Rithy Panh lors du tournage de l'émission "The Missing Picture" pour Arte en octobre 2013

Trois questions à Rithy Panh

Fraichement arrivés à Biarritz et après négociation avec son attaché de presse nous avons réussi à arracher une interview à Rithy Panh à l’occasion de la projection de son nouveau film « la France est notre patrie ». Voici la retranscription de ce bref mais enrichissant échange principalement axé sur le rapport que l’auteur entretient avec la production de ses œuvres.

Rithy Panh lors du tournage de l'émission "The Missing Picture" pour Arte en octobre 2013
Rithy Panh lors du tournage de l’émission « The Missing Picture » pour Arte en octobre 2013

Première question, à quel point vous impliquez vous dans la production de vos films ?

Je pense qu’aujourd’hui tous les acteurs sont impliqués dans la production d’un film, je suis dans une situation particulière car je ne fais pas de films rapidement, j’ai besoin de temps. Si certains réalisateurs parviennent à faire des films en 6 semaines ca m’est personnellement impossible. Après c’est mon problème, si vous pouvez faire un film en 6 ou 8 semaines tant mieux car vous pouvez enchainer plus vite mais moi je n’ai pas ce rapport là avec mes films, j’ai vraiment besoin de temps. C’est pourquoi je dois faire très attention à chaque fois car j’ai toujours un budget très limité, il faut arriver à gérer ca. Etant conscient de ce problème, je ne peux pas ne pas m’impliquer sur le système de production de mes films. C’est mon choix, c’est mon problème mais je dois aider la production à le gérer.

Plus précisément, comment se passe votre collaboration avec Carole Dussart ?

 Je pense qu’il faut toujours trouver un bon producteur avec qui on peut travailler avec confiance. La production est un vrai travail. Moi je ne me sens pas produire mes propres films. Encore une fois c’est important de trouver quelqu’un de confiance, qui a du gout, qui est audacieux, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de producteur qui souhaiteraient produire Rithy Panh sur 3 ans. Il faut quand même quelqu’un qui aime le cinéma. Sur la majorité de mes projets, le sujet change régulièrement en cours de route, et un producteur doit pouvoir s’adapter à ces changements de cap et à mes volontés artistiques qui peuvent changer du tout au tout en quelques semaines. On peut prendre l’exemple de l’image manquante : on a tourné pendant deux, trois ans, et on finit avec des figurines en glaise. Si j’étais allé voir n’importe quel producteur en disant que je veux faire un film avec des figurines qui ne bougent pas personne ne m’aurait dit oui. Donc sur ce projet comme dans l’image manquante, on commence à filmer deux puis trois ans et puis le film change. Un producteur doit faire en sorte que ces changements soient possibles. La productrice doit être à chaque fois assez dingue pour dire « allez y » même si il faut encore 8 mois pour finir le film. Il faut trouver quelqu’un qui soit prêt à vous suivre jusqu’au bout. Catherine est une vrai partenaire dont le rôle va bien au delà de simplement chercher de l’argent. On parle, on échange on se voit au moins une fois par semaine. Il faut être parfaitement en symbiose sachant que je ne propose pas des cas de production traditionnels. J’ai bien conscience que ma manière de travailler n’est pas facile.

En tant que réalisateur que-ce que cela vous fait que votre film soit en compétition au FIPA ?

C’est toujours intéressant de venir ici même si je n’ai jamais le temps de venir vraiment (rires). J’aimerais bien avoir plus de temps pour me poser, regarder des films d’autant que le festival présente les meilleures productions télévisuelles de l’année à venir. C’est une sorte de point culminant avant que le film soit diffusé à la télévision. C’est le meilleur endroit pour observer les nouvelles tendances et les nouveaux types d’écritures qui s’installent dans le domaine de la télévision. C’est aussi l’occasion de voir si j’ai encore ma place (rires). Si ca se trouve je vais être éjecté, c’est comme ca la télé, parfois c’est la téléréalité, le docu-fiction, en ce moment nous sommes dans une époque docu-fiction, tout le monde veut faire du docu-fiction. Moi je suis incapable d’en faire…

Il y a aussi les séries… c’est intéressant de voir toutes ces tendances.

Propos recueillis par Pierre Lagardère, Jim Supe et Simon Bleuzé

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