Restaurera, restaurera pas ?

A propos des différents choix de restaurations à partir de quatre exemples de films projetés lors de la 33e édition del Cinema Ritrovato de Bologne.

Restaurera, restaurera pas ?

C’est bien la question nécessaire et difficile à laquelle le festival n’essaie pas de répondre. Au contraire, ce festival permet d’assister autant à des projections de films restaurés que recomposés que laissés en l’état. Pendant ces quelques jours à Bologne, nous avons notamment eu la chance de voir Les Vampires, Episode 3 : Le cryptogramme rouge, Louis Feuillade (1915), Paris qui dort, René Clair (1924) , Gigi, Vincente Minelli (1958) et Los olvidados, Luis Buñuel (1950).

Le festival du « film retrouvé » porte bien son nom. Des films retrouvés, oui, mais dans quel état ? Et selon, est-ce qu’on les laisse en l’état, est-ce qu’on les restaure ? Si on les restaure, qu’est-ce que l’on restaure, comment l’on restaure, pourquoi l’on restaure ?

La politique française tend à préconiser une restauration visible, qui puisse être documentée, et réversible mais ce n’est pas le choix qui est toujours fait comme nous en avons fait l’expérience en voyant dans la même journée des films dans des états très variables. C’est une bonne façon de se rendre compte qu’il n’y a pas de bonne manière de faire mais surtout des choix.

Pour le premier film, Les vampires, ainsi que les courts métrages autour de Musidora qui ont été présentés juste avant, la pellicule avait subi de graves dommages très visibles. La moisissure cachait parfois une grande part de l’image et ne permettait pas de visualiser le plan dans son ensemble. L’image pouvait être abîmée parfois sur le côté, plutôt du côté de la manchette mais parfois au beau milieu de l’image. Un public non averti pourrait déplorer cette perte d’informations mais les aficionados présents dans la salle y voyaient aussi un certain charme, une trace très prégnante du temps qui a passé, plus de cent ans pour ce film ! L’effet rendu par ces taches ne manquait pas d’un certain esthétisme. Pour la présentation du film, l’accent a été mis sur le contenu et le personnage de Musidora, soulignant son importance dans l’histoire cinématographique

Pour assurer une certaine cohérence de l’histoire, les cartons avaient été reconstitués grâce aux scénarios retrouvés.

Portrait de Musidora, la dixième muse

Le second film, Paris qui dort, a été présenté en amont pour expliquer les choix de restauration qui avait été faits. Deux versions ont été retrouvées : un négatif en français et une copie positive en anglais. La projection qui nous a été proposée est celle de la restauration de la deuxième. Un cartel à la fin du film expliquait que les intertitres avaient été reconstitués à partir du scénario retrouvé à la BnF.

Gigi nous a été projeté en pellicule, tel quel, avec toutes les altérations qu’elle avait pu subir. Certains plans étaient striés de rayures, certains manquaient, pour d’autres, un début de tournant magenta était parfois perceptible. Si les sautes dues aux plans manquants étaient parfois frustrants, le charme du film opérait et l’on finissait par oublier que l’image n’était pas « parfaite ».

Los olvidados était projeté Piazza Maggiore le lundi 24 juin. Il a été restauré par la UNAM, l’Université nationale autonome du Mexique et la Film Foundation dont le directeur était présent. Dans ce cas, la restauration n’était qu’à peine visible. L’image gardait un certain grain et tous les plans se suivaient fluidement.

La piazza Maggiore

Il ne s’agit ici que d’exemples et c’est ce qui fait, à mon sens, l’un des charmes de ce festival aussi. On ne sait jamais trop dans quel état va nous être projeté le film, et c’est très bien comme ça !

Mention spéciale pour Hyeolmaek de Kim Soo-yong, venu en personne nous le présenter, numérisé mais absolument pas restauré et qui, à sa manière, nous a beaucoup marqué.

Kim Soo-yong, accompagné de son interprète, présente son film en salle Scorsese.

Pitchs inversés pour infos de qualité – Sunny side of the doc 2019

Ce mardi 25 juin 2019, dans le cadre du festival « Sunny Side of the Doc » à la Rochelle, s’est tenue dans l’auditorium du musée maritime, une séance de Pitchs inversés durant laquelle plusieurs plateformes francophones ont présenté leur ligne éditoriale.

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Bologne, dimanche 23 juin 2019

Musidora, la dixième muse….

