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Les Cobayes du cosmos: Confidences d’astronautes. de Jean-Christophe Ribot (Fr., 2018, 90 min)

Intimité cosmique

   Au FIPA a été projeté le film Les Cobayes du cosmos: confidences d’astronautes de Jean-Christophe Ribot, un documentaire scientifique étonnant de 90 minutes ayant été produit pour France 5. 

Neufs astronautes et les archives époustouflantes de leurs missions dans l’espace narrent les aléas de leur métier et leur passion pour celui-ci. On y découvre une carrière où la mise à l’épreuve physique est perpétuelle.

Dès les premiers essais d’envois d’individus dans l’espace jusque la recherche actuelle axée sur le  bien-être dans les capsules, la conquête spatiale a toujours rimé avec le don de soi de plusieurs cobayes cosmiques. Vomissements à cause de l’apesanteur, muscles qui fondent, os fragilisés, dépression, trouble psychologiques, pression mentale, dérèglement du cycle du sommeil, les différents entretiens menés sur fond blanc nous font découvrir une réalité moins polissée du quotidien d’un corps humain dans l’espace.

Le film nous raconte la lutte constante de l’homme et de son naturel qui le rattrape jusque dans les étoiles. Grâce aux archives des vidéos d’observation des fusées on retrouve les cosmonautes interviewés dans leur quotidien au sein de leur capsule, illustrant le propos des entretiens, et nous donnant dans la durée du film un avant-goût du confinement qu’impose le voyage.

Face à la caméra, c’est une chaise solitaire au milieu d’une étendue blanche : en s’asseyant dedans, les astronautes qui acceptent de se livrer redeviennent, figurativement, ces points minuscules dans l’espace qui les fascine tant. En effet, c’est avant tout à travers cette détermination sans pareille, ce désir confinant à l’insensé qui les a menés sur la voie ardue de l’aventure spatiale qu’ils nous sont introduits. La rude sélection qui se dresse entre eux et leur rêve est une crainte constante qui les pousse toujours plus à prendre sur eux, à dissimuler leurs moments de faiblesse et à redoubler d’efforts. “Les astronautes se cachent pour vomir” nous apprend-on ainsi. Pourtant, dans cet environnement hostile, dans lequel l’homme n’est pas fait pour exister, comment pourrait-on attendre d’eux qu’ils soient tout à fait à leur aise ? La conquête de l’espace, c’est ainsi avant tout le récit d’une lutte acharnée, celle de la science et de la machine contre les failles du corps et de l’esprit qu’elles cherchent à dompter.

Comme quelques illustrations métaphoriques prendront soin de nous le rappeler, les astronautes sont pareils à des poissons hors de l’océan, qui ne peuvent survivre que dans le confinement de leur bocal. Cette précarité de l’environnement est par ailleurs indissociable d’une précarité mentale puisque, passée une première phase d’émerveillement, les réalités du quotidien dans une capsule les rattrapent bien vite : des années d’entraînement et de mise à l’épreuve ne peuvent véritablement y préparer. Pourtant, derrièrecette poignée d’élus qui a la chance de se rapprocher des étoiles, existe tout un tissu d’hommes et de femmes de l’ombre qui mettent leurs compétences à leur service. Neurologues, psychiatres, biologistes… le documentaire, en allant également à leur rencontre, laisse entrevoir la variété et la portée des questions que pose la survie de l’être humain loin de sa planète-mère.

A l’heure où les ingénieurs rivalisent pour mettre au point des fusées toujours plus performantes, cette rencontre du facteur humain, “maillon faible de la chaîne”, nous rappelle qu’en dépit de nos aspirations grandioses, nous restons à la merci de notre fragile condition, et que ceux qui sont propulsés en orbite, des milliers de kilomètres au-dessus de notre planète, ne font pas exception. Un inventaire des défis à relever qui suggère le chemin qu’il reste à parcourir avant la concrétisation de la nouvelle grande ambition des agences spatiales : la course vers Mars.

Un article de Lila G.  et Neiha B.

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Robert Mitchum mis à l’honneur d’Il Cinema Ritrovato 2017

Le centenaire de 1917 a occupé une majeure partie (cinquante films) du festival Il Cinema Ritrovato ; mais en dehors des films produits cette année-là, c’était aussi l’occasion de fêter les cent ans de la naissance de Robert Mitchum – ou de commémorer les vingt ans de sa mort. Figure énigmatique de l’affiche de l’édition de cette année, Mitchum a rempli une bonne part de la programmation.

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Ma rencontre avec Jean Douchet au festival de Bologne

Que de découvertes cette année, au festival Il Cinema Ritrovato! Des films classiques comme l’Atalante de Jean Vigo diffusé place Maggiore ; Med Hondo, un réalisateur engagé, et notamment son très beau film Sarraounia ; des films iraniens datant des années 1950, où les femmes sont cheveux au vent et vêtue à la mode occidentale à travers les films du cinéaste Samuel Khachikian, … Et une très belle soirée de clôture avec la présence d’Agnès Varda et JR qui présentaient leur film Visages, Villages. Mais au cœur de ce festival, j’ai croisé de nombreuses fois un visage, qui m’est devenu familier, celui de Jean Douchet.

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De l’art de modérer un panel

Le festival du Sunny Side of the Docs est l’occasion pour de nombreux professionnels de rencontrer de futurs partenaires, d’assister à des conférences, à des sessions de pitchs… Au milieu de tout ce petit monde, un personnage a tendance à être un petit peu oublié, le modérateur.

Suivant les panels ou les pitchs, il est chargé d’animer la conversation, de relancer le débat, d’interroger les éventuels acheteurs des projets pitchés… Souvent spécialiste du sujet, son rôle est essentiel. Mais surtout n’allez pas dire que tous les modérateurs se ressemblent, vous risqueriez de les mettre en colère! Chacun a son style bien particulier.  Il y a les discrets, les effusifs. Les sérieux, les un peu moins. Ceux qui blaguent avec le public. Ceux qui ont tendance à laisser complètement la main aux membres du panel et ceux qui ne dévient pas d’un pouce la trajectoire imaginée pour la conférence etc.

Un des exercices du modérateur que je préfère regarder se déroule pendant les sessions de pitch. Quand le moment est venu pour les distributeurs d’offrir leurs commentaires sur le pitch qu’ils viennent d’entendre, notre héros oublié se met à accomplir une performance tout à fait extraordinaire. Les questions ou les commentaires se faisant attendre, le modérateur doit alors alpaguer les différents diffuseurs dans la salle. Le moment peut être alors ou très gênant ou très drôle (parfois les deux). Imaginez un instant le modérateur essayant de tirer les vers du nez aux diffuseurs afin qu’ils expliquent sur le programme correspond ou non à leurs cases. Imaginez maintenant un diffuseur qui n’a aucune idée (ou envie) de quoi répondre et qui se voit interpeler et  ainsi projeter sur le devant de la scène. Les réponses produites sont certes le plus souvent constructives. Mais on n’échappe pas à la réponse monosyllabique d’un diffuseur pour le moins peu enthousiaste.

Enfin, il arrive qu’un modérateur sorte du lot, un de ceux qui marquera une génération entière de producteurs, diffuseurs, acheteurs, réalisateurs etc. invités à modérer un panel ou une session de pitchs. J’ai donc décidé de conclure cet article en rendant hommage à tous les modérateurs éphémères mais talentueux de ce festival et de décerner le Sunny Globe du meilleur modérateur à John Farren qui a su, accompagné par Anett Sager, animer à merveille la Pitch Session : Eurovision Science.

Félicitations, M. Farren!