Archives par mot-clé : Sunny Side of the Doc

Le Grand Plan Documentaire du SPI – SUNNY SIDE OF THE DOC 2019

Le troisième jour de la 30èmeédition du Sunny Side of the Doc s’est ouvert avec la conférence de presse du Syndicats des Producteurs Indépendants, présentée par son président Emmanuel Priou (Bonne Pioche), la déléguée audiovisuel Emmanuelle Mauger, et les membres du bureau audiovisuel : Valérie Montmartin (Little Big Story), Olivier De Bannes (O2B Films), Cyrille Perez (13 Productions) et Caroline Roussel (Arturo Mio).

Cette conférence a débuté avec une lettre d’amour qu’Emmanuel Priou a adressé au documentaire français. Il l’avait annoncé tout de suite : la réunion de cette année serait placée sous le signe de l’appréciation, de l’enthousiasme et de l’optimisme. Il a ainsi décrit le documentaire comment étant par excellence un genre d’intérêt public. Le documentaire, en ayant un impact sur les spectateurs, les pousse à réfléchir et à agir en conséquence. Le spectateur passif qui reçoit le contenu est devenu spectateur actif qui s’informe pour déterminer ses actions : « homo cathodicus est devenu homo cathodicus politicus ». En effet, les documentaires ont dans l’ensemble pris un virage ces dernières années : plutôt que de seulement constater, ils offrent des solutions d’action concrète. Par ailleurs, les réseaux sociaux permettent d’échanger, débattre, mettre en place des actions collectives, et voir les résultats de ces actions.

La présentation a continué en présentant les raisons qu’ont les producteurs de documentaire de se réjouir. On note ainsi une importante progression des documentaires dans les grilles des diffuseurs ces 15 dernières années. Le documentaire n’est plus programmé en dernière partie de soirée, mais se fraye progressivement une place en prime time. 2150 heures de documentaires ont ainsi été diffusées en 2017. Cela s’explique notamment par les bons résultats de la diffusion : chez France 2, on note un rajeunissement de l’audience d’environ 9 ans durant la diffusion de documentaires. Les notes Qualimat suivent également : les documentaires obtiennent en moyenne la note de 8 sur 10.

Une courte vidéo de DataGueule a ensuite été diffusée, rappelant l’évolution des enjeux et combats autour de la notion d’exception culturelle française, ainsi que les dernières avancées dans les négociations avec Netflix, Amazon Prime, Disney Fox, et Apple. Si l’obligation de 30% d’œuvres européennes présentes sur le catalogue européen de ces plateformes est acquise, leur redevance de 15% de leur chiffre d’affaire est encore en cours de négociation.

Le SPI a ensuite rappelé que 30% des sociétés de production se situent en dehors de l’Île-de-France, et que l’Outre-Mer compte 106 sociétés de production et plus de 1000 techniciens, avec des entreprises encore toutes jeunes. 

Sur le plan international, le documentaire français est toujours reconnu, sélectionné et primé. 2017 a ainsi apporté le meilleur résultat d’exportation de documentaires en 10 ans, le troisième plus grand marché du documentaire étant les États-Unis. Après l’animation, le documentaire est le deuxième genre le plus exporté en Asie et en Océanie. Les ventes des droits monde des documentaires français ont progressé de 23% en 2017… grâce à Netflix.

On pense souvent qu’il existe trop de sociétés de production de documentaire, qu’elles sont trop petites et qu’elles se ressemblent toutes. Cela est bien évidemment faux, comme l’a affirmé le SPI. Le nombre des sociétés de production permet à chacune d’être unique dans sa ligne éditoriale et son regard, et favorise l’innovation et la solidarité grâce aux importants réseaux qui se construisent entre ces sociétés. Le SPI a donc réalisé une étude sur ces réseaux d’entraide entre producteurs de documentaires, dont les résultats seront publiés prochainement.

