Notre visite au centre d’archives de l’Imperial War Museum

 

Atelier de restauration au sein du centre d’archives de l’IWM.

L ‘idée d’honorer à travers un musée qui leur serait dédié, la mémoire et le sacrifice des soldats britanniques et du Commonwealth morts ou ayant combattu pendant la Première guerre mondiale, est née en 1917. Confirmée par un acte du Parlement britannique quelques années plus tard, la nouvelle institution muséale ouvre finalement ses portes en juin 1920.
Avant de s’installer définitivement dans son site actuel, l’ancien hôpital royal de Beltham en 1936, le musée va connaître pendant plus d’une décennie une certaine errance géographique, passant ainsi de l’immense site du Crystal Palace dans le sud Londres au bâtiment de l’Imperial Institute dans le quartier de South Kensington.

On peut dire que l’éclectisme est le maître-mot pour définir les collections de l’Imperial War Museum. En effet, ce dernier dispose au sein de ses fonds et expose dans ses galeries tout aussi bien des objets (uniformes, armes, affiches de propagande, etc…) et véhicules militaires (chars, avions, etc…) que des archives audiovisuelles. L’ensemble de ces objets physiques et documents audiovisuels couvrent l’ensemble des conflits auxquels l’armée britannique a pris part depuis la Première guerre mondiale jusqu’à nos jours. Pour donner une idée de la variété de ces collections on peut s’appuyer plus particulièrement sur leur fonds d’archives audiovisuelles et en citer quelques noms  :

  • Une collection de films et photos sur la Première Guerre Mondiale provenant des trois armes (Army, RAF et Navy) de l’armée anglaise et des Industries de guerre.
  • Une collection sur la Deuxième guerre mondiale provenant des mêmes sources.
  • Une collection de films amateurs réalisés par des officiers, soldats et civils en mission.
  • Une collection d’archives audiovisuelles sur l’OTAN (qui sera bientôt disponible en ligne).
  • L’ensemble des films et photos réalisés par les pompiers de Londres durant la Seconde guerre mondiale.
Anne tient entre ses mains une caméra utilisée par les opérateurs britanniques pendant la Seconde guerre mondiale

En tout, le musée possède uniquement pour la question des documents audiovisuels près de 12 millions de photos et 23 000 films. Malheureusement sur les très nombreux films que possède le musée beaucoup ne sont pas complets et seulement 10 % de ces derniers sont actuellement numérisés .

La plupart des archives filmiques et photographiques de l’Imperial War Museum provient du service d’information du British War Office (l’équivalent de notre Ministère de la Défense). Ce service est né relativement tard en comparaison de ses homologues français et allemand. En effet, dans les années 1930 les Britanniques plutôt réticents au départ à développer un tel service de communication, notamment pour des raisons de sécurité militaire (exemple le fait de filmer le mouvement des troupes), vont constater l’énorme retard pris sur les équipes de propagandes allemandes véritablement à la pointe à cette époque. L’armée britannique va donc initier le recrutement de caméramans civils qu’elle va entraîner aux conditions de combat afin de les envoyer sur les différents fronts où le Royaume-Uni combat durant la guerre 39-45 (Afrique du Nord, Birmanie, Normandie, etc…). Le service va poursuivre son existence après la guerre sur différents théâtres d’opérations (guerre de décolonisation, les Malouines, guerre d’Afghanistan et d’Irak pour ne citer qu’elles) pour devenir l’homologue anglais de notre ECPAD national, à la différence près que les archives sont reversées à l’Imperial War Museum et non conservées par le War Office.
Les archives physiques sont d’ailleurs conservées dans d’immenses hangars sur une ancienne base aérienne à Duxford au sud de Cambridge, un lieu qui est devenu l’un des 5 sites officiels du Musée.

Enfin, l’IWM accorde, et on le comprend bien connaissant la nature des fonds, énormément d’importance à la question éthique de ses archives audiovisuelles. Ainsi, l’institution se soumet à une politique stricte et étroite quant à la commercialisation de ses contenus, elle demande par exemple systématiquement la destination et l’usage de ses images. Contrairement à d’autres acteurs des archives audiovisuelles anglo-saxons notamment privés, l’IWM se distingue par une plus grande rigueur morale et professionnelle dans la valorisation de ses fonds.
Il en va de même sur l’épineuse question de la colorisation des archives, cette dernière n’est autorisée par l’IWM seulement si elle est signalée et inscrite dans l’oeuvre la pratiquant. De la sorte, un avertissement doit venir prévenir le public que l’image était en noir et blanc à l’origine et qu’elle est soumise à une interprétation artistique.

Pour conclure, je me permettrais de résumer l’Imperial War Museum, dans une interprétation toute personnelle, comme un croisement entre le Musée de l’Armée aux Invalides (cantonné à la période du XXème siècle jusqu’à nos jours) et l’ECPAD qui gère les archives audiovisuelles de l’armée française.

Pauline vise avec précision notre opérateur attitré. Heureusement pour lui et pour nous que Pauline n’est pas un Spitfire car la caméra qu’elle porte était un appareil fixé sous les ailes du chasseur qui s’activait uniquement au moment où ce dernier se mettait à cracher les balles de ses mitrailleuses.

Arthur Catherin et Vincent Monnet

Master 2 Patrimoines audiovisuels – INASup