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DOTS (Digital Optical Technological System) : stocker éternellement des données deviendrait-il possible ?

Dimanche 24 juin, Auditorium DAMSLab de la Cineteca di Bologna. 
 
Pour l’une de ses multiples conférences au prestigieux festival de Bologne, la FIAF Restauration Summer School décide de s’intéresser au DOTS (Digital Optical Technological System). D’abord introduit par le grand Vittorio Storaro, chef opérateur pour de nombreux films de Francis Coppola, Woody Allen ou encore Dario Argento, c’est Robert Hummel, président du Group 47 qui présenta au public ce projet audacieux. 
 
L’origine de ce projet part d’une constatation simple : comment restituer au public sur le long terme les conditions originelles de projection d’un film ? La conservation des données numériques est devenue un enjeu majeur pour les cinémathèques, et également en ce moment, l’une des préoccupations principales de la FIAF.*  Des problèmes d’actualités donc, que le Group 47 s’engagerait à résoudre. Crée en 2008, le Group 47 a pour objectif de sécuriser les brevets, la conception et le processus de fabrication du DOTS, une nouvelle technologie d’archivage développée par Eastman Kodak Company. 
 
Qu’est-ce que le DOTS ? 
 
Le DOTS permet de conserver des données numériques plus de 100 ans. Non magnétique et chimiquement inerte,  ce support est  immunisé contre les champs électromagnétiques et surtout peut être stocké dans un environnement dont la température peut varier entre -9° et 65° degrés !  (15° à 150° F) De plus les données sont lisibles à l’oeil nue, puisque inscrites en binaire sur le support et comme sur la  pierre de rosette, une notice est gravée sur le côté gauche, dans le but de permettre sur un long terme un décryptage simple des données. 
Au-delà d’une conservation pérenne, les motivations du Group 47 résident dans le fait de vouloir restituer le contenu stocké dans une qualité optimale.  Vittorio Storaro abordait en introduction à quel point la projection dénature la couleur, l’émulsion même  de la pellicule. Une conservation sur DOTS permettrait de maintenir la couleur dans le temps, les négatifs une fois scannés seraient stockés et inaltérables. 
« Plus de migration, vos données seront conservées et lisibles pour toujours! » s’exclame Robert Hummel. Révolution ? Certes ce nouveau moyen de stockage apparaît comme salvateur dans le monde de l’archivage.
 
Cependant, les données numériques sont par principe en constante évolution et mutation, comment peut-on s’assurer de leurs lisibilités sur un aussi long terme? 
 
De plus, les migrations et le stockage des données génèrent des sommes conséquentes pour les GAFA (Amazone Drive, Google Drive) Le DOTS apparaît alors comme un frein pour les géants du web qui verraient diminuer un pendant majeur de leurs économies… Le Group 47 est en recherche active de financement depuis le lancement du projet, dans l’espoir de voir un jour le DOTS révolutionner la conservation numérique.
Louise Gerbelle

Laëtitia Eïdo : « la mixité sur les écrans français est possible »

Entre une séance de pitch et une projection de documentaire, nous avons rencontré Laëtitia Eïdo, comédienne de la célèbre série Fauda, qui a fait l’ouverture de la 31e édition de ce Festival international des programmes audiovisuels.

Voir le précédent article sur la série Fauda ICI

Journalistes : Tout d’abord pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle dans Fauda ?

Laëtitia : Je suis comédienne sur Paris et avant de me consacrer à ce métier, je faisais des études d’architecture.
Dans Fauda, je joue une médecin franco-palestinienne. C’est un rôle qui a été un peu calqué sur ma vie puisque que je suis franco-libanaise, et ça a donné cette dimension au personnage qui n’a pas un pied de chaque côté, mais qui refuse de prendre partie pour un camp ou pour l’autre, à moins d’y être forcé.

