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Restaurera, restaurera pas ?

A propos des différents choix de restaurations à partir de quatre exemples de films projetés lors de la 33e édition del Cinema Ritrovato de Bologne.

Restaurera, restaurera pas ?

C’est bien la question nécessaire et difficile à laquelle le festival n’essaie pas de répondre. Au contraire, ce festival permet d’assister autant à des projections de films restaurés que recomposés que laissés en l’état. Pendant ces quelques jours à Bologne, nous avons notamment eu la chance de voir Les Vampires, Episode 3 : Le cryptogramme rouge, Louis Feuillade (1915), Paris qui dort, René Clair (1924) , Gigi, Vincente Minelli (1958) et Los olvidados, Luis Buñuel (1950).

Le festival du « film retrouvé » porte bien son nom. Des films retrouvés, oui, mais dans quel état ? Et selon, est-ce qu’on les laisse en l’état, est-ce qu’on les restaure ? Si on les restaure, qu’est-ce que l’on restaure, comment l’on restaure, pourquoi l’on restaure ?

La politique française tend à préconiser une restauration visible, qui puisse être documentée, et réversible mais ce n’est pas le choix qui est toujours fait comme nous en avons fait l’expérience en voyant dans la même journée des films dans des états très variables. C’est une bonne façon de se rendre compte qu’il n’y a pas de bonne manière de faire mais surtout des choix.

Pour le premier film, Les vampires, ainsi que les courts métrages autour de Musidora qui ont été présentés juste avant, la pellicule avait subi de graves dommages très visibles. La moisissure cachait parfois une grande part de l’image et ne permettait pas de visualiser le plan dans son ensemble. L’image pouvait être abîmée parfois sur le côté, plutôt du côté de la manchette mais parfois au beau milieu de l’image. Un public non averti pourrait déplorer cette perte d’informations mais les aficionados présents dans la salle y voyaient aussi un certain charme, une trace très prégnante du temps qui a passé, plus de cent ans pour ce film ! L’effet rendu par ces taches ne manquait pas d’un certain esthétisme. Pour la présentation du film, l’accent a été mis sur le contenu et le personnage de Musidora, soulignant son importance dans l’histoire cinématographique

Pour assurer une certaine cohérence de l’histoire, les cartons avaient été reconstitués grâce aux scénarios retrouvés.

Portrait de Musidora, la dixième muse

Le second film, Paris qui dort, a été présenté en amont pour expliquer les choix de restauration qui avait été faits. Deux versions ont été retrouvées : un négatif en français et une copie positive en anglais. La projection qui nous a été proposée est celle de la restauration de la deuxième. Un cartel à la fin du film expliquait que les intertitres avaient été reconstitués à partir du scénario retrouvé à la BnF.

Gigi nous a été projeté en pellicule, tel quel, avec toutes les altérations qu’elle avait pu subir. Certains plans étaient striés de rayures, certains manquaient, pour d’autres, un début de tournant magenta était parfois perceptible. Si les sautes dues aux plans manquants étaient parfois frustrants, le charme du film opérait et l’on finissait par oublier que l’image n’était pas « parfaite ».

Los olvidados était projeté Piazza Maggiore le lundi 24 juin. Il a été restauré par la UNAM, l’Université nationale autonome du Mexique et la Film Foundation dont le directeur était présent. Dans ce cas, la restauration n’était qu’à peine visible. L’image gardait un certain grain et tous les plans se suivaient fluidement.

La piazza Maggiore

Il ne s’agit ici que d’exemples et c’est ce qui fait, à mon sens, l’un des charmes de ce festival aussi. On ne sait jamais trop dans quel état va nous être projeté le film, et c’est très bien comme ça !

Mention spéciale pour Hyeolmaek de Kim Soo-yong, venu en personne nous le présenter, numérisé mais absolument pas restauré et qui, à sa manière, nous a beaucoup marqué.

Kim Soo-yong, accompagné de son interprète, présente son film en salle Scorsese.

Bologne, dimanche 23 juin 2019

Musidora, la dixième muse….

Ce dimanche était placé en partie sous le signe de Musidora. Plusieurs d’entre nous ont commencé la journée par un documentaire lui étant consacré. Nous avons été fasciné.e.s par cette femme à la fois actrice, auteure, peintre et réalisatrice. Après un détour chez René Clair et une version inédite de Paris qui dort tiré d’une copie positive anglaise. Nos avons pu voir Musidora dans une série de films dont l’épisode III des Vampires, où elle joue Irma Vep, connue pour sa combinaison noire. Le film était accompagné par John Sweeney au piano et Franck Bockius à la batterie. Nous avons été touché.e.s par la présence de cette dixième muse. Pour finir en beauté cette journée musidoresque, Ombre et Soleil réalisé par la fabuleuse. Comme par magie le film apparaissait sur l’écran grâce au charbon, OUI, au charbon! Un projecteur avec un tout autre système que la courante lampe xénon, elle même déjà presque desuète. Une relique projetant une relique quel bonheur! Le plafond était étoilé, la fumée du projecteur s’élevait dans le ciel. Et nous sentions la brise tout comme nos camarades parti.e.s voir Easy Rider sur une place Maggiore pleine à craquer !

Quelle journée !

Un festival d’ombres et de lumières

La 31ème édition du festival Il Cinema Ritrovato est le reflet d’une ville atypique qui, sous certains aspects, existe toute entière à travers l’impression photographique.

cineteca di bologna festival cinema
Piazzetta Pasolini : lieu emblématique du festival, la place Pasolini regroupe les principales salles de conférences. On y trouve le marché du film organisé dans la bibliothèque ainsi qu’un petit café du cinéma.

En marge du Festival : un important patrimoine photographique

Si les trois pôles de la cinémathèque de Bologne sont des acteurs majeurs de la préservation et de la restauration du patrimoine cinématographique mondial, Bologne est aussi, et avant tout, une ville de photographie. De nombreuses boutiques et ateliers de photographie argentique et numérique perdurent dans le centre-ville, parfois depuis plus d’un siècle. En parallèle du festival, une exposition photographique est installée jusqu’au 30 septembre dans les sous-sols de la place principale. Celle-ci retrace l’histoire de la ville à travers un parcours mêlant histoire des techniques et témoignages artistiques et historiques. La scénographie de Bologna fotografata : tre secoli di sguardi (Bologne photographiée : trois siècles de regards) n’a rien à envier aux haut-lieux parisiens de la photographie que sont le Jeu de Paume et la MEP.
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Concevoir la 3D, le grand écart ancien/moderne

C’est en 1953 que s’est tourné Kiss Me Kate. Ce dimanche soir, la cinémathèque de Bologne présentait la première comédie musicale tournée en 3D. C’est dans une sala Scorsese comble qu’on a pu mesurer le potentiel sensationnel qui a su à l’époque trouver un accueil chaleureux auprès du public conquis par la pièce de Broadway, écrite par Bella Spewack.
Est-il cependant nécessaire de souligner l’intérêt qu’apporte une 3D léchée à un film de danse, où les mouvements amples sont propices à la surprise qu’apporte le relief ?
On s’étonne d’abord de cette fantastique ingéniosité des arrières plans discrets mais qui donnent aux scènes de profondeurs de champs qui n’ont rien à envier à certaines productions moderne. De l’intelligence de séquences pensées pour le relief, pour une 3D qui a du sens, et non pour convenir à une mode.
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