On Nous Appelait Beurettes

Pendant les années 70 à Bobigny, les enfants d’origine maghrébine ne sont pas encore empoisonnées par le racisme et les innombrables clivages sociaux qui les séparent des autres français.

Bouchera Azzouz se rappelle d’une période de forte mixité sociale entre immigrés et français, avant que ces populations ouvrières, issues de l’exode rural, quittent les cités pour les zones pavillonnaires, laissant ainsi les immigrés entre eux.

Le plus grand mérite du film est d’avoir intégré à son propos un ensemble de témoignages qui n’évoque pas seulement le racisme, mais l’inégalité des sexes et l’évolution des mentalités au sein de leurs familles. On est stupéfait d’apprendre que certaines n’ont jamais eu d’adolescence, car elles ont subi la convention matrimoniale du mariage dès la préadolescence.

Le film dresse le portrait de femmes, à la fois solides et velléitaires, lucides et complexées, maladroites et terriblement obstinées, vivant en marge de la vie sociale.

Les deux films « Nos Mères Nos Daronnes » (2014) et « On Nous Appelait Beurettes » (2018) doivent être vu selon l’auteur comme un complément logique d’information, une rationalisation inévitable de toute une génération de femmes en quête d’identité, comme un message d’espoir.

Les promesses du FIPA

En ce deuxième jour de festival s’ouvrait au FIPADOC une petite fenêtre sur notre monde où se percutent les joies, les espérances, les tragédies et les petites histoires de destins individuels qui résonnent avec les préoccupations des jeunes cinéastes qui ont vu leur film rencontrer le public Biarrot. La sélection Jeune Création, dédiée aux films documentaires de fin d’études réalisés par de jeunes cinéastes, réunit des courts-métrages d’écoles du monde entier dont la liberté, l’ambition formelle, la narration et la prise de risque se voient être valorisés à leur juste mesure.

Ainsi, la première salve de courts métrages (au nombre de trois) présentée au sein de cette sélection nous plongeait dans des univers visuels et narratifs tout aussi différents les uns des autres mais néanmoins riches d’un regard, d’une vision portée sur le monde qui nous entoure que cela soit par le biais d’une voix off qui vient transformer un retour aux sources dans une ville anglaise baignée de musique rock au bord de la Mersey en une ballade mentale et intime (Passing Tides) ou bien par le portrait d’une jeune activiste berlinoise qui interroge ses motivations et son engagement politique (Egal Gibt Es Nicht) et enfin par des images fixes de maisons qui viennent interférer le récit de ceux qui les habitent vraiment et qui nous racontent des histoires émouvantes et parfois même comiques (Last Year When The Train Passed By).

Egal Gibt Es Nicht commence par une confession de son personnage principal : Paulina, activiste politique, dévoile les raisons profondes de son engagement politique face à la montée du parti d’extrême droite, l’AFD, qui ne cesse de monter en puissance. Nous sommes en 2017 et l’aventure politique commence pour Pauline. Le réalisateur Florian Hoffmann, alors encore étudiant, va suivre pendant des mois sa vie intime et son parcours politique qui ne cessent de s’entrechoquer. En plus de dresser le portrait d’une jeune femme militante, qui ne cesse de se remettre en question malgré les nombreux obstacles qui émaillent son combat, Florian Hoffman nous offre un espace de visibilité sur l’Allemagne d’aujourd’hui, sur la place que doit occuper chaque personnalité politique dans les médias. Nous assistons à la création d’un visage politique, celui de Paulina et des répercussions que cela peut avoir dans sa vie intime. La force du film, son intelligence réside dans cet aller-retour permanent entre l’espace privé et public, comment l’un et l’autre peuvent s’impacter. Ce simple visage que nous voyions au tout début, nous voyons le même à la fin et pourtant, il nous apparaît multiple, comme s’il avait gagné en complexité tout au long de ce trajet.

Au film sans commentaire où le réalisateur laisse un personnage principal s’installer et occuper tout l’espace, Last Year When The Train Passed By, le documentaire réalisé par Pang Chang-Huang présente une forme radicalement différente. Comme si Marion Czarny, la directrice de cette sélection voulait nous dire : regardez, le documentaire, ça peut être ça, mais aussi cela. Cela témoigne de la richesse de cette sélection qui s’ouvre à toutes les cinématographies, tous les pays, tous les regards. Que se passe-t-il lorsque nous prenons le train ou la voiture derrière toutes ces maisons, tous ces paysages que nous voyons défiler sous nos yeux ? Le réalisateur va chercher dans des photos de maisons qu’il a prises au cours d’un des ses voyages les souvenirs et les personnes qui les habitent. « Que faisiez-vous au moment où j’ai pris cette photo ? ». Cela donne des histoires parfois drôles, parfois tragiques qui brassent des thèmes universels comme l’amour, la joie et la tristesse. A travers un traitement narratif et sonore original, le réalisateur arrive à nous amener vers une émotion des plus poignantes : à travers le récit des personnes qu’il interroge s’ouvre une nouvelle manière d’aborder les tragédies qui traversent nos mémoires.