C’est une femme forte que j’admire pour son caractère, pour sa personnalité. Elle est arabe, chef de clinique et très moderne. Elle porte un rôle important car elle amène cette mixité culturelle du fait qu’elle ait un père français, elle a d’ailleurs passé plus de temps en France qu’à Ramallah (capitale de l’Autorité Palestinienne), ce qui justifie son accent français en arabe et m’a a été plus simple, puisque on ne m’a pas transmis la langue arabe.

J : Finalement vous vous identifiez totalement à votre personnage ?

L : En fait, ça s’est passé dans l’autre sens. A l’écriture du scénario, mon personnage n’était pas du tout française. C’est donc eux qui ont trouvé cela intéressant, et y ont été un peu obligés par manque de moyens : il n’y avait ni le temps, ni le budget pour un coach de langue, sur plusieurs semaines.
Ensuite l’idée était de représenter ce personnage comme un trait d’union entre les deux côtés mais que chacun tente de rallier à ses convictions. Elle se fait finalement avoir par les deux camps et ça va aller de pire en pire lors la saison 2, mais je ne vais pas vous la spoiler.

J : Lors de la cérémonie d’ouverture, nous avons pu voir que vous étiez très émue de présenter la série en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

L : Ça représente beaucoup puisque à chaque fois qu’on me demande « alors Laetitia, d’où vous vient votre français » je réponds « Eh bien d’Ardèche ! »
C’est super car ça fait deux ans que la série est partout sur Netflix, dans 190 pays, mais pas la France. Maintenant elle est sur ciné club et c’est génial, mais c’est vrai que pour moi ça a été un gros travail sur la frustration à attendre que mon personnage et ma carrière de comédienne puissent être un peu plus mis en valeur en France. J’espère que tout cela va prendre de l’ampleur grâce à Ciné club, la sortie DVD puis Netflix en Mars et enfin la saison 2 qui sortira cet été, dans la foulée de la première.
C’est important parce que la série parle beaucoup de mélange culturel, d’échange et on est dans un pays justement très mélangé. Beaucoup de représentations cinématographiques et télévisuelles oublient de montrer cette richesse et on reste sur des stéréotypes qui bloquent l’imaginaire des réalisateurs, alors que beaucoup en France ont des scénarios, des pitchs qui représentent cette réalité, puis certaines fois ils se retrouvent réduits à des schémas préconçus.  Ayant rencontré beaucoup de réalisateurs dernièrement, peut-être plus jeunes, je peux vous dire qu’ils ont vraiment à cœur de montrer cette France-là, donc j’ai beaucoup d’espoir pour les années à venir.

J : Vous connaissez également le modèle audiovisuel américain que vous appréciez particulièrement, quelle différence voyez-vous avec le système français.

L : Je vois une très grosse différence entre la France et les Etats unis, là-bas c’est très ouvert. On m’a par exemple proposé le rôle d’une Russe, je me suis demandé pourquoi, puis j’ai compris que dans certains coins de ce pays les gens me ressemblent, il n’y a pas de limitation. J’ai pu aussi passer des castings là-bas pour des espagnoles, des italiennes, des turques, etc…
C’est important de voir que les gens en France sont mélangés donc maintenant c’est aux décideurs, aux nouveaux et futurs producteurs et surtout aux diffuseurs de se mettre au diapason des spectateurs français derrière leur télévision, qui sont déjà habitués à ça.
Je suis persuadé que l’écran de cinéma ou télévision représente un énorme média d’éducation et de transmission.

J : Au Fipa on a pu assister au Focus Israël, on a vu de nombreux films qui traitaient du conflit Israélo Palestinien, est ce que vous avez vu un film en particulier que vous pouvez nous conseiller ?

L : Bien sûr, un film m’a particulièrement touché, il s’appelle Hasade (« The Fields ») et est réalisé par Mordechai Vardi. C’est l’histoire d’un palestinien, Ali Abu Awwad, d’ailleurs présent au festival, qui a décidé de mettre à disposition son champ pour créer une zone neutre entre Israël et la Palestine. Il a créé le premier mouvement Palestinien non-violent. Il a prouvé, en créant ce mouvement que les palestiniens voulaient la paix contrairement à ce qui peut être dit quelques fois.  Le mouvement grossit de plus en plus, ils ont organisé la fameuse marche des femmes. Donc ce film retrace leur histoire. J’ai vu des gens à la sortie du film qui avaient les larmes aux yeux parce que le propos du film est incroyable.

