Réforme de l’audiovisuel : des points de vue divergents.

La conférence proposée par le FIPADOC ce vendredi matin réunissait des invités de marque : Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions ; Laurent Vallet, président de l’INA ; Emmanuel Priou, producteur (Bonne Pioche) et président du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants) ; David Assouline, sénateur PS ; et le documentariste Rémi Lainé, administrateur à la SCAM. 

L’idée de la conférence était de confronter différents regards de professionnels sur la restructuration de l’industrie audiovisuelle par la nouvelle loi proposée par le gouvernement. Il était question plus précisément des potentielles évolutions dans le financement du documentaire et des conséquences sur la création. 

Laurent Vallet, Delphine Ernotte-Cunci, Rémi Lainé, David Assouline et Emmanuel Priou

Delphine Ernotte a été la première à prendre la parole pour défendre la holding France Médias dont la création doit être actée par la loi. Elle a affirmé que le budget consacré au documentaire serait toujours conséquent : « notre investissement dans les programmes sera sanctuarisé à hauteur de 420 millions d’euros jusqu’en 2022 (…) dont 101 millions pour le documentaire ». Mais les producteurs ont pointé le manque de visibilité pour les années suivant 2022, un flou reconnu par Mme Ernotte. 

Le sénateur PS David Assouline a néanmoins tenu à dénoncer les coupes budgétaires que subit France Télévisions, ce qui selon lui représentera un frein important à la création. Ces propos ont été soutenus par le documentariste Rémi Lainé qui a ajouté que l’arrivée des plateformes est une formidable opportunité de diversification de la création, mais peut malgré tout amener à une baisse des moyens et à un standardisation des lignes éditoriales chez les diffuseurs. Selon lui, « France Télévisions partage une culture commune avec les producteurs français, alors que Netflix et autres plateformes ne sont intéressées que par le profit. ». 

Emmanuel Priou a nuancé ces propos en affirmant que le succès de Netflix amène tout de même une bonne nouvelle : le documentaire intéresse et permet des opportunités avec de nouveaux formats et un public plus jeune. Cependant, la ligne éditoriale de Netflix enfermerait les auteurs dans des projets trop locaux : « La France devra proposer des sujets uniquement sur la France, l’Espagne sur l’Espagne et ainsi de suite… ». Or, il est important et intéressant que des sujets internationaux soient traités de plusieurs points de vue, sinon la liberté d’expression pourrait être en péril. 

En tant que président de l’INA, futur membre de la holding France Médias, Laurent Vallet a rappelé l’importance des acteurs publics : « Le service public est un réacteur important dans le monde documentaire ». L’INA travaille beaucoup sur la modernisation de ses plateformes, moteur essentiel pour le rayonnement de ses archives. Selon M. Vallet, les plateformes peuvent être une chance pour les auteurs et les producteurs d’adopter une nouvelle manière de travailler les documentaires et de diversifier la création. 

La réforme de l’audiovisuel n’est pas encore signée et demande donc à être retravaillée pour mieux protéger les auteurs et les producteurs. En effet, ces derniers craignent de voir leur liberté de création se restreindre fortement bien que le service public, représenté par la holding France Media, tente de les rassurer. Cette table ronde n’a pas amené de nouvelles propositions pour la loi, mais elle a tout de même permis de mettre en avant les points de vue de chaque acteur à ce propos. Chacun d’entre eux reste ouvert au dialogue pour faire avancer les choses ensemble, et construire le meilleur modèle adapté à tous les acteurs de l’industrie audiovisuelle française. L’enjeu est également de s’adapter à l’intensité exponentielle de la concurrence internationale. 

Lou Delhommeau & Akila Gamage