Robert Mitchum mis à l’honneur d’Il Cinema Ritrovato 2017

Le centenaire de 1917 a occupé une majeure partie (cinquante films) du festival Il Cinema Ritrovato ; mais en dehors des films produits cette année-là, c’était aussi l’occasion de fêter les cent ans de la naissance de Robert Mitchum – ou de commémorer les vingt ans de sa mort. Figure énigmatique de l’affiche de l’édition de cette année, Mitchum a rempli une bonne part de la programmation.

Le choix des œuvres de sa filmographie, au nombre de neuf, couvre trente ans de carrière, de sa première nomination aux Oscars en 1945 avec The Story of G.I. Joe jusqu’à The Yakuza en 1974 – mais elle ne comprenait pas son film emblématique, La Nuit du Chasseur, restauré en 2012 et qui est depuis passé dans de nombreux festivals, dont « Toute la mémoire du monde » à Paris il y a à peine trois mois. La diffusion, dans le cadre de cette programmation, de River of no return était aussi l’occasion de mêler la rétrospective à une autre grande séquence du festival consacrée à la restauration de la couleur des films au travers du Kinemacolor et du Technicolor.
La conférence et le documentaire qui ont accompagné cette sélection de films se sont en revanche attachés à analyser la part de lui que l’acteur présentait hors de ses films. Sans particulièrement s’intéresser à sa vie privée, le regard du festival s’est plutôt porté sur sa persona et son rapport au public.

Bruce Weber au Festival Il Cinema Ritrovato

Avec le documentaire Nice Girls don’t stay for breakfast réalisé par le photographe et réalisateur Bruce Weber, sorti cette année d’après un projet entamé en 1991, est présenté un homme réservé, ayant tourné dans 130 films mais toujours attaché à prétendre que son travail n’avait aucune importance. Proche de Robert Mitchum, Bruce Weber veut montrer par ce film, par-delà l’image très répandue du cow-boy, du « loser magnifique », la personnalité d’un acteur cultivé, aussi écrivain, poète et chanteur.
Dans la conférence consacrée à ses apparitions télévisées, Philippe Garnier et Bernard Eisenschitz l’ont montré se prêtant au jeu des caméras, affable quand il s’agissait de parler de son travail et aimant raconter ses anecdotes – souvent revues et corrigées entre chaque énonciation. Par delà ses commentaires ironiques sur son métier et le dénigrement facile dont il faisait preuve, les intervenants ont présenté Robert Mitchum en acteur exigeant et pudique mais aussi en poète, « écrivant avec sa voix » dont il aimait travailler le rythme et l’élocution.

En regardant les films de Robert Mitchum reviennent les paroles de Desproges – si peu prompt aux compliments – dans Les Chroniques de la haine ordinaire par lesquelles il exprimait son immense admiration pour l’acteur : « C’est un homme infiniment présent et pas du tout commun », dit-il. « Il subjugue les cinéphiles estudiantins et fait vibrer la femme amoureuse de l’amour. » Trente ans après, la tradition se perpétue.