J : Une dernière question, nous vous avons vu porter une très belle robe lors de la cérémonie d’ouverture. Nous croyons savoir que cette dernière à une histoire particulière, est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

L : Oui tout à fait, je n’en ai pas parlé à la cérémonie probablement parce que j’étais intimidée, mais j’aurais beaucoup aimé en toucher un mot.
Cette robe, que je porte chaque fois que je présente la série, est une robe d’une marque que je soutiens, qui s’appelle « Two Neighbors » (Deux Voisins) et c’est une robe dont les broderies sont faites à la main en Palestine de l’autre côté du mur. La designer est israélienne et les femmes se rejoignent à Jérusalem régulièrement. C’est une initiative à laquelle j’avais à cœur de donner un peu de visibilité.

Noé L.
Morgane P.
Guillaume L.

En équilibre

Victor et Kati enchainent les représentations de cirque en Europe avec leur compagnie Aïtal. Victor est porteur, Kati voltigeuse, ils forment un couple dans leur spectacle comme dans la vie. L’arrivée d’un bébé et les conséquences qui en découleront va bouleverser leur quotidien et leur travail artistique.

Les 52 minutes d’ « En équilibre » dévoilent des intentions poétiques et esthétiques évidentes. Antarès Bassis et Pascal Auffray mettent en lumière ce couple qui brille à l’écran, de par leur extravagance ou de leur talent face au public. La découverte de la grossesse de Kati sera le moteur des péripéties du film, comme l’éventuel arrêt de la tournée ou le remplacement de Kati par une autre voltigeuse.

Toute cette dramaturgie fait d’ « En Equilibre » un film particulier, humble, et qui nous plonge avec brio dans les coulisses d’un cirque itinérant. Le huis-clos favorise l’intimité de ce portrait, qui nous touche dès les premières minutes avec une danse dans la forêt finlandaise au rythme du Vent nous portera de Noir Désir. L’empathie pour Victor et Kati provient d’une proximité que les deux cinéastes ont su montrer par des moments très personnels que la caméra a pu saisir pendant trois ans.

Produit par TS Productions, le film en compétition nationale sera diffusé sur France 3 Occitanie dans le courant de l’année 2018, et nous lui souhaitons une très belle carrière en festivals.

Gaëtan L.
Charly. L

Over The Limits ou l’exigence du haut-niveau.

                 Dans le cadre du Festival International des Programmes Audiovisuels, le FIPA, il était présenté le deuxième film de la sélection documentaire internationale Over The Limit. Ce film retrace la préparation de la gymnaste rythmique Russe Margarita Mamun pour les Jeux Olympiques 2016 de Rio.

              C’est une plongée dans un monde de strass et paillettes que nous propose la réalisatrice Marta Prus. Dans le monde de la gymnastique rythmique, derrière la compétition et la beauté des routines se cachent une réalité terrible. Le sport de haut-niveau ne pardonne aucune erreur, surtout dans l’équipe olympique Russe.

           C’est en suivant la préparation pour les Jeux Olympiques de Margarita Mamun dit « Rita » que l’on découvre l’exigence du haut-niveau. Aucun écart, aucune erreur n’est pardonné même si l’on se trouve au sommet des classements mondiaux. Deux coachs avec des caractères et des méthodes d’entraînements différentes tournent autour du personnage principal. Amina Zaripova, que l’on devine exigeante mais compréhensible cherchant la complicité avec l’athlète et Irina Viner, froide et implacable, à la recherche de la moindre perfection et sans-merci. Deux antagonistes, une méchante et une gentille conseillant Rita vers le même objectif : une médaille Olympique. Le Graal de tous les athlètes. Mais à quel prix ?