Passing Tides est un film qui prend pour cadre une ville portuaire au bord de la Mersey en Angleterre, dans un de ses nombreux berceaux du rock. Comme un bateau mélancolique qui remonterait à la surface en morceaux, la réalisatrice Roisin Burns, cinéaste en exil à Paris, revient sur les lieux de sa jeunesse, à Birkenhead, ville de rock qu’elle décrira au travers d’un de ses emblèmes du rock, l’ancien guitariste du groupe The Coral, Billy Ryder-Jones. A travers le portrait de cet artiste, Roisin s’interroge sur les raisons de son départ, sur ce qu’on laisse derrière soi quand on quitte l’endroit qui nous a vu naître et grandir, c’est un torrent de souvenirs qui défilent sous nos yeux. A l’issue de la projection, la réalisatrice était présente pour répondre aux questions du public et de Marion Czamy qui animait le débat. Roisin a pu présenter comment elle avait fabriqué le film et qui est frappant, c’est que ce film très mature, très assuré plastiquement, est l’œuvre uniquement des étudiants du Master cinéma de Paris I en collaboration avec l’Adami.

Ces trois films documentaires, aux mises en scène très différentes les unes des autres, montre à quel point cette sélection Jeune Création réserve de nombreuses surprises et se présente comme un réservoir de cinéastes aux ambitions artistiques et narratives plein de promesses.

Entre documentaire et comédie musicale : Les Petits Maitres du Grand Hôtel

 

 

« Nous dans la cuisine,
On a l’oreille fine,
Tournedos Ro-rossini,
Si ça sent le roussi-i-i ».

Au FIPA Doc, un cinéaste réussit l’exploit de faire chantonner les centaines de spectateurs de la Gare du Midi avec un filet de boeuf surmonté d’une tranche de foie gras.

Les Petits Maitres du Grand Hôtel, de Jacques Deschamps, relève le pari d’un film à la croisée du documentaire et de la comédie musicale. Pendant un an, le réalisateur a suivi les étudiants et apprentis de l’école hôtelière de Grenoble. C’est au sein de l’Hôtel Lesdiguères que nous découvrons les longues journées où s’alterne la chorégraphie de la cuisine, du service et du ménage. Chorégraphe, au sens originel, Jacques Deschamps, fait danser et chanter ces jeunes qui livrent aux spectateurs ravis une harmonie de travail et de spectacle. 

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Les Cobayes du cosmos: Confidences d’astronautes. de Jean-Christophe Ribot (Fr., 2018, 90 min)

Intimité cosmique

   Au FIPA a été projeté le film Les Cobayes du cosmos: confidences d’astronautes de Jean-Christophe Ribot, un documentaire scientifique étonnant de 90 minutes ayant été produit pour France 5. 

Neufs astronautes et les archives époustouflantes de leurs missions dans l’espace narrent les aléas de leur métier et leur passion pour celui-ci. On y découvre une carrière où la mise à l’épreuve physique est perpétuelle.

Dès les premiers essais d’envois d’individus dans l’espace jusque la recherche actuelle axée sur le  bien-être dans les capsules, la conquête spatiale a toujours rimé avec le don de soi de plusieurs cobayes cosmiques. Vomissements à cause de l’apesanteur, muscles qui fondent, os fragilisés, dépression, trouble psychologiques, pression mentale, dérèglement du cycle du sommeil, les différents entretiens menés sur fond blanc nous font découvrir une réalité moins polissée du quotidien d’un corps humain dans l’espace.

Le film nous raconte la lutte constante de l’homme et de son naturel qui le rattrape jusque dans les étoiles. Grâce aux archives des vidéos d’observation des fusées on retrouve les cosmonautes interviewés dans leur quotidien au sein de leur capsule, illustrant le propos des entretiens, et nous donnant dans la durée du film un avant-goût du confinement qu’impose le voyage.

Face à la caméra, c’est une chaise solitaire au milieu d’une étendue blanche : en s’asseyant dedans, les astronautes qui acceptent de se livrer redeviennent, figurativement, ces points minuscules dans l’espace qui les fascine tant. En effet, c’est avant tout à travers cette détermination sans pareille, ce désir confinant à l’insensé qui les a menés sur la voie ardue de l’aventure spatiale qu’ils nous sont introduits. La rude sélection qui se dresse entre eux et leur rêve est une crainte constante qui les pousse toujours plus à prendre sur eux, à dissimuler leurs moments de faiblesse et à redoubler d’efforts. “Les astronautes se cachent pour vomir” nous apprend-on ainsi. Pourtant, dans cet environnement hostile, dans lequel l’homme n’est pas fait pour exister, comment pourrait-on attendre d’eux qu’ils soient tout à fait à leur aise ? La conquête de l’espace, c’est ainsi avant tout le récit d’une lutte acharnée, celle de la science et de la machine contre les failles du corps et de l’esprit qu’elles cherchent à dompter.

