VERS UN MARCHE AFRICAIN-FRANCOPHONE PROLIFIQUE

En ce deuxième jour de FIPA se tenait à 16 heures – Porte des Pêcheurs au Bellevue – une table ronde autour du marché africain francophone, mal connu du grand public et que le FIPA annonce comme prometteur.

Animées par Sinatou Saka de RFI – France 24, les 45 minutes de débat furent entretenues par trois membres importants de cette industrie, à savoir Russel Southwood, PDG de Balancing Act – société d’aide à la diffusion des contenus audiovisuels en Afrique, Sandra Basset pour TV5 Monde, et Charli Béléteau, scénariste et showrunner de séries africaines-francophones.

Il est d’emblée convenu dès les premières minutes de cette conférence que ce marché présente un potentiel indéniable, porté par des talents qui ne demandent qu’à s’exprimer, et qu’une prolifération du contenu audiovisuel est possible voire nécessaire.

Si la dynamique est en train de changer, c’est une nouvelle fois grâce à la révolution du web. Car s’il y a bien une problématique avec ce marché, c’est bien celle de la diffusion. En effet, l’électricité n’est malheureusement toujours pas présente dans tous les foyers, et par conséquent, il en est de même pour la télévision. Cependant, la démocratisation des téléphones portables et des réseaux internet permet aujourd’hui à chaque africain de pouvoir visionner des contenus via le téléphone. En outre, l’industrie est ici bien plus facile pour les plateformes en ligne, donc la facilité d’atteinte pour la diffusion est jugée comme inégalable, même si Charli Béléteau souhaite revoir à la hausse la réputation de la télévision dans ce débat.

La présence de Sandra Basset a permis d’éclaircir l’impact de TV5 Monde sur cette industrie – la neuvième chaîne internationale de TV5 est celle concernant l’Afrique. 20% de la production de ce marché est assurée par TV5 Monde, qui lançait de nouvelles séries il y a dix ans, et assure désormais des cofinancements depuis quatre ans. La chaîne travaille avec une quinzaine de pays francophone, et a investi 3,7 millions d’euros sur ces trois dernières années pour une cinquantaine de séries en achat et environ 35 séries en préachat visionnées par plus de 14 millions de foyers en Afrique de l’ouest et centrale, ce qui en fait une réussite plus que convaincante. Il s’agit surtout de télénovelas, qui pour Sinatou Saka est un moyen de favoriser l’identification du spectateur à ces histoires quotidiennes, mais qui d’un autre côté est révélateur d’un problème majeur de formation et d’investissement.

Il existe beaucoup d’écoles audiovisuelles en Afrique anglophone, mais peu en Afrique francophone. En résulte un problème d’éducation à la mise en scène ou à l’écriture, que certains groupes ou chaînes tentent de palier par diverses possibilités, comme l’évoque Charli Béléteau et les ateliers d’écriture de la CFI durant la création de C’est la Vie, série sénégalaise d’une centaine d’épisodes – fait rare – extrêmement populaire.

Ce manque scolaire influe donc sur l’absence d’industrialisation, qui ne permet pas aujourd’hui de calquer les modèles occidentaux sur le continent. Chaque production est forcée de délimiter une manière de financer et créer propre à chaque projet. Et l’investissement en définitive ne peut être à la hauteur des ambitions, en comparaison avec l’Europe ou l’Amérique. La question fondamentale pour Russell Southwood est la suivante : comment amener des financements en Afrique pour appliquer l’équivalent du préachat ? Un paradoxe indélébile et hypocrite pour les membres de cette table ronde s’inscrit alors entre la volonté de fortes dépenses audiovisuelles et des PIB toujours plus faibles.

Le marché présente donc d’énormes atouts, mais reste encore fragile et en pleine construction. Le développement de la structure publicitaire est nécessaire afin de se démarquer d’un manque d’investissement et de faire en sorte que les distributeurs deviennent propriétaires complets de leurs organismes, afin de faire de l’Afrique francophone une terre audiovisuelle fertile.

Anne AVRIN, Alice DELCOURT, Charly HOGUET LEMAIRE