S’engager dans l’Histoire, une transformation du regard

Jeune réalisateur au FIPA 2015  : rencontre avec Jérôme Clément-Wilz

Première fois au FIPA de Biarritz pour Jérôme Clément-Wilz. En compétition, Un Baptême du Feu est un documentaire de création produit par Jérôme Caza. Nous sommes allés à sa rencontre et vous proposons ici un compte rendu de cet échange. Qui est ce jeune réalisateur ? Quelle vision du documentaire nous propose t-il ? Comment a t-il crée ce film ? Telles sont les questions que nous avons abordées.

Diplômé de l’Université de Berkeley en 2006 puis de Sciences Po Paris en 2008, Jérôme Clément-Wilz a commencé dans la fiction en assistant entre autres Victoria Abril, Zoé Cassavettes, Blanca Li ou encore Tonie Marshal. Il travaille ensuite sur des documentaires et reportages en tant qu’assistant réalisateur et chef opérateur puis passe à la réalisation, principalement pour des commandes télévisuelles. Un Baptême du feu est son premier documentaire qui part d’une initiative personnelle, il est produit par Jérôme Caza (2P2L).

Jérôme Clément-Wilz au FIPA 2015 / NINIM SUPORETZKY
Jérôme Clément-Wilz au FIPA 2015 / NINIM SUPORETZKY

Baptême du Feu – Synopsis

Pendant quatre ans Jérôme Clément-Wilz a suivi Corentin Flohen, un jeune photo-reporter qui part couvrir les Printemps arabes et plus particulièrement le conflit en Lybie. Considérant sa caméra comme une « caméra stylo à la première personne », le réalisateur nous entraine au plus près de l’action, de la violence des affrontements mais surtout au plus près du personnage principal et de sa réflexion autour du sens de son métier et de l’existence.

Un récit initiatique, la quête d’existence

Au début du film, une envie de vivre est présente chez chacun des personnages, une envie de vivre l’histoire, d’exister. Pour Jérôme Clément-Wilz son regard, le point de vue adopté et les angles d’approche se posent au fur et à mesure sur le projet tout au long d’un tournage qui a durée quatre ans. Des images, il en a plein. Il nous montre le besoin de décompresser des jeunes reporters, la recherche de bonheur, une certaine fraicheur, mais aussi la candeur qui les anime dans leur rapport au réel et dans leur manière de le capter.

Mais quelle histoire raconter ? Quel angle donner ? Quel point de vue adopter ?

Au travers de la grande Histoire, du chaos qui l’entoure, surgissent des personnages et avec eux, leurs histoires personnelles. Dans la manière de filmer, un regard est présent, sans jugement. Il essaye de montrer l’élan de Corentin Flohen plus particulièrement, sous tous les aspects qu’il peut avoir c’est à dire son travail, la façon dont il en parle, les événements qu’il est en train de couvrir. Finalement, pour s’unir à son sujet et créer un film d’amitié, d’empathie et de questionnement. En effet, la volonté de Jérôme Clément-Wilz était de « questionner le questionnement », sans adopter un point de vue univoque, sur la profession de photo-reporter. 

Un film qui transforme

La notion essentielle qui apparaît alors dans Un Baptême du Feu est celle de l’engagement, vis à vis de l’Histoire, de l’éthique et envers ses personnages. Plusieurs fois la question de rentrer s’est posée, mais le fait de ne pas baisser les bras face aux difficultés rencontrées est également un engagement, pour que le film puisse exister. C’est une expérience physique éprouvante, dont il a voulu rendre compte par le montage qui lui-même essouffle physiquement et tient en haleine le spectateur.

En somme, ce que vivent Corentin Flohen et Jérôme Clément-Wilz, c’est une transformation : une transformation par les images qu’ils captent, une façon de grandir dans leurs vies professionnelles et humaines.

L’homme à la caméra

Jérôme Clément-Wilz commence complètement seul et part avec sa caméra du jour au lendemain. Sa caméra, il la veut vivante, portée et dynamique. Le spectateur doit la sentir exister, tout comme l’homme qui la conduit. Une fragilité assumée – la séquence de la Lybie ponctuée d’images parfois bleues, jaunes, ou encore sous-exposées, n’est pas étalonnée – une caméra énergique et un équilibre entre l’instant à capter et des images qui à elles seules, ne suffiraient pas à raconter une histoire, si derrière ne se dessinait pas en filigrane les regards croisés d’un réalisateur et d’un photo-reporter, qui au bout de cette expérience seront devenus hommes.

Ninim Suporetzky

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