Comme quelques illustrations métaphoriques prendront soin de nous le rappeler, les astronautes sont pareils à des poissons hors de l’océan, qui ne peuvent survivre que dans le confinement de leur bocal. Cette précarité de l’environnement est par ailleurs indissociable d’une précarité mentale puisque, passée une première phase d’émerveillement, les réalités du quotidien dans une capsule les rattrapent bien vite : des années d’entraînement et de mise à l’épreuve ne peuvent véritablement y préparer. Pourtant, derrièrecette poignée d’élus qui a la chance de se rapprocher des étoiles, existe tout un tissu d’hommes et de femmes de l’ombre qui mettent leurs compétences à leur service. Neurologues, psychiatres, biologistes… le documentaire, en allant également à leur rencontre, laisse entrevoir la variété et la portée des questions que pose la survie de l’être humain loin de sa planète-mère.

A l’heure où les ingénieurs rivalisent pour mettre au point des fusées toujours plus performantes, cette rencontre du facteur humain, “maillon faible de la chaîne”, nous rappelle qu’en dépit de nos aspirations grandioses, nous restons à la merci de notre fragile condition, et que ceux qui sont propulsés en orbite, des milliers de kilomètres au-dessus de notre planète, ne font pas exception. Un inventaire des défis à relever qui suggère le chemin qu’il reste à parcourir avant la concrétisation de la nouvelle grande ambition des agences spatiales : la course vers Mars.

Un article de Lila G.  et Neiha B.

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L’élégante disgrâce

La disgrâce est un moyen-métrage documentaire écrit et réalisé par Didier Cros. Ce film dresse le portrait de cinq hommes et femmes dont le visage a été déformé par une maladie ou un accident. Par un subtil jeu de miroirs, les protagonistes de ce film font face aux spectateurs, mais aussi à eux-mêmes. Le réalisateur, que l’on aperçoit en arrière-plan du miroir, pose pour les spectateurs les questions qui les taraudent.  Continuer la lecture de L’élégante disgrâce

L’intelligence artificielle et la composition musicale pour film

Quand on parle de musique on pense à nos chanteurs et musiciens préférés du moment, quand on parle composition musicale on se remémore les principales pièces de Mozart, Chopin ou Beethoven, et quand on parle composition pour film on entend retentir les mélodies de Hans Zimmer, John Williams ou Ennio Morricone.

Peut-on imaginer trouver dans un futur proche le nom d’une intelligence artificielle (IA) aux côtés de ceux de ces artistes ? S’agissant de musique, un art si subjectif, personnel, souvent instinctif, autrement dit très humain, il est difficile de concevoir qu’un outil informatique, chargé seulement de suites algorithmiques, puisse créer de manière totalement originale et pertinente. D’autant moins quand il s’agit de rendre le ton et le rythme de la musique en adéquation avec les images et les émotions d’un film.
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What is left to producers ?

C’est dans le grand hall de l’Hotel du Manoir de Savoie que se tenait la conférence « What’s left for producers ? » dans le cadre du village industry. Après une première discussion sur les GAFAN la veille, cette discussion modéré par Alexandra Lebret, Directrice Générale de EPC vise à définir le rôle du producteur aujourd’hui, s’intéresser à son évolution passée pour se poser la question de son devenir. Autour de la table de grands acteurs du cinéma européens ont été conviés. Gregory Faes – Directeur Général de Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma , Karel Och – Directeur Artistique du festival international de Karlovy Vary, Nik Powel – Producteur chez Scala (UK) et François Yon – Directeur Général de Playtimemais. Dans la salle aussi, on est appelé à donner notre point de vue pour contribuer au débat. Plus qu’une conférence il s’agit plutôt d’une discussion où chacun exprime son point de vue.

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Conférence ‘Les GAFAN et le financement du cinéma européen’ – Festival des Arcs 2018

L’arrivée de ces nouveaux acteurs que sont les GAFAN (Google Amazon Facebook Apple Netflix) a rebattu les cartes dans les domaine de la production. Bien que la protection de la création européenne demeure un enjeux de taille, cette dernière ne peut pas se permettre de camper sur ses positions et va devoir évoluer face à l’arrivée de ces nouvelles plateformes qui ont bouleversé nos modes de consommation.
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Les Arcs Film Festival : Rencontre avec Xavier Beauvois

Après trois jours formidables aux Arcs film festival, nous avons pu rencontrer à l’hôtel des Cîmes le réalisateur Xavier Beauvois pour un échange riche, honnête et inspirant. Armé d’une bouteille de jus d’orange et d’un paquet de cigarettes, il a déroulé devant nous avec générosité ses motivations, ses projets et quelques anecdotes.

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