Ce dimanche était placé en partie sous le signe de Musidora. Plusieurs d’entre nous ont commencé la journée par un documentaire lui étant consacré. Nous avons été fasciné.e.s par cette femme à la fois actrice, auteure, peintre et réalisatrice. Après un détour chez René Clair et une version inédite de Paris qui dort tiré d’une copie positive anglaise. Nos avons pu voir Musidora dans une série de films dont l’épisode III des Vampires, où elle joue Irma Vep, connue pour sa combinaison noire. Le film était accompagné par John Sweeney au piano et Franck Bockius à la batterie. Nous avons été touché.e.s par la présence de cette dixième muse. Pour finir en beauté cette journée musidoresque, Ombre et Soleil réalisé par la fabuleuse. Comme par magie le film apparaissait sur l’écran grâce au charbon, OUI, au charbon! Un projecteur avec un tout autre système que la courante lampe xénon, elle même déjà presque desuète. Une relique projetant une relique quel bonheur! Le plafond était étoilé, la fumée du projecteur s’élevait dans le ciel. Et nous sentions la brise tout comme nos camarades parti.e.s voir Easy Rider sur une place Maggiore pleine à craquer !

Quelle journée !

Notre visite au centre d’archives de l’Imperial War Museum

 

Atelier de restauration au sein du centre d’archives de l’IWM.

L ‘idée d’honorer à travers un musée qui leur serait dédié, la mémoire et le sacrifice des soldats britanniques et du Commonwealth morts ou ayant combattu pendant la Première guerre mondiale, est née en 1917. Confirmée par un acte du Parlement britannique quelques années plus tard, la nouvelle institution muséale ouvre finalement ses portes en juin 1920.
Avant de s’installer définitivement dans son site actuel, l’ancien hôpital royal de Beltham en 1936, le musée va connaître pendant plus d’une décennie une certaine errance géographique, passant ainsi de l’immense site du Crystal Palace dans le sud Londres au bâtiment de l’Imperial Institute dans le quartier de South Kensington.

On peut dire que l’éclectisme est le maître-mot pour définir les collections de l’Imperial War Museum. En effet, ce dernier dispose au sein de ses fonds et expose dans ses galeries tout aussi bien des objets (uniformes, armes, affiches de propagande, etc…) et véhicules militaires (chars, avions, etc…) que des archives audiovisuelles. L’ensemble de ces objets physiques et documents audiovisuels couvrent l’ensemble des conflits auxquels l’armée britannique a pris part depuis la Première guerre mondiale jusqu’à nos jours. Pour donner une idée de la variété de ces collections on peut s’appuyer plus particulièrement sur leur fonds d’archives audiovisuelles et en citer quelques noms  :

  • Une collection de films et photos sur la Première Guerre Mondiale provenant des trois armes (Army, RAF et Navy) de l’armée anglaise et des Industries de guerre.
  • Une collection sur la Deuxième guerre mondiale provenant des mêmes sources.
  • Une collection de films amateurs réalisés par des officiers, soldats et civils en mission.
  • Une collection d’archives audiovisuelles sur l’OTAN (qui sera bientôt disponible en ligne).
  • L’ensemble des films et photos réalisés par les pompiers de Londres durant la Seconde guerre mondiale.

Anne tient entre ses mains une caméra utilisée par les opérateurs britanniques pendant la Seconde guerre mondiale

En tout, le musée possède uniquement pour la question des documents audiovisuels près de 12 millions de photos et 23 000 films. Malheureusement sur les très nombreux films que possède le musée beaucoup ne sont pas complets et seulement 10 % de ces derniers sont actuellement numérisés .

La plupart des archives filmiques et photographiques de l’Imperial War Museum provient du service d’information du British War Office (l’équivalent de notre Ministère de la Défense). Ce service est né relativement tard en comparaison de ses homologues français et allemand. En effet, dans les années 1930 les Britanniques plutôt réticents au départ à développer un tel service de communication, notamment pour des raisons de sécurité militaire (exemple le fait de filmer le mouvement des troupes), vont constater l’énorme retard pris sur les équipes de propagandes allemandes véritablement à la pointe à cette époque. L’armée britannique va donc initier le recrutement de caméramans civils qu’elle va entraîner aux conditions de combat afin de les envoyer sur les différents fronts où le Royaume-Uni combat durant la guerre 39-45 (Afrique du Nord, Birmanie, Normandie, etc…). Le service va poursuivre son existence après la guerre sur différents théâtres d’opérations (guerre de décolonisation, les Malouines, guerre d’Afghanistan et d’Irak pour ne citer qu’elles) pour devenir l’homologue anglais de notre ECPAD national, à la différence près que les archives sont reversées à l’Imperial War Museum et non conservées par le War Office.
Les archives physiques sont d’ailleurs conservées dans d’immenses hangars sur une ancienne base aérienne à Duxford au sud de Cambridge, un lieu qui est devenu l’un des 5 sites officiels du Musée.

