Portrait d’une folie

Quelle folie !

De Diego Governatori

 

Pour le film Quelle folie, le réalisateur Diego Governatori s’est fixé comme mission de créer une forme cinématographique apte à transmettre la parole lucide de son ami Aurélien, présentant des troubles autistiques de haut niveau.

         La caméra suit sur une longue période Aurélien, confronté par le réalisateur à plusieurs situations, dans le seul but de faire émerger de son inconscient des réflexions portant sur son rapport à son autisme, à la violence de la vie quotidienne mais aussi sur le caractère ambivalent des relations qu’il entretient avec l’objet cinématographique créé par son ami et lui. Aurélien frappe et séduit par sa lucidité et le recul qu’il a non seulement sur sa propre et singulière situation, mais aussi sur le monde qu’il scrute et analyse à la manière d’un anthropologue. Les analyses de ce dernier se distinguent par l’importance qu’il accorde à ce qui serait communément considéré comme inintéressant ou accessoire, par le fait que ses réflexions ne sont pas localisées, mais lient toujours un premier constat à une vision plus globale.

         Ainsi, par des plans serrés qui expriment toute la tendresse du réalisateur pour son ami, on le suit dans différentes pérégrinations qui le mènent notamment dans un champs d’éoliennes où il s’interroge et semble douter de la faisabilité du film et de l’intérêt qu’il fera naître chez les potentiels spectateurs, mais aussi dans une ville de Pamplune effervescente durant les ferias et d’où ressort un contraste visuel et sonore permanent entre le monde intérieur d’Aurélien et la réalité extérieure des festivités.

         Ce film, qui par son procédé de plans longs fixés sur l’unique protagoniste aurait pu très vite ennuyer, séduit par la personnalité et le charisme d’Aurélien. Ses réflexions et ses pensées tranchent avec les idées communément admises, et ouvrent de nouveaux horizons. Sa place particulière dans la société lui confère un point de vue original qui lui permet de disséquer et de questionner les interactions sociales avec une forme de naïveté érudite bienvenue.

         Le film pousse le spectateur à voir la vie au travers d’un prisme différent, à remettre en question ce qu’il pourrait prendre comme acquis, à reconsidérer, selon les mots d’Aurélien, le « réel ». Et il nous semble que là se trouve précisément la vocation du cinéma. D’ailleurs, il semblerait qu’il s’agisse d’un avis partagé puisque le film a reçu à la fois le prix du meilleur documentaire national et le prix Mitrani, qui récompense le meilleur premier film du festival.

 

By Guil Sela featuring Margaux Deveugle