Paroles d’enfants de l’exode

« L’Île aux enfants de l’exode » de Sarah Lebas et Cyril Thomas – Production : Capa Presse TV – Diffuseur : France 2 – Durée : 51 min

Le documentaire « L’Île aux enfants de l’exode » de Sarah Lebas et Cyril Thomas est en compétition dans la catégorie « Documentaire de création » pour la 29ème édition du Festival International des Programmes Audiovisuels.

Malgré une projection très matinale en ce premier jour du festival, l’ancienne gare biarrote reconvertie en salle de spectacle accueille un public hétéroclite venu en masse. La présence de cette foule de spectateurs s’explique sûrement par le sujet du documentaire, en plein dans l’actualité mondiale.

« L’Île aux enfants de l’exode » narre la rencontre des réalisateurs avec de jeunes enfants syriens fuyant la guerre et l’insécurité. A peine débarqués sur l’île grecque de Lesbos et presque déjà en partance pour d’autres contrées, Sarah Lebas et Cyril Thomas ont disposé d’un à trois jours pour établir une complicité avec les enfants et les amener à confier leurs histoires et leurs rêves face à la caméra.

Agés de cinq à quinze ans, ces enfants aux regards francs racontent leur calvaire, leur voyage et leurs rêves d’avenir. Leurs paroles, doublées d’une très belle photographie entre terre et mer, sont crues, sincères, bouleversantes, et entrecroisent récits comiques et confidences terribles.

Les mots de leurs parents (presque toujours les pères) complètent leur récit avec tendresse mais aussi beaucoup d’inquiétudes. Ils essayent de protéger ce qui reste d’innocence chez leurs enfants mais le poids de l’abandon (de leur passé, de leur confort de vie et parfois d’une partie de leur famille) et de l’incertitude quant à leur avenir se lit dans leur regard.

Les similitudes entre la vie passée des protagonistes et les nôtres poussent à l’identification sans tomber dans un pathos forcé. Nous pourrions être de ceux-là, qui débarquent d’un des dix sept bateaux accostant chaque jour sur les plages de Lesbos. Nos filles et fils pourraient faire partie des 25% d’enfants que contient chacune de ces embarcations de fortune.

 L'Ile aux enfants de l'exode

A l’occasion du débat qui suit la projection de l’œuvre, la réalisatrice Sarah Lebas souligne la difficulté qu’elle a eu à libérer la parole de ces enfants qui sont conditionnés au secret afin de protéger leurs familles (un père de famille explique qu’un seul mot d’enfant peu faire « disparaître » le père). Le besoin de parler finit par délier les langues et particulièrement celles des adolescents et des adultes, inquiet du regard que va porter l’Europe sur eux.

Cette œuvre, qui se termine sur un épilogue plein d’espoir en mettant en scène les enfants dans leurs villes d’accueil allemandes, est un message fort qui prend tout son sens dans le contexte politique allemand et européen actuel. A l’heure où Angela Merkel est critiquée pour sa politique migratoire, cette œuvre invite d’autant plus le spectateur à s’interroger, voire à se remettre en question.