Enfin, l’IWM accorde, et on le comprend bien connaissant la nature des fonds, énormément d’importance à la question éthique de ses archives audiovisuelles. Ainsi, l’institution se soumet à une politique stricte et étroite quant à la commercialisation de ses contenus, elle demande par exemple systématiquement la destination et l’usage de ses images. Contrairement à d’autres acteurs des archives audiovisuelles anglo-saxons notamment privés, l’IWM se distingue par une plus grande rigueur morale et professionnelle dans la valorisation de ses fonds.
Il en va de même sur l’épineuse question de la colorisation des archives, cette dernière n’est autorisée par l’IWM seulement si elle est signalée et inscrite dans l’oeuvre la pratiquant. De la sorte, un avertissement doit venir prévenir le public que l’image était en noir et blanc à l’origine et qu’elle est soumise à une interprétation artistique.

Pour conclure, je me permettrais de résumer l’Imperial War Museum, dans une interprétation toute personnelle, comme un croisement entre le Musée de l’Armée aux Invalides (cantonné à la période du XXème siècle jusqu’à nos jours) et l’ECPAD qui gère les archives audiovisuelles de l’armée française.

Pauline vise avec précision notre opérateur attitré. Heureusement pour lui et pour nous que Pauline n’est pas un Spitfire car la caméra qu’elle porte était un appareil fixé sous les ailes du chasseur qui s’activait uniquement au moment où ce dernier se mettait à cracher les balles de ses mitrailleuses.

Arthur Catherin et Vincent Monnet

Master 2 Patrimoines audiovisuels – INASup

Une matinée à Getty Archives

 

Getty Image ©

1 – Introduction : Getty Image et Getty Archives

Fin janvier, à l’occasion d’un séjour à Londres organisé dans le cadre du master Patrimoines audiovisuels (Ina SUP),  nous avons passé la matinée dans les entrepôts Getty Image où sont entreposées toutes les archives de la célèbre société audiovisuelle.

Fondée en 1995, l’agence américaine s’impose rapidement comme l’un des acteurs majeurs de la vente d’image. À l’instar de Google, Getty se démarque par une stratégie de développement exponentielle. En quelques décennies et afin de contrer la concurrence sur Internet, l’agence multiplie les acquisitions et se dote bientôt d’un fonds photographique colossal.

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BBC Motion Gallery – Getty Images

Getty Images - Representative Office in Camden Town Nw1 (London)
© foursquare.com. Ming Y.

Les locaux de Getty Images se situent au 101 Bayham St, Camden Town. Notre interlocutrice se nomme Bhirel Wilson. La trentaine, costume noir, elle est senior broadcast account manager à Getty Images. Elle développe des solutions-client chez Getty pour une centaine de sociétés de production indépendantes à travers le Royaume-Uni. Elle assure entre-autres pour eux le clearage des droits et la livraison des archives de la BBC.

La société de production et de diffusion de programmes de la radio-télévision britannique, fondée en 1922, a conclu un partenariat en 2014 avec Getty Images afin de déléguer la distribution de ses archives. Leader mondial dans la vente d’images et de vidéos, la société Getty possède ainsi l’exclusivité de la vente des archives de la BBC. Elle a ainsi récupéré la plate-forme de la BBC Motion Gallery.

125 000 contenus sous licence et plus d’un million d’heures de contenus audiovisuels et audio sélectionnées dans la BBC Broadcast Archive sont disponibles en ligne sur le site. Toutefois, des millions d’heures n’ont pas encore été numérisées!

Le fonds de la BBC se divise donc en deux types de contenus, inégalement accessibles :

–          BBC Online : une sélection de programmes qui peuvent être rapidement vendus car il sont visionnables et disponibles sur internet. Il est possible pour le client d’en récupérer l’intégralité ou de n’en sélectionner qu’un extrait. https://www.gettyimages.fr/bbcmotiongallery

–          BBC Off-line : tout le reste du fonds de la BBC, sur supports analogiques. La BBC n’a pas le budget pour tout numériser. Les clients peuvent cependant chercher dans la base de données et demander une numérisation des contenus qui les intéressent afin de les pré-visualiser, avant achat. Étonnamment, la majorité des recettes est générée grâce au contenu off-line.

