Otage(s), la déception de la liberté

Le documentaire Otages, co-réalisé par Michel Peyrard, ancien journaliste et Damien Vercaemer également chef-opérateur, dresse le portait de sept personnes kidnappées par les plus dangereuses organisations terroristes ou militaires dans le monde. De la Colombie à la France, en passant par l’Autriche, ces personnes nous livrent un récit personnel fort et peu entendu des médias traditionnels. Le but de ce film est de faire entendre ces voix d’une manière différente, en allant plus loin que le simple récit de leur kidnapping et de leur libération. Les ex-otages commencent par raconter leur périple vers la liberté mais vont au-delà en nous parlant des difficultés que représente le retour à une vie normale et les nombreux problèmes familiaux que les retrouvailles entraînent. Ce documentaire permet au spectateur de comprendre la torture psychologique qu’un kidnapping représente, mais aussi le traumatisme qui se poursuit bien longtemps après leur libération. 

À l’image de Pierre, ce jeune humanitaire français qui a été kidnappé par des Talibans au cours de l’une de ses missions et qui s’est retrouvé enfermé pendant plus de quatre mois dans un trou, creusé à même le sol et recouvert d’une planche. Au-delà du traumatisme physique et psychique dû aux conditions inhumaines de sa détention, c’est bien le retour à une vie « normale », dans un monde cynique et égocentré, qui a été le plus difficile pour lui. 

Les sept personnes qui interviennent ne se connaissent pas, n’ont pas vécu leur rapt dans les mêmes conditions ni pendant le même nombre de mois ou d’années (Pierre est resté 4 mois dans un trou, Oscar Lizcano, un parlementaire colombien, est resté lui pendant neuf ans dans la jungle colombienne aux mains des FARC) et pourtant leurs récits se ressemblent en de nombreux points. Comme par exemple les techniques trouvées par chacun pour faire passer le temps et survivre mentalement, ou bien le ressentiment de leur famille une fois réunis. Ce qui frappe surtout, c’est cette forme de déception face au retour à la réalité, comme si pendant leur capture les otages idéalisaient tellement la liberté et leur ancienne vie que le fait de retourner à un quotidien « simple » n’était pas à la hauteur de ce dont ils avaient tant rêvé. Ce qui marque également, c’est le récit de comment leur famille a pu non seulement les rejeter, mais aussi leur en vouloir à leur retour, chose que les otages disent très peu lorsqu’ils font le tour des médias à leur libération. 

Le réalisateur Michel Peyrard connaît personnellement plusieurs ex-otages et avait connaissance de cet « après », c’est pourquoi pour son film, il a effectué un long travail d’échanges avec eux afin de les amener doucement à libérer cette parole honnête et profonde, qui ne correspond en rien à la joie des premiers jours de liberté et des premiers échanges avec les médias que les otages connaissent tous. Les interviews ont en tout duré 6 à 8 heures, et pendant les deux premières heures les ex-otages racontaient la version des faits qu’ils avaient déjà raconté aux médias et à tout le monde, puis, une fois que la confiance s’est installé, ils se sont permis de se lâcher un peu plus et dire leur vérité, aussi peu reluisante soit-elle. 

Malgré des propos et un récit extrêmement fort, prenant, unique et original, la mise en scène très léchée, esthétisée et classique porte un peu atteinte à la qualité du film. Les réalisateurs ont fait le choix de travailler la forme d’une manière beaucoup plus superficielle que le fond, ce qui néanmoins est un peu dommage. Une grande majorité des plans sont très classiques, particulièrement ceux des interviews : la personne se trouve légèrement décadrée à droite, regarde juste à côté de la caméra, l’arrière-plan est flouté, la musique appuie sur le côté tragique du récit. Ces interviews sont entrecoupés de plans aériens filmés à l’aide d’un drone, où l’on voit toutes ces personnes se balader en pleine nature, ce qui contraste avec le récit d’un enfermement forcé, mais n’apporte rien de très original. Le troisième type de plan que l’on retrouve est une succession de gros plans des six ex-otages, placés devant un fond noir et délicatement éclairé pour mettre en valeur leur yeux. Cette partie portrait pourrait faire un peu la différence, mais ne fonctionne pas vraiment, les interviewés vont par exemple relever la tête au ralenti afin de fixer le spectateur, sur fond de musique épique, ce qui est assez cliché. Le récit du documentaire me semble être suffisamment fort pour se passer d’une mise en scène si travaillée et malheureusement très peu originale. 

 

MB