VR: La Camera Insabbiata (Laurie Anderson, Hsin-Chien Huang, 2017)

Depuis le début de sa carrière, l’avant-gardiste multimédia Laurie Anderson mise principalement sur la recherche et l’expérimentation de nouvelles formes d’expression audiovisuelle. À l’âge de 70 ans, avec l’aide de son collaborateur Hsin-Chien Huang, elle se lance dans la réalité virtuelle et propose une des expériences les plus réussies du domaine.

« La Camera Insabbiata » est une expérience interactive, constituée de huit pièces, qui permet aux utilisateurs de flotter et de contrôler l’espace à leur propre guise, sans aucune règle particulière, tels des flâneurs dans leurs propres rêves – le rêve et la mémoire étant les principales intentions et inspirations des auteurs lors de la création de cette œuvre. Les participants ont la possibilité de voler librement dans l’espace (lentement ou rapidement, selon leur choix et leur confort physique), de créer des sculptures sonores, ou encore de se baigner dans un bassin virtuel: une liberté qui n’est absolument pas guidée et qui peut s’avérer aussi exaltante que frustrante. C’est d’ailleurs un des enjeux principaux que la VR ne parvient pas toujours à aborder assurément – l’aboutissement et l’impact émotionnel du non-récit.

Pourtant, « La Camera Insabbiata » assume tout à fait cet aspect-là et se concentre exclusivement sur le fonctionnement de l’expérience physiologique et la précision technologique, ce qui fait tout l’intérêt et le mérite du projet. L’expérience physiologique est même tellement portée à l’extrême que l’introduction comprend plusieurs avertissements aux spectateurs: la dissociation des mouvements physiques réels et des mouvements virtuels dans le casque peuvent être à l’origine de malaises et de confusions importantes. C’est dans ce sens-là que ces ‘expériences’ virtuelles peuvent également être entendues comme des essais scientifiques qui, d’un côté, font que l’on s’habitue de plus en plus aux effets physiques de ce medium, mais assurent aussi le perfectionnement d’une technologie qui aura inévitablement un rôle primordial dans les nouvelles techniques narratives audiovisuelles.

La réussite de ce projet, initialement présenté et primé à la Biennale de Venise en 2017, ainsi que la passion de Anderson et de son collaborateur pour la nouveauté et l’expérimentation, laissent croire que « La Camera Insabbiata » n’est que le début des aventures virtuelles du tandem – tandem qui mène la VR dans une direction prioritairement technique tout en préservant une approche d’auteur.

P. Morozov

V. Audras