Malheureusement, certains documents ne sont pas indexés, ce qui rend leur recherche impossible. D’autre part, le plan de numérisation de la BBC est particulièrement à la traîne. En cause : la diversité des activités de la BBC. L’archivage constitue pour elle une mission secondaire en comparaison du broadcast et de la production de ses programmes. L’INA a contrario représente un modèle très différent et bien plus efficace, souligne notre accompagnatrice Sue Malden, car l’Institut a été taillé pour l’archivage.  « Le fonds de la BBC ne sera jamais intégralement numérisé, soupire Bhirel, je n’en verrai pas la fin ». Qui plus est, des programmes ont été intégralement perdus en raison de la réécriture de cassettes par le passé – pour des questions de budget et de gains de place. Plusieurs épisodes de la série Doctor Who, joyau de la nation britannique, ont ainsi disparu à jamais.

© giphy.com

Des tensions existent également entre Getty et la BBC, en raison de logiques commerciales différentes. Ainsi, la BBC refuse de vendre ses archives au secteur de la publicité, à moins que son logo ne soit masqué et ses présentateurs coupés au montage. D’autre part, ses archives sont trop chères au regard du marché de la vente d’images, et les délais de numérisation ne concordent pas avec la production à flux tendus. Aussi, beaucoup de clients privilégient d’autres archives.

© BBC Books

Malgré tout, la BBC motion gallery reste une belle vitrine pour Getty images – les deux sociétés ont d’ailleurs récemment renouvelé leur partenariat. Parmi les succès obtenus, Bhirel évoque notamment deux documentaires portant sur Amy Winehouse et Mohamed Ali, le dessin animé Paddington (2014), et le film The Iron Lady. Ajoutons que la plupart du fonds existant sur David Bowie a été numérisé rapidement

Lola Cavaillé-Fol & Anne Claudien

Master 2 Patrimoines audiovisuels – INASup

© BBC Motion Gallery & Getty images

Résume-moi ton projet

Au milieu de la riche programmation que nous offre le FIPADOC à travers les nombreuses sélections, un espace dédié spécialement aux professionnels accueille tous les jours de nombreux producteurs, diffuseurs, distributeurs et auteurs autour de conférences et de rencontres.

Lors d’une de ces rencontres, huit jeunes aspirants réalisateurs récemment diplômés du Créadoc de Bordeaux sont venus confronter leur projet de documentaire à un panel de producteurs et de diffuseurs dans ce que l’on nomme communément une séance de « pitch ». Exercice périlleux et difficile pour ces créateurs dont les projets sont encore tous des embryons de films. Actuellement plus ou moins en phase d’écriture, ils ont pu pendant une dizaine de minutes faire advenir une idée de film et la communiquer aux membres jury qui remettra un prix au projet qui aura été le plus convaincant.

Ces cinéastes en devenir ont pu pendant dix minutes développer leur projet qui le plus souvent traduit des expériences personnelles et intimes à travers des documentaires de création. Evidemment, il n’avaient pas le temps de développer plus profondément cette idée de cinéma qui germait dans chacun de leur esprit : du portrait en animation d’un jeune homme refermé sur lui-même à la quête d’une identité, chaque projet a eu néanmoins la chance de se confronter à des professionnels.

Le pitch se caractérise par un très court laps de temps c’est pourquoi nous pouvons peut-être entrevoir une des limites de ce difficile exercice qui joue plus sur des effets de langage que sur l’intelligibilité du film. Néanmoins, ce pitch est en quelque sorte une base sur laquelle va se fonder une première impression pour le potentiel diffuseur et la discussion peut partir de là. La partie la plus intéressante de cette session de pitch a été les échanges qui ont pu exister entre les professionnels et les cinéastes. Ces derniers ont pu développer leurs idées, ils ont eu plus d’espace afin de s’exprimer.

A l’issue de cet exercice, un projet sur les huit remportera un prix et se verra proposer une aide à la post production afin qu’il soit mené à bien.

Another day of Life : La guerre dans tous ses éclats

Film d’animation documentaire, Another day of life retrace le périple du reporter polonais Ryszard Kapuscinski en Angola, lors de la sanglante guerre civile qui éclate en 1975. Colonie portugaise pendant de nombreuses années, l’Angola devient le dernier pays africain à retrouver son indépendance en 1975, lorsqu’une violente guerre civile éclate entre deux mouvements soutenus respectivement par les blocs soviétique et américain. L’Angola devient alors un théâtre meurtrier de la guerre froide.

