Archives par mot-clé : Photographie

Abbas by abbas : L’HOMME QUI PHOTOGRAPHIAIT l’HISTOIRE

Dans Abbas by Abbas, Kamy Pakdel retrace la vie du reporter photo Abbas Attar au travers des grandes thématiques (la violence, le chaos, la spiritualité) qui ont façonné 55 ans de photographies prises aux quatre coins du globe. Révolution iranienne, Apartheid, Guerre du Vietnam, le reporter franco-iranien a capturé tous les conflits majeurs de ces dernières années. « Comment tu as fait pour avoir autant de courage ? » lui demande le réalisateur. « Quand on travaille, on ne réfléchit pas », répond humblement celui qui a été témoin des pires horreurs commises par l’Humanité. Abbas abordait plutôt son travail de photographe comme un philosophe, avec toujours une idée en tête : celle de suspendre le temps. 

Un premier film aussi touchant que prometteur pour la suite de Kamy Pakdel, qui souhaitait réaliser ce documentaire il y a vingt ans déjà. « Trop tôt » selon Abbas, qui a préféré attendre les derniers instants de sa vie avant d’accepter de témoigner devant la caméra du réalisateur. Un témoignage d’autant plus précieux qu’il s’éteindra une semaine après la fin du tournage. Le réalisateur est d’ailleurs revenu, non sans émotion, sur la difficulté pour son équipe et lui de tourner dans une forme d’urgence, Abbas refusant de révéler, hormis le fait qu’il fallait être rapide, combien de temps exactement il lui restait. « Si tu veux vraiment qu’on fasse ce film, il faut le faire maintenant », lui a-t-il simplement dit. 

Abbas Attar
Abbas Attar, Magnum Photos

Là où Abbas by Abbas aurait pu tomber dans les codes classiques du portrait documentaire, le film tire sa force et son originalité dans le fait qu’il nous montre l’envers du décor de sa réalisation. Il ne s’agit pas d’un portrait lisse et distant d’un grand homme, mais tend au contraire à s’approcher des codes du cinéma direct, en nous montrant notamment à plusieurs reprises l’équipe de tournage et le réalisateur. On y voit le protagoniste choisir au moment même où il est filmé les thématiques dont il va parler et les clichés qu’il va choisir de montrer, quand il ne blague pas avec un membre de l’équipe. Mais le plus étonnement reste sans doute de voir l’implication d’Abbas, qui n’est pas simplement le sujet du film, mais bel et bien celui-ci qui décide, au même titre que le réalisateur, ce qui doit être dévoilé, raconté, montré, quand il faut tourner et quand il est préférable de couper.

N’oublions pas de mentionner la musique composée par Julien Thiault, qui, contrairement à ce à quoi nous a habitués le documentaire français, est loin d’être reléguée au second plan. Tantôt lourde et mélancolique, tantôt vibrante et tonnante, elle évolue au fil des clichés qui nous sont montrés à l’écran et des récits de voyage du photographe, et se fait de plus en plus pressante au fur et à mesure que son état de santé se dégrade. Le compositeur n’a d’ailleurs pas travaillé directement sur le film, mais à partir des photographies que l’on peut voir dans celui-ci et de ce qu’elles lui inspirent. 

Premier film donc, porté par Bellota Films et coproduit par LCP Assemblée Nationale, qui ont tous deux fait le pari de miser sur ce jeune réalisateur. Si ce documentaire s’éloigne quelque peu de la ligne éditoriale du diffuseur, qui nous a habitué à des sujets politiques plus qu’à des portraits, celui-ci justifie ce « pas de côté » par le véritable coup de cœur survenu suite au visionnement du film. 

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à la projection du FipaDoc, le documentaire de 54 minutes sera à découvrir sur LCP le mardi 18 février à 20h30.

Jeanne Saint-Réquier & Léopoldine Fournier-Camus

Un festival d’ombres et de lumières

La 31ème édition du festival Il Cinema Ritrovato est le reflet d’une ville atypique qui, sous certains aspects, existe toute entière à travers l’impression photographique.

cineteca di bologna festival cinema
Piazzetta Pasolini : lieu emblématique du festival, la place Pasolini regroupe les principales salles de conférences. On y trouve le marché du film organisé dans la bibliothèque ainsi qu’un petit café du cinéma.

En marge du Festival : un important patrimoine photographique

Si les trois pôles de la cinémathèque de Bologne sont des acteurs majeurs de la préservation et de la restauration du patrimoine cinématographique mondial, Bologne est aussi, et avant tout, une ville de photographie. De nombreuses boutiques et ateliers de photographie argentique et numérique perdurent dans le centre-ville, parfois depuis plus d’un siècle. En parallèle du festival, une exposition photographique est installée jusqu’au 30 septembre dans les sous-sols de la place principale. Celle-ci retrace l’histoire de la ville à travers un parcours mêlant histoire des techniques et témoignages artistiques et historiques. La scénographie de Bologna fotografata : tre secoli di sguardi (Bologne photographiée : trois siècles de regards) n’a rien à envier aux haut-lieux parisiens de la photographie que sont le Jeu de Paume et la MEP.
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ALBERT SAMAMA CHIKLY, UN PIONNIER DU CINEMA TUNISIEN

Contemporain de l’invention du cinématographe, Albert Samama Chikly (1872-1934) est un pionnier du cinéma tunisien. Davantage connu pour ses deux films de fiction  Zohra (1922) et La Fille de Carthage (1924), son travail documentaire restait quant à lui inexploré. Avec la projection de plusieurs de ses films à la Cineteca et l’exposition de certaines de ses photographies à la Sala Borsa, Il Cinema Ritrovato exhume enfin ces archives dormantes.

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