Ta’agad- Army Clinic

De Nawel Fassouli et Sarah Calfond

       Parmis les dix séries qui figurent dans la programmation du FIPA cette année, se cache une perle israélienne « Ta’agad – Army Clinic » why not check here. La série a été créée, écrite et réalisé par un seul et même homme, à savoir Zion Rubin. Dans cette série “fleuve” au format proche du feuilleton – 40 épisodes de 30 minutes pour la première saison-, nous sommes amenés à suivre le quotidien d’une équipe médicale de Tsahal, l’armée de défense israélienne. Huit jeunes infirmiers militaires se partagent deux petits baraquements, une douche commune, et des installations précaires. Dans ces lieux restreints, les relations hommes / femmes sont souvent tendues. L’équipe navigue entre zone de guerre, trafics de médicaments, amitié et amour, le tout en vivant des expériences souvent douloureuses.

Diffusée à la télévision israëlienne en Septembre 2016, cette série, qui n’est construite autour d’aucune intrigue particulière, dévoile l’étrangeté du quotidien des jeunes gens du bataillon. En Israël, l’armée est obligatoire à partir de 18 ans, et ce durant deux ans pour les femmes et trois ans minimum pour les hommes. Au sortir de l’adolescence, ils sont parfois amenés à prendre en main des situations de guerre, tout en continuant à vouloir vivre leur jeunesse. Les deux premières scènes du premier épisode nous mettent directement face à ce paradoxe. Un jeune militaire haletant marche seul dans le désert. La lumière est aveuglante, aucun repère ne nous est donné ; le jeune homme semble déboussolé, proche de l’évanouissement. On passe ensuite abruptement à l’intérieur d’un baraquement. Le personnage principal, Daniel, se réveille difficilement au lendemain d’une soirée apparemment un peu trop arrosée. Les images de la veille, qu’il regarde sur le téléphone de son ami, nous sont montrées. Il va ensuite se soulager près des grillages barbelés, habillé seulement de son caleçon, et sans quitter sa mitraillette.

Tout au long des épisodes que nous avons vu, on ressent cet oscillation entre une certaine insouciance et une maturité forcée, propre aux jeunes israéliens. En tant qu’infirmiers, ils doivent soigner des personnes grièvement blessés au quotidien. Ils font souvent face au décès de civils, parfois à celui de leur proches, et ce quelque fois par leur faute – un oubli ou une erreur peut être fatale. Alors, la culpabilité les rongent. Une jeune femme du bataillon, qui n’est pas parvenu à soigner une fille blessée dans un attentat, se noie dans l’alcool médical à 70 degrés qu’elle avale verre sur verre pour essayer de ne plus penser.

Par ailleurs, le conflit israélo-palestinien, s’il est évoqué en filigrane, n’est jamais vraiment abordé ; le tout reste hors du temps, et coupé de son contexte – le baraquement étant situé à un endroit retiré, on ne voit que des routes, le désert, ou des villages mais jamais des villes dans les premiers épisodes-. Daniel et ses amis rendent une fois visite à un homme dans un village arabe, dans lequel ils vont vendre des médicaments illégalement. Leur relation de méfiance est soulignée ; malgré leurs similitudes, ils ne parviennent pas à se faire confiance, bien que forcés à collaborer.

A l’écran, le manque de moyen de production est assez évident : une image peu travaillée et des décors réduits. Néanmoins, une véritable qualité transpire de cette série, à la fois pour ses dialogues bien écrits et ses acteurs très bons. La première saison est en compétition au FIPA et la seconde a été commandé avant même la fin de la précédente. « Ta’agad – Army Clinic » est produite par la plus grosse boîte de production d’Israël, connue sous le nom de « United Studios Israel ». En 2016, elle a offert plus de 1000 heures de télévision, une librairie de contenu audiovisuel de 10 000 heures et compte en son sein 150 employés, 175 freelancers tout en ayant leurs propres studios.

Plusieurs séries israéliennes, telles que Hatufim, Hostages et Be’tipul, ont connu un immense succès à l’international, et ont été adaptés aux Etats Unis et dans d’autres pays. Le succès des israéliens dans ce domaine est grandissant.