Alors que les colons s’enfuient dans la précipitation, Ricardo, seul reporter sur le terrain, décide de couvrir la genèse de cette guerre. Il n’hésite pas à pénétrer les zones de conflit les plus dangereuses ni à s’immerger complètement dans le Confusão. Le Confusão, c’est le chaos qui règne en maître sur l’Angola, celui qui fait danser jusqu’au petit matin, celui qui perd les repères et inonde tout le film de son aura. C’est en alternant brillamment entre images d’archives, animation et entretiens, que ce film résolument hybride retrace le périple de Kapuscinski, ponctué de rencontres fortes avec des héros de cette guerre aujourd’hui oubliés.

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« Home Games » : une histoire entre Cendrillon et Maradona

Home Games est un long-métrage documentaire percutant qui nous plonge au cœur de la vie d’Alina, jeune footballeuse ukrainienne, prise dans les tourments d’une vie familiale chaotique. Abandonnée par sa mère, contrainte de prendre en charge son jeune frère Renaat et sa sœur Regina, elle est partagée entre sa passion pour le football et ses lourdes obligations familiales. Cette année, Alina a deux objectifs: intégrer l’équipe nationale d’Ukraine et inscrire pour la première fois son frère et sa sœur à l’école.

Home Games s’apparente au conte par sa forme et le traitement de ses personnages. Alina en fée, se battant jour après jour pour offrir à sa fratrie une enfance plus heureuse que la sienne en orphelinat est aidée par Babouchka, grand-mère charismatique face à Roman, le beau-père alcoolique et parasite. Réalisé par Alisa Kovalenko le film nous plonge au plus près de la vie de ses personnages dans une esthétique proche du cinéma direct. Un réalisme qui tranche avec sa narration proche du conte. C’est ce mélange qui fait la puissance de Home Games. Jamais pathétique, drôle et poétique, il brosse un portrait d’une Ukraine méconnue et de femmes courageuses.

Interview de Stéphane Siohan producteur de « HomeGames »

«La guerre a déclenché des énergies humaines qui sont des moteurs à film » 

En février 2014 Stéphane Siohan passe quelques jours à Kiev le temps de donner un cours sur le webdocumentaire. Alors qu’il est sur le point de repartir, à l’aérop@smartFipa, FUort, son téléphone sonne, le gouvernement vient d’ouvrir le feu sur les manifestants de la place Maidan et il est l’un des seuls journalistes français sur place. En quelques minutes son destin professionnel prend un virage inattendu. Il renonce à partir et à peine quelques minutes après avoir quitté l’aéroport, sur une aire d’autoroute en direction du centre-ville, il fait son premier direct avec RTL. Installé depuis dans le pays, il couvre l’actualité politique et sociale pour différents médias européens parmi lesquels Le Figaro, Le Temps ou Le Soir. Aujourd’hui, l’attention du monde s’est détournée de l’Ukraine, balayée par des vagues de sujets médiatiques. Pourtant, les accords de Minsk n’ont pas véritablement changé la nature de l’Ukraine, toujours en proie à de profondes mutations. Venu au FIPADOC pour présenter « Home Games » (son premier film en tant que producteur), au public français, nous le retrouvons dans l’espace Bellevue.

Comment êtes-vous passé de correspondant pour la presse à producteur de documentaires ?

« Dès mon arrivée en Ukraine, des contacts m’ont ouvert les portes de la nouvelle scène documentaire ukrainienne alors en pleine renaissance. En parallèle de mon travail de journaliste j’ai suivi de près l’ascension de ces jeunes réalisateurs avides de documenter l’état de leur pays. Je connaissais déjà Alina, (la réalisatrice de Home Games) et lorsqu’elle m’a demandé un jour en rigolant d’aller pitcher son prochain projet à sa place, je me suis pris au jeu. L’histoire de « Home Games » était si forte qu’on a remporté le prix The Guardian et une dotation de 12.000£. Problème, l’apport ne pouvait être remis à l’auteur, mais a une structure de production. C’est à cette occasion et pour encaisser le prix que j’ai créé East Road Film. »

De quelle manière les événements de février 2014 ont bousculé la scène cinématographique ukrainienne ?

