Marsman – pari réussi ou échec créatif ?

Un beau jour, la vie de Nico Marsman déraille sans prévenir. Il perd son travail de vendeur de voitures, sa femme le quitte pour faire une « pause » et le voici seul à devoir s’occuper de son frère autiste, livré à lui-même après la mort de leur mère. Nico va-t-il pouvoir tout changer ?

Jurgen Delnaet (Nico Marsman) et Tom Audenaert (Ludovic) interprètent une scène de la série "Marsman"
Jurgen Delnaet (Nico Marsman) et Tom Audenaert (Ludovic) interprètent une scène de la série « Marsman »

POUR. Sans être une série révolutionnaire, Marsman propose une autre voie à la série européenne sans enquêtes ni meurtres. Là où l’histoire prend vraiment de l’intérêt c’est dans le traitement de la vie de son protagoniste, archétype du loser. L’originalité repose, en fait, sur la totale absence d’empathie pour les personnages. Plutôt que d’accentuer les tragédies personnelles en développant les émotions, Mathias Sercu (réalisateur et scénariste) mise sur leur inadéquation au monde qui les entoure. Nico Marsman notamment, héros de la série, semble être spectateur de sa propre vie. Tout ce qui lui arrive se produit à son insu, et il en subit les conséquences sans révoltes ni remises en question. L’humour provient justement de ce décalage entre notre conscience de la tristesse ou de la gravité de situation et la manière absurde (car impossible à comprendre) dont les personnages agissent. La série prend le risque de l’humour noir et de l’absurde là où d’autres cèdent au pathos (le frère autiste, la femme infidèle) et c’est là que se trouve précisément les meilleures idées de la série, notamment l’improbable groupe de musique : Men From Mars (nom qui rappelle le caractère lunaire du héros ainsi que son nom de famille) où les quatre amis retrouvent la passion qui paraissaient absente de leurs vies.

CONTRE. Cette gentille comédie dramatique aurait pu être satisfaisante si elle avait évité les écueils de facilité scénaristique dans laquelle elle se précipite. L’intrigue éculée – un personnage banal perdant le contrôle de sa vie – vire au marivaudage, dans un traitement poussif à base d’humour à froid sur fond de réalisme social. Femme infidèle, perte d’emploi, frère simplet, fille négligée, trio d’amis débonnaires et irresponsables : on reste totalement indifférent face aux malheurs de Nico Marsman, homme neurasthénique et totalement dépourvu de motifs susceptibles de donner de la profondeur à son personnage. Trop convenue, bien-pensante et déjà vue, Marsman ne prend pas.

Alice Caputo (pour) et Julia Fernandez (contre)

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