Mukwege est en exil après avoir été la cible de trois tentatives de meurtre. Quand il rencontre Angèle Diabang, qui est devenue fascinée par son travail, et une fois la surprise passée (car apparemment, ce ne sont d’habitude que des personnes blanches qui veulent le filmer), il l’invite à l’accompagner lors de son retour d’exil et la reprise de ses fonctions à l’hôpital en 2013. Après les ovations et les embrassades des femmes qui acclament le retour de Denis Mukwege, nous découvrons l’hôpital Panzi, lieu de sauvetage, de reconstruction, et de retour à la vie. Les couleurs chaudes et chatoyantes, le son des chants des femmes, nous font entrer dans un univers où les maître-mots sont bienveillance, entraide, et désir de vivre.

À travers les témoignages du Docteur Mukwege, de la psychologue, de la conseillère juridique, et surtout des patientes, on nous présente l’histoire de ces victimes, et le fonctionnement de l’hôpital. Ce lieu a été ouvert en 1999 par Denis Mukwege dans sa propre maison, pour aider les femmes en besoin d’une césarienne ; a rapidement été agrandi et s’est dédié aux femmes victimes de violences sexuelles. Les femmes y sont d’abord accueillies et soignées, puis s’en suit un long travail d’accompagnement psychologique, économique et juridique. Elles mettent des mots sur leur douleur, apprennent à l’accepter et à avancer malgré tout. Une fois leur état physique stabilisé, les femmes passent dans une autre partie de l’établissement, les Maisons Dorcas, où elles apprennent à lire, écrire, utiliser un ordinateur, parler anglais… Des compétences nécessaires pour se trouver une nouvelle place dans la société, car leur famille et leur communauté les ont bien souvent rejetées.

Toujours avec un très grand respect des victimes et de leur histoire et sans jamais les forcer à se dévoiler, le film d’Angèle Diabang est un hommage à la résilience de ces femmes et au dévouement du docteur Mukwege et de son équipe soignante. Mais il est surtout un nouveau message d’alerte sur la situation au Congo, et une demande d’action de la part de la communauté internationale. Demande pour l’instant restée sans réponse.

Ambre Dormoi