« L’Ukraine a connu en 2014 une renaissance du genre documentaire. Historiquement, le pays était une terre d’expérimentation pour le genre au début du siècle, mais depuis de longues années, tous les les jeunes réalisateurs voulaient faire de la fiction ou de la pub. Maintenant, ils veulent tous faire du documentaire. Beaucoup de réalisateurs ou d’étudiants ont commencé à filmer de manière compulsive les événements qui se passaient dans leur pays. Il faut s’imaginer que la révolution de Maidan c’est l’histoire qui fait irruption dans leur pays. Les gens ont encore du mal à donner un sens à tous ces événements. C’est un pays sur des sables mouvants ou chaque jour se passe de nouveaux événements. Je vis dans un pays où je vois des histoires en permanence. La guerre a déclenché des énergies humaines qui sont des moteurs à film. Le conflit est le moteur du cinéma.
Cet essor s’est fait ressentir sur la scène internationale puisqu’en 2015, deux documentaires ukrainiens ont été sélectionné à l’IDFA (« Ukranian Sherrifs » et « Alisa in Warland » le 1er film d’Alisa Kovalenko) et un autre à remporté le prix à Dok Leipzig »

Par le passé, vous avez été impliqué dans le développement de plusieurs projets documentaires, qu’est-ce qui change dans la manière de produire un film en Ukraine ?

« En Ukraine, le rapport au documentaire est plus vital. Personne n’attend l’obtention d’une aide financière avant de commencer à filmer. La logique des ukrainiens c’est quand ils ont une idée de film, ils filment. Les réals se prêtent du matériel entre eux, ils se débrouillent très souvent sans le support des institutions. Les producteurs doivent suivre ce rythme et trouver des partenaires compatibles avec ces nouvelles temporalités. Impossible d’avoir le CNC par exemple, alors on se débrouille autrement, en multipliant les partenaires pour avoir la plus grande liberté possible et en réduisant les coûts, à l’international notamment. »

 

Jules Dubernard

 

Portrait d’une folie

Quelle folie !

De Diego Governatori

 

Pour le film Quelle folie, le réalisateur Diego Governatori s’est fixé comme mission de créer une forme cinématographique apte à transmettre la parole lucide de son ami Aurélien, présentant des troubles autistiques de haut niveau.

         La caméra suit sur une longue période Aurélien, confronté par le réalisateur à plusieurs situations, dans le seul but de faire émerger de son inconscient des réflexions portant sur son rapport à son autisme, à la violence de la vie quotidienne mais aussi sur le caractère ambivalent des relations qu’il entretient avec l’objet cinématographique créé par son ami et lui. Aurélien frappe et séduit par sa lucidité et le recul qu’il a non seulement sur sa propre et singulière situation, mais aussi sur le monde qu’il scrute et analyse à la manière d’un anthropologue. Les analyses de ce dernier se distinguent par l’importance qu’il accorde à ce qui serait communément considéré comme inintéressant ou accessoire, par le fait que ses réflexions ne sont pas localisées, mais lient toujours un premier constat à une vision plus globale.

         Ainsi, par des plans serrés qui expriment toute la tendresse du réalisateur pour son ami, on le suit dans différentes pérégrinations qui le mènent notamment dans un champs d’éoliennes où il s’interroge et semble douter de la faisabilité du film et de l’intérêt qu’il fera naître chez les potentiels spectateurs, mais aussi dans une ville de Pamplune effervescente durant les ferias et d’où ressort un contraste visuel et sonore permanent entre le monde intérieur d’Aurélien et la réalité extérieure des festivités.

         Ce film, qui par son procédé de plans longs fixés sur l’unique protagoniste aurait pu très vite ennuyer, séduit par la personnalité et le charisme d’Aurélien. Ses réflexions et ses pensées tranchent avec les idées communément admises, et ouvrent de nouveaux horizons. Sa place particulière dans la société lui confère un point de vue original qui lui permet de disséquer et de questionner les interactions sociales avec une forme de naïveté érudite bienvenue.

         Le film pousse le spectateur à voir la vie au travers d’un prisme différent, à remettre en question ce qu’il pourrait prendre comme acquis, à reconsidérer, selon les mots d’Aurélien, le « réel ». Et il nous semble que là se trouve précisément la vocation du cinéma. D’ailleurs, il semblerait qu’il s’agisse d’un avis partagé puisque le film a reçu à la fois le prix du meilleur documentaire national et le prix Mitrani, qui récompense le meilleur premier film du festival.

 

By Guil Sela featuring Margaux Deveugle

inasup