         Car même si la méthode d’entraînement basée sur la pression mentale, le travail acharné, la répétition jusqu’à tomber de fatigue mène au succès, le film met en avant la dureté de l’entraînement « A la russe » pesant sur cette jeune fille de 20 ans. Rita vivant ses émois amoureux à distance avec un gymnaste russe, confronté au cancer de son père et essayant de garder le contact avec sa mère, est happé par la compétition, les déplacements pour les championnats internationaux et l’entraînement sans relâche vers la perfection. Au point de n’être qu’une poupée qui « n’est plus humaine [mais] une athlète » victime des blessures car « une sportive en bonne santé n’existe pas » et des souffrances acceptées comme un aléa de son destin olympique. Un prix fort pour monter sur un podium dépassant le simple plaisir du sport.

          “ Parce que je suis un être humain…” tenta de défendre Margharita Mamoun faisant face verbalement à son entraîneuse. Cette phrase arrive au moment précis où le spectateur commence à croire qu’il ne s’agit que d’un pantin que l’on manipule pour ramener une énième médaille d’or à la nation russe.

         Cette jeune fille de 20 ans vit passionnellement son sport. Mais à un moment, elle perd la flamme qui l’anime pour continuer à danser avec ses cerceaux, son ruban, son ballon et sa massue. Ce jeux enfantin perd de son charme par l’exigence trop forte des entraîneuses soumis à la pression du résultat. C’est à travers Rita que Amina Zaripova et Irina Viner poursuivent leurs soifs de succès et de gloire sportive au détriment de la joie de l’athlète.

           Dès le début du film, les personnages du film sont posés. A l’entraînement Irina Viner, cheveux noir, ton ferme, vocabulaire vulgaire apparaît comme une méchante sorcière. Elle maltraite, insulte ses athlètes pour les pousser à dépasser leurs limites. Quelque chose de commun dans le sport Russe n’acceptant que les médailles d’or, avec des méthodes d’entraînements poussés à l’extrême mais que le regard extérieur induit par la caméra peint une pression mentale de chaque instant. A tel point que l’on se pose la question, est-ce qu’Irina ne se réaliserait-elle pas soi-même à travers ses athlètes ou est-ce que la perfection est à ce prix là ?

            Mais le travail sur le son raconte une histoire contraire. Rita est aimée, attendue par le public. On entend les cris de joies des jeunes filles venus en nombres admirées cette athlète. Le seul moment du film où l’on voit Rita à l’aise, reposée est lorsqu’elle signe des autographes à ses admiratrices. L’image montre des plans larges où Rita n’est pas enfermé dans l’étau des ses coachs.
Paradoxalement la musique monte c
rescendo. Elle transcrit le niveau de stress que le personnage ressent lorsqu’elle se présente devant les juges. La réalisatrice arrive à nous surprendre au milieu du film par un silence total mettant le doute au spectateur sur la capacité de sa nouvelle héroïne à ne serait-ce que participer aux Jeux Olympiques.

         Accompagnant la musique, la réalisatrice fait des choix de cadrage qui sont oppressant, où le personnage n’arrive plus a bouger y compris dans ses danses. A chaque fois qu’elle quitte la scène on la voit de dos. Jamais nous ne voyons sur son visage son ressenti mais on sent sa fatigue et que le moment où elle pourra craquer va arriver.

         Ce sentiment dure jusqu’à la fin du film. Sa victoire aux jeux Olympiques nous est décrit, mais nullement montrée C’est un simple texte qui nous l’annonce. Comme s’il était arrivé une chose banal au vu de tous ses efforts consentis. Pas de sentiment de triomphe, juste celui du travail accompli. Était-elle vraiment humaine à ce moment là ?

Deux jours après, son père meurt et Rita arrête la gymnastique. La réalisatrice met l’accent, par le biais d’un texte, sur le prix à payer pour devenir une championne olympique. Être « Over the limits » dans tous les domaines.

