Ma rencontre avec Jean Douchet au festival de Bologne

Que de découvertes cette année, au festival Il Cinema Ritrovato! Des films classiques comme l’Atalante de Jean Vigo diffusé place Maggiore ; Med Hondo, un réalisateur engagé, et notamment son très beau film Sarraounia ; des films iraniens datant des années 1950, où les femmes sont cheveux au vent et vêtue à la mode occidentale à travers les films du cinéaste Samuel Khachikian, … Et une très belle soirée de clôture avec la présence d’Agnès Varda et JR qui présentaient leur film Visages, Villages. Mais au cœur de ce festival, j’ai croisé de nombreuses fois un visage, qui m’est devenu familier, celui de Jean Douchet.

Ma première rencontre avec Jean Douchet fut lors de la projection de Jean Douchet, l’enfant agité, réalisé par Fabien Hagège, Guillaume Namur et Vincent Haasser, en sa présence. A travers ce portrait, j’ai découvert un homme solitaire, qui a voué sa vie à la transmission du langage du cinéma. Solitaire, car il ne s’est jamais fixé à quelque chose, malgré qu’il soit entouré de beaucoup de personnes telles que Xavier Beauvois, son fils spirituel, ou Barbet Schroeder qui était présent à son anniversaire. Jean Douchet reste dans le mouvement, ne se fixe pas. C’est peut être pour cela qu’il n’est pas devenu réalisateur, comme tant d’autres autour de lui qui ont été critiques dans les cahiers du cinéma. Lui est resté un passeur et continue à transmettre à 88 ans, avec beaucoup d’énergie.

Mon histoire n’est pas encore écrite de Jacqueline Gozland

Ma seconde rencontre était plutôt inattendue. J’étais allée voir Mon histoire n’est pas encore écrite de Jacqueline Gozland, un film portant sur l’histoire de la cinémathèque d’Alger, et notamment le moment où elle était très active et invitait de nombreux cinéastes et critiques internationaux pour parler du cinéma. Jean Douchet fut l’un deux. Il se rendit à Alger pour un séminaire autour d’Alfred Hitchkock. Après le séminaire, les participants l’ont chaudement remercié, mais exprimé leur incompréhension : ils trouvaient Alfred Hitchcock très intéressant, mais déconnecté des problèmes de leur vie quotidienne et des sujets qu’ils aimeraient traiter. Jean Douchet les contredit, en effet, il a réalisé de nombreuses analyses et ouvrages sur Alfred Hitcock, considéré comme le maître du suspense. Pour Jean Douchet, le suspense est « La dilatation d’un présent pris entre les deux possibilités contraires d’un futur imminent » (Hitchcock, Jean Douchet, 1999).

Le crime de M. Lange de Jean Renoir

Jean Douchet a aussi animé une «leçon de cinéma » sur Jean Renoir, qui se déroulait juste avant la projection du film Le crime de M. Lange de Jean Renoir. Il a abordé le lien entre le père Auguste Renoir et son fils, à savoir l’impressionnisme. En effet pour Jean Douchet, Jean Renoir est parvenu à filmer l’impression de la vie et de l’existence. Bien que pris par le temps et n’ayant pas eu le temps de dire tout ce qui lui tenait à cœur, il fut chaudement applaudi par les spectateurs présents dans la salle.
J’ai aussi recroisé Jean Douchet, en tant que spectateur cette fois-ci, dans la conférence de Dario Argento, quelques fois au bar de la cinémathèque et même dans l’avion du retour ! Je comprends mieux pourquoi Il Cinema Ritrovato est le festival préféré de Jean Douchet.