Jeune talent : Tama Tobias-Macht et la quête vers l’esthétisme

Comment concilier écriture documentaire et poésie visuelle?

Dans le brouillage entre documentaire et vidéo art, le film 2000 m² mit Garten, notable dans la sélection de nouveaux talents de cette 27E édition du FIPA, est l’exemple des nouvelles possibilités de l’écriture documentaire.

Avec un parcours lié la photographie, Tama Tobias-Macht nous fait ressentir son affinité au monde de l’art. Suite à ses études de photographie à l’Académie d’Arts et Design de Bezalel à Jérusalem du 2003 à 2005, cette jeune réalisatrice intègre l’académie d’Arts Media de Cologne où elle sera diplômée avec distinction en 2012 et où elle réalisera 2000 m² mit Garten.

Le film s’inscrit dans une démarche contemplative où les œuvres d’art, les objets animés et la végétation deviennent aussi des personnages. Ceci n’est pas tant à l’univers narratif mais plutôt à la manière dont ces objets sont filmés : plans fixes, composition duale et déclin pour le détail. La réalisatrice fait son pari. Elle définit clairement ses choix stylistiques créant un corpus solide où couleurs et formes constituent un bel ensemble pendant tout le film.

La temporalité unique du film nous laisse respirer et nous incite (et exige) à regarder de manière aiguë afin de comprendre les subtilités du documentaire.  Les 40 minutes racontent apparemment une histoire simple : le quotidien de deux femmes résidant dans l’une des plus grandes villas à Cologne construite en 1912 où de nombreuses œuvres d’art et des objets du design « habitent » aussi. Leur vie banale est entourée des objets d’art, des chefs-d’œuvre et des artefacts de design, ainsi que de la nature et de deux employés.

Si bien le film serait un hommage à cette maison-musée, il évoque subtilement une problématique sociale à travers la cohabitation des employés dans la même maison et remet en cause la présence de l’art, son usage à nos jours. En fait, tous les objets immatériels de la maison sont filmés de la même manière; les tuyaux des aigus et canalisations prennent par exemple la même valeur qu’un tableau, ou les décors floraux s’opposant aux murs peints avec des fleurs remettent en cause leur présence dans cette villa et leur utilité dans notre société contemporaine.

Il y a ainsi dans le film une dualité permanente –ouvre d’art-objet, animé-inanimé, aristocrate-employé – que se manifeste symboliquement dans plusieurs séquences où l’architecture se reflète sur l’eau.

Tama Tobias Macht 2000m2 mit Garten

Cette dualité aura aussi une importance dans l’histoire car ce récit va se déployer en allant de l’occupation à l’inoccupation, de la présence au vide, de l’habitat au déménagement, d’une maison contenante à une maison inerte.

Un peu à la manière dont Jacques Tati travaillait avec les espaces et l‘architecture, mais avec une forte intention esthétique, le film de Tama Tobias-Macht défie la production cinématographique contemporaine, où la place au « DOCUART » n’est pas encore gagnée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *