L’intelligence artificielle et la composition musicale pour film

Quand on parle de musique on pense à nos chanteurs et musiciens préférés du moment, quand on parle composition musicale on se remémore les principales pièces de Mozart, Chopin ou Beethoven, et quand on parle composition pour film on entend retentir les mélodies de Hans Zimmer, John Williams ou Ennio Morricone.

Peut-on imaginer trouver dans un futur proche le nom d’une intelligence artificielle (IA) aux côtés de ceux de ces artistes ? S’agissant de musique, un art si subjectif, personnel, souvent instinctif, autrement dit très humain, il est difficile de concevoir qu’un outil informatique, chargé seulement de suites algorithmiques, puisse créer de manière totalement originale et pertinente. D’autant moins quand il s’agit de rendre le ton et le rythme de la musique en adéquation avec les images et les émotions d’un film.

C’est pourtant bien l’innovation qui se profile et qui casse les oreilles des professionnels de l’industrie de la musique pour films. Certains d’entre eux se sont réunis au Festival de Films Européens des Arcs pour se demander si l’intelligence artificielle avait plutôt vocation à être un soutien au compositeur ou à le remplacer. Modérés par l’anglais Rupert Hollier on retrouve les français Mathieu Lamboly et Delphine Paul, le norvégien Goran Obad et enfin le second anglais David Fish. Ils représentent assez exhaustivement le panorama des métiers de la composition pour film allant de l’écriture musicale même à la supervision en passant par le conseil.

 

L’IA est bel et bien capable de créer de la musique originale pour la simple est bonne raison que les différents styles musicaux sont régis par des codes, des règles qui veulent que tel rythme et telle harmonie arrivent à tel moment du morceau.

Pour certains intervenants elle est déjà indispensable car elle est très précise et procure ainsi des suggestions non négligeables pour avancer efficacement. Sans forcément créer le morceau de bout en bout, elle est beaucoup utilisée pour donner des pistes. Mathieu Lamboly s’en sert pour des fonctions basiques comme pour créer sa ligne de basse.

Mais l’IA a encore des lacunes. D’abord parce que, malheureusement pour elle, la beauté d’un morceau réside souvent dans a rupture avec les règles qu’on lui a brillamment inculquées comme les précise Mathieu Lamboly. En reproduisant des modèles l’IA est incapable d’imaginer un style novateur. À échelle d’un film, cela peut donner lieu à des confusions avec le réalisateur : Goran Obad donne l’exemple d’un réalisateur qui voulait prendre un choix illogique pour son film noir, il voulait permettre au spectateur de respirer par la musique, ce que l’IA est incapable de comprendre. Les directives du réalisateurs sont rarement fixes et précises ajoute M.L., un dialogue est nécessaire pour déterminer l’objectif final que servira la musique. L’IA est certes douée pour analyser des données mais elle a besoin du cerveau humain pour savoir quelle utilité en faire.

G.O. rappelle par ailleurs que les différents styles musicaux issus de l’Homme au cours du temps expriment souvent des complexes identitaires ou du moins la trace d’un contexte historique et social, là où l’IA aura pour seul but de provoquer une émotion éphémère, une surprise, une peine etc. Les morceaux délivrés par l’IA procureraient des émotions évidemment trop impersonnelles.

C’est aussi du côté du droit qu’il faudra voir les limites de l’IA pour l’instant. Delphine Paul souligne en effet que des questions de copyright se posent déjà : à qui doit appartenir le son ? Au logiciel ? Au musicien qui le manipule ? À la marque qui l’a créé ? Quoi qu’il en soit, selon D.P., les entreprises ne se lanceront pas dans le domaine tant que cette question ne sera pas résolue.

 

Derrière la question technique de savoir si l’IA a les moyens de suppléer un compositeur, se posait bien sûr une question plus éthique de savoir si elle doit être perçue comme l’ennemi de la créativité de par sa nature algorithmique ou si elle en donne juste une nouvelle vision.

Mais c’est à mon avis ce qui a constitué une trop grande partie du débat au risque que le discours ait pu sembler un peu naïvement optimiste. Car force est d’admettre que les avancées dans le domaine, toutes imparfaites qu’elles soient pour le moment, sont promises à une évolution fulgurante et plus menaçante que ce que ces messieurs-dames voudraient penser, à l’image de cette vidéo TedX où Pierre Barreau fait la démonstration d’une IA très performante nommée AIVA.

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