Once my Mother : rencontre avec Sophia Turkiewicz et Rod Freedman

En retraçant l’incroyable périple de sa mère Helen, Sophia Turkiewicz reconstruit sa propre histoire : celle d’une jeune fille abandonnée pour un temps, sans repère, privée de figure paternelle, qui cherchera durant toute sa vie et par l’intermédiaire du cinéma à cerner les rapports difficiles entretenus avec sa mère. Ce travail autour de la mémoire intime laisse aussi entrevoir le contexte de la Seconde  Guerre Mondiale : Once my Mother fait partie de ces films où histoire et Histoire se mêlent en un unique mouvement.

Cette articulation se construit en grande partie autour d’un travail documentaire emprunt de mécanismes fictionnels : Sophia Turkiewicz est habituée à cette écriture  qui a certainement influé sur la forme du film. Sa force tient aussi beaucoup dans la diversité des moyens, des images et des sources utilisées pour illustrer cette histoire. Tout cela amène Sophia Turkiewicz à construire un film universel sur l’amour et le pardon à partir d’une problématique pourtant extrêmement personnelle. C’est parce que Once my Mother fait ressentir au spectateur tout le poids de ces décisions capables de marquer une vie au fer rouge que nous souhaitions interroger Sophia Turkiewicz et Rod Freedman, producteur du film via sa société Change Focus Media. D’autant qu’au FIPA, Once my Mother faisait hier sa première internationale.

Tout d’abord, il faut dire que Once my Mother est, dans son processus de création, l’affaire d’une vie. En effet, Sophia Turkiewicz commença à filmer sa mère dès 1976 alors qu’elle était étudiante à l’école de cinéma de Sidney. Alors qu’elle enseigne dans cette même école depuis 2002, le projet refait surface en 2008 : la maturité de la réalisatrice couplée à l’urgence de la situation – la santé de sa mère se dégrade – l’amènent à se consacrer pleinement à ce film. Après avoir mis son travail d’enseignante de coté, elle fera la rencontre du producteur Rod Freedman. Ce dernier, qui avait lui même réalisé un film personnel retraçant le parcours de son grand-oncle en Lituanie (Uncle Chatzkel, 1999), était tout à fait à même de comprendre la nécessité d’une telle démarche, et de s’investir à son tour pleinement dans l’aventure, en participant par exemple directement au tournage de certaines séquences.

Si cette rencontre fut en un sens providentielle, la recherche de financements fut quant à elle, beaucoup plus laborieuse. De 2009 à 2012, Sophia et Rod épuisèrent chaque possibilité, essuyant refus sur refus. Ces difficultés encourues sont selon Rod symptomatiques d’une évolution de la production audiovisuelle en faveur des séries et au dépit des programmes unitaires. Finalement, après de nombreuses tentatives, Screen Australia finit par soutenir le projet, amenant ABC TV à s’engager en tant que diffuseur. A noter que le soutien de la Kresy Siberia Foundation – créée pour conserver la mémoire des familles polonaises ayant été déportées en Sibérie par les soviétiques lors de la Seconde Guerre Mondiale et dont Helen a été victime. Tout cela permit au film de trouver une existence concrète.

A ce jour, Once my Mother a reçu plusieurs prix – Best Documentary Audience Award au Adelaïde Film Festival, Best Film Audience Award au Canberra International Film Festival, Best Documentary Biography aux ATOM Awards – et cette liste devrait s’allonger au vu des qualités intrinsèques du film, d’autant que Rod et Sophia visent maintenant une couverture à l’international qui commence par l’exposition de leur film dans différents festivals. Comme vous l’aurez en effet compris, nous ne pouvons que vous conseiller d’aller voir Once my Mother, car c’est un film réalisé et produit avec le cœur. Film rare donc, fruit d’un travail de longue haleine et d’une persévérance sans faille, qui nous l’espérons vous touchera comme il nous a touché et connaîtra une longue et belle vie.

Pour les intéressés, il sera projeté de nouveau au FIPA aujourd’hui, à 19h, à l’Auditorium Bellevue. Courrez-y, vous ne devriez pas le regretter.

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Change Focus Media

Florent, Elisa et Sarah.

Selfie Once my Mother

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