XANTHOPOULOS Anita et GUYOT Nicolas

Fauda, la série explosive

Suite à une cérémonie d’ouverture ponctuée par de nombreux applaudissements, le public du FIPA 2018 a eu l’occasion de découvrir le premier épisode de la seconde saison de Fauda, une série qui prend place au cœur du conflit Israelo-Palestinien.

Dans le cadre du Focus Israël du festival, les organisateurs ont décidé de lancer la semaine par cette série dont la première saison fut très encourageante.

La série fut présentée par son créateur et acteur Lior Raz, la productrice L.Benasuly et deux des acteurs récurrents, Tomer Kapon et la franco libanaise Laetitia Eïdo.
En premier lieu, M. Raz prit la parole pour remercier l’organisation d’avoir porté la série aux yeux du public français, il y a deux ans lors de la 29e édition du Festival International des Programmes Audiovisuels. Il ne pensait pas que la première saison connaîtrait un succès tel qu’il se retrouverait deux ans plus tard à présenter la seconde saison lors de l’ouverture de la 31e édition.
La série a permis d’ouvrir à nouveau le débat sur le processus de paix en Cisjordanie, chose que nous relativiserons par la suite, après avoir visionné le premier épisode de la saison 2. Cela ne restait pas moins l’objectif de son créateur.

Le réalisateur, Rotem Shamir, intervint ensuite. Nouveau venu dans la série, il fut heureux de son intégration réussie dans cette équipe. Il aime cette série parce qu’elle retranscrit la réalité au point de lui faire ressentir la violence des combats et l’odeur de la poussière.

Enfin, la comédienne Laetitia Eïdo était émue de présenter la série dans son pays d’origine, d’autant plus qu’aucun diffuseur français n’avait acheté la première saison. Aujourd’hui le public national pourra regarder la seconde saison sur Ciné+ Club et même Netflix à partir de fin février.

En bref la série retrace les destins croisés de Doron Kavillio interprété par Lior Raz, un militaire israélien qui traque Taufiq Hamed, chef du Hamas qui combat l’Etat d’Israël.

Fauda est un mot pour désigner le chaos de la situation pour les palestiniens, mais aussi un terme utilisé par les unités spéciales israéliennes, pour demander du renfort en cas de problème.

Le premier épisode de la deuxième saison nous raconte l’histoire d’un fils qui veut se venger du meurtre de son père, commis par Doron. Ce dernier se voit contraint de mettre fin à sa retraite militaire pour régler ce conflit.
Cet épisode frappe par la violence des explosions et fusillades.

A la sortie les réactions sont partagées. Une série manichéenne pour certains, fidèle à la réalité pour d’autres.
Timon, 22 ans, nous livre son ressenti à chaud : « l’épisode nous dévoile un aspect dur de la réalité du conflit israelo-palestinien et la violence des scènes est nécessaire pour décrire un tel conflit. » A la sortie Patricia nous a aussi donné son avis : « Cet épisode est trop  américanisé, les gentils (israéliens ndlr) sont portés en triomphe tandis que les méchants (le Hamas ndlr) sont diabolisés ».

Des avis qui divisent également au sein de notre rédaction qui trouve sur cet épisode le propos maladroitement formulé, mais qui apprécie l’effort de réalisme que l’auteur nous a souligné à la sortie :

I want to tell the truth. A director shouldn’t be afraid of anything when talking about human pain and peace.
Je veux retranscrire la réalité. Un auteur ne doit pas être effrayé de parler à propos de la peine humaine et de la paix.

La bande annonce de la saison 2 :

Noé L.
Gaetan L.
Guillaume L.

A la recherche de Douglas Sirk

De nombreux thèmes ont été programmés par la machine à voyager dans le temps installée à Bologne, parmi lesquels « A la recherche de la couleur : Kinemacolor et Technicolor », qui m’a permis de découvrir davantage du cinéma de Douglas Sirk avec la projection de trois de ses célèbres mélodrames : Magnificent obsession (Le Secret magnifique, 1954), Written on the wind (Ecrit sur du vent, 1956) et All that Heaven Allows (Tout ce que le ciel permet, 1955), chacun avec Rock Hudson parmi les acteurs principaux.

