Rencontre avec Imed Marzouk, producteur chez Propaganda Productions

C’est après la présentation de son dernier projet de long-métrage au Takmil (sessions de pitch pour l’obtention d’aides financières à la post-production) que nous avons eu la chance de rencontrer Imed Marzouk, un des chefs de file de la nouvelle vague de producteurs tunisiens.
L’occasion de parler de sa vision de son métier de producteur et de dresser un état des lieux du cinéma tunisien.

Imed Marzouk a fait des études de management à l’IHEC (Institut des Hautes Etudes de Commerce) avant de devenir assistant sur la série « Chams âlik » grâce à laquelle il renoue avec son camarade de classe Néjib Belkhadi, réalisateur. La série est un gros succès sur la chaîne Canal Horizons entre 1999 et 2001. En 2001, les deux comparses décident de créer la société Propaganda Productions avec l’envie de produire des films modernes et universels, qui abordent les préoccupations des Tunisiens. Quinze ans plus tard, la société est devenue l’une des trois plus importantes sociétés de production tunisiennes et compte une équipe d’environ dix personnes. Parmi les succès de la société : VHS Kahloucha, un documentaire de long-métrage réalisé par Néjib Belkhadi en 2007 et sélectionné au festival de Sundance et dans plus de cent festivals, qui a réalisé 85 000 entrées en Tunisie ; ou encore plus récemment À peine j’ouvre les yeux, de Leyla Bouzid, coproduit avec la société française Blue Monday Productions, candidat aux Oscars pour la catégorie meilleur film en langue étrangère pour la Tunisie en 2017.

Propaganda présente un modèle économique intéressant. En effet, la société se rémunère principalement via des commandes pour des publicités, des films institutionnels ou avec des missions de production exécutive pour des productions étrangères. La société a produit plus d’une trentaine de court-métrages et se tourne de plus en plus vers la coproduction internationale au fur et à mesure qu’elle devient un acteur incontournable du long-métrage tunisien. La société peut ainsi compter sur des partenaires de longue durée comme Hélicotronc, Barney Production ou encore Hakka Distribution.

Imed Marzouk nous a expliqué que le problème principal auquel doivent faire face les producteurs tunisiens est le manque de structuration du secteur et de l’industrie par les pouvoirs publics (moins appuyée que chez leurs voisins marocains par exemple). Néanmoins, il envisage l’avenir avec confiance : les coproductions avec l’étranger se développent de plus en plus et le cinéma national ne s’est jamais aussi bien porté : 2015-2016 a été une année particulièrement prolifique pour le cinéma tunisien avec plus de 8 long-métrages sortis en salles (contre environ 3 par an habituellement).

En 2017, Propaganda accompagnera la sortie en salles de Vent du Nord, le premier long-métrage de Walid Mattar (dont la société avait déjà produit plusieurs court-métrages), en coproduction avec Barney Production (France) et Hélicotronc (Belgique). Le film retrace le destin d’Hervé, un ouvrier du Nord de la France dont l’usine est délocalisée et qui doit faire face à la reconversion professionnelle et celle de Foued, un jeune tunisien qui décroche un boulot comme ouvrier dans une usine flambant neuve dans la banlieue de Tunis. Les trajectoires d’Hervé et de Foued se ressemblent et se répondent. Le film, actuellement en post-production vient d’ailleurs de remporter la bourse Eunik et le prix de distribution de Mad Solutions au Takmil 2016 pendant les JCC.