Suspension d’audience au pays des voyeurs

A la cour d’assises de Bruxelles, un homme témoigne de l’assassinat de sa femme et de ses trois enfants. Alors que ce dernier décrit la scène macabre avant d’éclater en sanglot, c’est avec élégance et pudeur que la caméra préfère se poser sur les visages de l’audience, médusés. Suspension d’Audience, réalisé par Nina Marissiaux, est un court-métrage documentaire qui, du haut de ses vingt-quatre minutes, provoque et interroge.

N’étant pourtant pas sans rappeler 10e chambre – Instants d’audience de Raymond Depardon, ce court-métrage ne met non-pas la lumière sur l’affaire en cours d’instruction mais sur les « spectateurs » venus assister à l’audience. Appuyé par la mise en scène, le réel objet du film semble se dessiner : le voyeurisme.

Ce voyeurisme est incarné par cinq personnes venues assister à l’audience. Certains laissent échapper des gloussements en rapportant des coups de couteau pendant que d’autres se soumettent au jeu des hypothèses et doutent de la culpabilité du suspect numéro 1. « Quand je sors d’ici c’est comme si je sortais du cinéma ». Les langues se délient, les masques à peine posés tombent, le malheur d’un homme face à la disparition de son entière famille fait le passe-temps des autres.

La réalisation de Nina Marissiaux incarne, elle-aussi, une certaine sorte de voyeurisme. Est-ce se distancer que de filmer les visages de l’audience pendant que le médecin légiste énumère et décrit chaque détail des lacérations ? Ou est-ce une manière de placer le spectateur lui-même en tant que voyeur ?

Quoi qu’il en soit, Suspension d’Audience ne laisse pas de marbre et pousse à la réflexion.

Mélanie Amphonesinh.