Le SPI a ensuite présenté les actions qu’il avait mené cette année. Un accord a ainsi été passé avec France Télévisions pour consolider le financement et la présence du documentaire sur les grilles des chaînes du groupe malgré la suppression de France Ô et de France 4. Il s’agit d’une enveloppe de 101 millions d’euros consacrée aux documentaires, donc 12,2 millions d’euros sont réservés pour les régions et l’Outre-Mer. L’avenir de l’enveloppe documentaire de 2,8 millions d’euros de France Ô est encore malgré tout incertain. 

Un autre accord doit quant à lui permettre une meilleure entente et compréhension avec les auteurs. Une charte qui sera signée avec l’ADDOC, la SCAM et la SRF posera ainsi les définitions précises d’un résumé, d’un traitement, d’un scénario, etc. La possibilité de la mise en place d’un salaire minimum pour les auteurs sera aussi discutée dans les prochains mois.

Enfin, le SPI a œuvré pour le maintien en l’état du régime assurance chômages des techniciens de l’audiovisuel, en dépit de la volonté du gouvernement d’effectuer une économie de 100 millions d’euros.

Tout n’est cependant pas rose pour le documentaire français, et le SPI a mis l’accent sur certains problèmes. Il a évoqué le manque d’accords de coproduction internationaux pour l’audiovisuel (un seul existe à ce jour : le mini-traité franco-canadien, récemment renouvelé). Il a également souligné l’absence d’aide au pitch de la part du CNC, ce qui permettrait d’aider les producteurs à pitcher leurs projets dans les marchés internationaux. Il n’existe pas non plus d’aide au pilote pour le documentaire. L’accès au soutien automatique devient de plus en plus difficile, le seuil ayant été relevé 2 fois en 5 ans. Le coefficient de génération du soutien maximal est moitié inférieur à celui de la fiction. Le système de bonification incite à ne recourir qu’à un seul réalisateur par œuvre. Et enfin, le seuil d’accès au crédit d’impôt est plus compliqué à atteindre que pour la fiction, et le plafond est plus bas.

Afin de proposer des solutions à ces problèmes, et de promouvoir encore plus le documentaire, le SPI a mis un place un Grand Plan Documentaire en 4 axes : le CNC, la loi audiovisuel, l’international, et la production impact.

L’axe du CNC demande de revenir sur le relèvement du seuil d’accès au soutien automatique, d’augmenter le budget du soutien sélectif aux documentaires, de permettre la prise en compte de co-réalisateurs dans les bonus de soutien, et de soutenir la série documentaire plébiscitée à l’international.

 L’axe sur la loi audiovisuelle espère mettre en place une plus grande présence du documentaire sur les plateformes, dans le respect des droits d’auteurs et des droits des producteurs ; mais aussi la mise en place d’une régulation équitable entre les diffuseurs. Le SPI veut garantir la présence de la création documentaire indépendante sur les plateformes et lutter contre le piratage. Il demande la modernisation de la contribution audiovisuelle publique, en la rendant proportionnelle au revenu fiscal de référence. Il souhaite aussi la révision des conditions d’accès au crédit d’impôt.

Pour l’axe international, le SPI demande le développement des mini-traités de coproduction. Certains sont déjà en négociation : avec le Brésil et l’Afrique du Sud. Il demande également une aide à la promotion du documentaire.

Enfin l’axe « production impact » vise à améliorer et étendre la stratégie d’impact. L’impact producing est le fait d’utiliser le documentaire comme un outil d’intérêt général, et d’en faire sa promotion au sein d’une campagne encourageant à l’action autour d’une problématique sociétale, environnementale ou politique. Alors que de plus en plus en de documentaires sont engagés, le SPI veut donner les moyens aux producteurs de réfléchir et mettre en place cette stratégie de communication. Cela passerait notamment par l’instauration d’une fête nationale du documentaire, reconnue d’utilité publique, à l’instar de la fête du cinéma, de la fête du court-métrage, ou de la fête de la VOD. Le SPI espère que la première édition de la fête du documentaire pourra voir le jour dès 2020.

Ambre Dormoi