Comme Alfred Hitchcock, Douglas Sirk (de son vrai nom Detlef Sierck) était européen et avait déjà réalisé une dizaine de films en Allemagne dans les années 1930, avant de tourner à Hollywood jusqu’en 1959. Né en Allemagne en 1897, il a entre autres étudié l’histoire de l’art et a été metteur en scène de théâtre à succès avant de se tourner vers la mise en scène au cinéma. On peut d’ailleurs supposer que cette formation artistique très étendue a par la suite eu un rôle majeur dans sa conception du mélodrame et pour la composition esthétique de ses œuvres cinématographiques. C’est en 1934, à l’aube du IIIe Reich, que sa carrière cinématographique a commencé, avant de se poursuivre aux Etats-Unis dès 1937, après avoir échappé à l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui, Douglas Sirk est principalement connu pour ses mélodrames flamboyants réalisés à Hollywood dans les années 1950, grâce au procédé du Technicolor trichrome. Auparavant réservé aux productions à gros budget (films historiques, western, comédies musicales), le Technicolor s’est ensuite répandu dans les années 1940 et notamment au genre du mélodrame, devenu essentiel à Hollywood. Souvent méprisés à leur sortie par la critique, les films de Douglas Sirk sont désormais considérés comme des « classiques hollywoodiens », des drames dôtés d’une puissance visuelle et émotionnelle inscrits dans la bourgeoisie américaine de cette époque.

Lauren Bacall dans Written on the wind

Les œuvres mélodramatiques de Douglas Sirk sont loin d’être superficielles et destinées aux femmes hypersensibles (on parlait à l’époque de women films), mais sont bel et bien porteuses de thématiques universelles et intemporelles. Preuve en est qu’elles sont parvenues à toucher et à inspirer des cinéastes comme l’Allemand Rainer Werner Fassbinder et l’Américain Todd Haynes, et ce à des époques totalement différentes. Le film Angst essen Seele auf (Tous les autres s’appellent Ali, 1974) transpose l’histoire d’amour du film All that Heaven Allows dans l’Allemagne des années 1970 entre une veuve allemande et un immigré marocain, tandis que Far from Heaven (Loin du paradis, 2002) va plus loin en empruntant au film de Douglas Sirk des éléments narratifs mais aussi esthétiques, comme en hommage à son oeuvre.

Dennis Haysbert et Julianne Moore dans Far from Heaven

Si le festival Il Cinema Ritrovato offre l’occasion de découvrir ou redécouvrir des films en version restaurée, les spectateurs peuvent également apprécier des projections avec des copies d’origine, comme ce fut le cas avec les films de Douglas Sirk qui provenaient de la collection de l’Academy Film Archive. Malgré les défauts perceptibles, causés par les traces laissées par le temps sur les pellicules, le plaisir de se laisser porter par ces drames colorés reste intact.

Robert Mitchum mis à l’honneur d’Il Cinema Ritrovato 2017

Le centenaire de 1917 a occupé une majeure partie (cinquante films) du festival Il Cinema Ritrovato ; mais en dehors des films produits cette année-là, c’était aussi l’occasion de fêter les cent ans de la naissance de Robert Mitchum – ou de commémorer les vingt ans de sa mort. Figure énigmatique de l’affiche de l’édition de cette année, Mitchum a rempli une bonne part de la programmation.

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Le hasard fait bien les choses

Le festival Il Cinema Ritrovato nous emporte vers des pépites. La fête à Henriette de Julien Duvivier (1952) en fait partie.

Bologne et son festival, Il Cinema Ritrovato, au-delà de l’émerveillement face au patrimoine cinématographique mis en valeur, c’est tout une organisation… Pour la mise en place du festival lui-même, mais aussi pour le public. Derrière l’enthousiasme à l’idée des films projetés se trouve un agencement de l’emploi du temps qui se doit d’être réfléchi. Et lorsque les horaires ne correspondent plus, que les projections des films se chevauchent et qu’il faut faire des choix, nous nous retrouvons parfois dans des salles dont nous ne connaissons rien des films. C’est alors au hasard d’abattre ses cartes !

