The Whole Gritty City, au cœur des fanfares de la Nouvelle-Orléans

« Gritty City is glorious. Alternately heartbreaking and joyous one instant to the next »

David Simon, créateur des séries The Wire et Treme.

 

La musique adoucit les mœurs. C’est le message que porte avec brio le film réalisé par Richard Barber et Andre Lambertson sur les fanfares des écoles de la Nouvelle-Orléans.

 


Le film suit le parcours des fanfares de trois lycées de la Nouvelle-Orléans à travers les difficultés liées à Katrina et aux violences des rues que côtoient quotidiennement les jeunes, jusqu’aux fameux défilés du carnaval de Mardi Gras. Jouer  de la musique en groupe, dans un cadre quasi scolaire permet aux jeunes de ne pas traîner dans les rues et d’échapper pour un temps aux soucis de leur foyer. Avec 365 meurtres par an, La Nouvelle-Orléans est connue pour être la capitale du meurtre aux Etats-Unis. On assiste d’ailleurs dans le film à une scène violente où des coups de feu éclatent lors d’une représentation de la fanfare au sein d’un stade.


C’est en 2007, lors du tournage à la Nouvelle-Orléans d’un épisode de la série documentaire 48 hours, que le monteur Richard Barber a l’idée de réaliser The Whole Gritty City. Diffusée aux Etats-Unis sur la chaîne CBS, 48 hours est une série criminelle d’investigation qui s’est entre autre intéressée aux meurtres post-Katrina perpétrés dans la ville du jazz, dont celui de Dinerral Shavers, 25 ans, chef d’orchestre d’une fanfare d’un lycée local. Face au désarroi de la population et particulièrement des élèves de l’orchestre, Richard Barber décide de s’intéresser de plus près à ces fanfares pour adolescents qui travaillent toute l’année pour préparer les fameux défilés du Mardi Gras.

 

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Parmi les personnages, il y a « Bear », ce jeune trompettiste prometteur de 11 ans qui porte encore le deuil de son grand frère assassiné dans le quartier. Il y a aussi « Skully », 18 ans, la relève du chef d’orchestre disparu, Dinerral Shavers, qui reprend avec détermination les rennes de la fanfare. Les trois chefs d’orchestre suivis sont totalement dévoués à la cause : ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour créer le meilleur spectacle, tout en apportant un soutien aux jeunes qui semblent perdus face à leur avenir. Ces leaders ont traversé les épreuves que traversent leurs élèves, et ils s’en sont sortis. Ils s’érigent en modèle pour ces enfants de la rue en mal de repères. L’un d’eux, Wilbert Rawlins Jr., chef du groupe O. Perry Walker, se confie à l’écran lors d’une répétition de longue haleine sous le soleil couchant de la Louisiane : « Je suis le seul de mes amis avec qui j’ai grandi à m’en être sorti. On était huit. Quatre d’entre nous se sont fait tuer. Trois autres sont morts d’overdose d’héroïne. Je suis le dernier survivant. »

 

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On comprend grâce au film le rôle social qu’ont les fanfares à la Nouvelle-Orléans. Après Katrina, des écoles et lycées ont fermé et avec eux, les groupes de fanfares. Certaines personnes se sont battues pour remettre en route et réorganiser ces programmes de fanfares. C’est ce qu’a fait Shavers avant de se faire tuer, c’est pour ça qu’il est tant admiré et reconnu par ses pairs. Richard Barber donne une voix à ces élèves et apprentis chefs d’orchestre qui voulaient rendre hommage à leur maître.

Le film se clôt tragiquement sur les funérailles de Brandon Franklin, premier tambour du groupe O. Perry Walker, tué en mai 2010 à l’âge de 22 ans. Les différentes parades s’unissent exceptionnellement en ce début de Mardi Gras pour rendre hommage à leur camarade dans une scène poignante.

 

A travers ces portraits croisés d’habitants des quartiers difficiles de la Nouvelle-Orléans, les auteurs parviennent à délivrer un message de joie et d’espoir et à ériger l’art et l’éducation comme valeurs essentielles dans une Louisiane éprouvée depuis la catastrophe de Katrina.

Camille

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