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Bologne : une arrivée en péniche.

Parce que nous ne nous doutions pas qu’en Italie, un film en noir et blanc des années vingt en version originale sous-titrée peut encore déplacer les foules, nous sommes arrivés un quart d’heure avant le début de la projection, face à plusieurs centaines de chaises occupées, contraints de voir, par 37° C, assis sur les pavés engorgés de soleil, le chef d’œuvre de Jean Vigo tourné en plein hiver. Notre premier contact avec Bologne a donc été une contradiction sensuelle, entre l’odeur du pavé chaud et le noir et blanc glacé de l’écran de toile.

L’introduction de Nicolas Seydoux (Gaumont), Costantin Costa-Gavras (Cinémathèque française) et Margaret Bodde (The Film Foundation) a fait écho à la présentation des rushes de l’Atalante qui avait eu lieu quelques mois plus tôt lors de l’Orphan Film Symposium à la Cinémathèque française, où il a beaucoup été question du froid par lequel le tournage s’est déroulé. Des rushes où l’on perçoit la souffrance des acteurs, qui s’emmitouflent dans des couvertures dès la fin de leur scène, mais aussi les plans sur les arbres enneigés, sans feuilles et l’eau gelée, coupés au montage car la jeunesse de l’amour ne se représente qu’au Printemps et que Jean Vigo a voulu faire illusion. Même Météo France, autrefois Office national météorologique, garde souvenir des températures négatives de l’hiver 1933, survenu en pleine crise économique : « Sur la Seine, les glaçons sont si énormes que la navigation doit être interrompue entre Rouen et Paris, mais le fleuve ne gèle pas complètement. ».

Il y avait aussi la chaleur du public italien, celle dont on rêve lorsqu’on a vu Cinema Paradisio : son brouhaha, ses fumées de cigarettes, ses applaudissements, ses rires éclatant à tout moment et se propageant à toute l’assemblée.

A la nuit tombée, les premiers plans de L’Atalante inondent la Piazza Maggiore. Inonde, car c’est bien cela dont le film parle : une vague de beauté et de délicatesse, un noir et blanc sublime et des acteurs terriblement touchants. Si, comme l’explique Juliette, le visage de l’être aimé apparaît sous l’eau à celui qui ose y ouvrir les yeux, nous passons une heure et demie sous l’eau avec eux, les yeux grands ouverts, subjugués. 

Lorsque Juliette (Dita Parlo) épouse Jean (Jean Dasté), elle accepte de le suivre sur sa péniche, « L’ Atalante », et donc de vivre recluse avec son mari et l’équipage : le père Jules (Michel Simon, magnifique de tendresse), son mousse (Louis Lefebvre) et une famille de chats. Cette vie s’avère vite frustrante et compliquée pour Juliette, qui décide de s’enfuir pour découvrir Paris. 

Flottant dans un monde à eux, décalé de la ville et de la vie, comme dans un rêve, les habitants de « L’ Atalante » se détachent des contraintes du réel et Jean Vigo avec eux. Le réalisateur se libère du cinéma de son époque et avec lui, ses personnages. Si ce film est d’une délicatesse sans nom, il est aussi celui de la passion, de la fusion des corps des deux amants, fous amoureux. On notera ce sublime plan par surimpression, qui réunis les corps du couple séparé dans un même plan, leur permettant de se retrouver et de faire l’amour. Magique, c’est aussi le caractère de ce film : les plans de la mariée sous l’eau, rejoint par Jean sont légendaires. Dans une danse sous-marine tragique et sublime, les amants, les yeux ouverts, se réunissent sous l’eau, formant un couple fantôme éternel et emportant Jean Vigo avec eux.

Annabelle Le Gallou & Lucia Joncourt.